» Mon désir, c’était d’être vendeuse ! « 

Un témoignage de Jeanne Oheix,
né(e) le 5 août 1923
Mémoire recueillie à

- J’ai eu une vie bien ordinaire, vous savez, j’ai habité la campagne, mon père était facteur. Je suis partie à 12 ans en pension à Clermont Ferrand, et puis alors, euh…à 14 ans je suis sortie et après j’ai fait un apprentissage de couturière. J’ai exercé un peu, chez les gens, parce que moi, mon désir c’était d’être vendeuse, mais la ville la plus proche de chez nous c’était Chinon, et maman ne tenait pas à ce que je sois toute seule là-bas lâchée, oui, comme ça. Alors j’ai fait cet apprentissage. Après je suis partie travailler chez les gens.
- Et vous faisiez quoi chez les gens ?
-De la couture !
-De la couture, directement... ?
-Oui !
-Donc vous alliez chez les gens à chaque fois pour faire les travaux
-Oui, on me demandait, j’avais des clients, quoi. Alors y’en a c’était pour faire, pas grand chose, raccommodage, des choses comme ça. Et puis bien, je me suis mariée, parce que bon, j’étais fréquentée par le cousin germain de maman, et je ma suis mariée, ça a duré 60 ans le mariage oui. (inspiration). Et puis alors avec mon mari j’étais très heureuse, il avait comme profession, graveur sur bijoux, j’ai des plaques là. Oui, alors il a bien gagné sa vie, oui on a été heureux certainement. Bon alors après, comme tout le monde il a vieilli, il a fait un peu d’Alzheimer, et puis il est décédé en 2003(silence),oui (silence). Et puis alors après moi je suis restée dans la maison, c’était une grande maison, et je suis tombée. Et là on m’a dit qu’il ne fallait pas que je reste dans une maison à étage. Alors je suis restée quatre mois, au comment ça s’appelle ?)…. en bas du parc de Procès là, je ne sais plus, comment ça s’appelle. Et puis je suis restée le temps qu’on a bien voulu me garder, et après j’ai atterri là, et je m’y plais beaucoup.
-Oui…
-Voilà.
-Et quand vous étiez un petit peu plus jeune, par rapport à ce métier là en fait, c’est un métier que vous aviez fait par choix vraiment?
-Oh, non, non, non mais je vous dis, j’aurais aimé être vendeuse et tout, la ville la plus proche c’était Chinon
-C’est vrai vous en parliez.
-…et mes parents ne voulaient pas que je sois lâchée comme ça, oui.
-C’était par dépit donc en fait finalement ?
-Oui, oui.
-C’était un peu comme ça pour tout le monde, vous avez l’impression, à cette époque là ?
-Oui, ce qu’il y a c’est que j’étais quand même insouciante, et puis bon, je trouvais que la vie était belle, j’allais danser, je sortais j’avais des amis, on s’en allait aux fêtes environnantes du pays où j’étais et voilà. (silence)…Oui ? (Rires)
-Qu’est-ce que je voulais dire, euh…Bah oui j’avais fait la connaissance de mon mari, c’était un cousin germain, de maman…
-Et ça a posé des problèmes, ça ?
-Pardon ?
-Ca a posé des problèmes ?
-Non, non, c’était pas un cousin euh, c’était le cousin germain de maman.
-C’était pas un cousin direct quoi
-Oui, de maman… Donc, mon grand-père et le père de mon mari étaient frères. Il y avait une différence de générations.
-D’accord
-Oui
-Donc ça n’a posé aucun problème…
-Non, il n’y a pas eu de problème, non, non. (silence). Voilà. Dans l’ensemble j’ai eu une assez belle vie, je dis assez car maintenant j’ai mon fils qui va mourir sûrement, et ça, ça me fait beaucoup de chagrin. (silence). Il est en photo là avec sa petite fille… Oui il n’est pas en très bonne forme, je ne pense pas qu’il va s’en tirer.
-Et justement par rapport à, vos enfants, vous les avez éduquez, vous avez arrêtez de travailler directement ?
-Oui, c’est à dire que, on vivait chez mes parents et donc, mon mari étant graveur de bijou, pendant la guerre il aurait du partir en Allemagne et il n’est pas parti, le pays où j’étais, voyez, il y avait des châtelains et mon père étant facteur, il le connaissait bien. Il l’avait embauché comme jardinier (son mari) et finalement comme mon mari aimait bien la nature, il s’est plu, beaucoup.
-Donc ça c’est pendant le temps de la guerre ou votre mari travailler en tant que…
-…il travaillait en tant que jardinier dans ce château-là.
-Et il a repris, après la guerre son métier de graveur ?
-Il en faisait quand même un petit peu, à Chinon, il y avait des bijoutiers donc, ils lui envoyaient un petit peu de travail.
-Ca devait être difficile de lâcher ça aussi pour lui…
-Ben oui, oui mais du fait qu’on était jeune, quand j’ai eu ma fille j’avais vingt ans, et étant chez mes parents, euh, je me trouvais bien entourée, puis voilà.
-Parce que vous viviez chez vos parents à cette époque ?
-Eh bien oui, lorsque je me suis mariée, j’habitais encore chez mes parents et puis mon mari étant recherché et bien on ne faisait pas beaucoup de bruit de ça quoi. Voilà.
-Vous avez des souvenirs de quand la guerre s’est arrêtée ? Je me suis toujours demandé comment cela s’était passé à l’extérieur ? Je ne sais pas comment cela s’est passé, vous l’avez fêté ou… ?
-Oui, bon, j’avais déjà ma petite fille alors mon mari a pris le train et il est revenu à Nantes et puis après bon, on s’est retrouvés chez mes parents et puis alors à la fin de la guerre, lui est rentré à Nantes et moi je suis restée (chez ses parents) parce que la petite avait la coqueluche, alors je suis restée quand même un moment, que ça se calme et puis après elle avait 18 mois, quand nous sommes revenus à Nantes, et puis alors là, on s’est acheté une petite maison, vraiment pas grand chose mais on était heureux d’avoir ça.
-C’est celle qui était Rond Point de Vannes donc… ?
-Ah non, ce n’est pas celle-là. C’était une toute petite maison dans une avenue derrière le Séminaire à Nantes. On a vécu un peu chez mes beaux-parents, mais mon beau-père avait quand même de l’âge et lorsque je me suis retrouvé enceinte, j’ai dit, c’est pas possible de rester ici, parce ma belle-mère, dès que l’enfant pleurait, elle été debout, c’était pas possible. Et alors on s’est acheté une petite maison, mes parents nous ont aidé un peu et puis on a remboursé. Et après on s’est retrouvés route de Vannes dans une belle maison, elle est là en photo. Le derrière de la maison (elle décrit les photos). Là c’est mon mari qui travaille. Et puis là, ce sont mes arrières petits enfants.
-Il avait un bureau ?
-Non, là c’est lorsqu’il travaillait, il avait un atelier, on disait le magasin mais…
-C’était la boutique, quoi ?
-Oui, c’est ça, il travailler en vitrine…
-Ca vous évoque beaucoup de souvenirs ?
-Oui, d’autant que c’était un travailleur et que sans lui je n’en serais pas là, surtout qu’ici ce n’est quand même pas donner. Et grâce à lui, on achetait des appartements, que j’ai encore, voilà…. (montrant une photo). Là c’est la plus jeune, elle est en train de téter…oui c’est elle la plus jeune…et là c’est l’aînée de mes arrière petits enfants, là c’est une autre, elle à la mucoviscidose, elle est fragile quand même…si je n’avais pas aujourd’hui des ennuis avec mon fils, que j’ai bien peur de perdre…
-Et si j’évoque, par exemple, les changements entre les photos que vous nous montrez et les plus récentes qui se trouvent ici ?
-Ah ça voyez vous, c’est une photo qui à été prise, mon père était facteur, et il habitait à Avoine (elle décrit la photo) là, c’était mon frère aîné, là sœur de maman et dans les bras de la dame là c’est moi. Je devais avoir dix huit mois à peu près parce que maman n’était pas là mais bon elle n’avait pas du vouloir se mettre sur la photo parce que à l’époque une femme enceinte c’était bien trop ….. un pêché, et pourtant faut bien.
-C’était un pêché ?
-Oh oui, une femme enceinte ne se montrait pas beaucoup, c’est pour ça que maman n’était pas là.
-Ah oui, vous voyez on ne savait pas ça, ça a bien changé.
-Oh oui !
-Et justement par rapport à ces changements, il y a des choses qui, que vous trouvez bien du coup ?
-Oh oui comme de ne pas vouloir renseigner les enfants, et bien je trouve que c’est quand même mieux de leur dire ce qu’il en est. Dans le temps vous voyez quand j’ai eu ma fille, c’est quand j’ai eu ma deuxième fille. Et bien l’aîné elle avait sept ans, et je suis parti assez précipitamment. L’aîné a donc été chez ses grands parent parce que c’était de bonheur le matin…. Oui ma belle-mère était parti parce qu’elle voulait s’occuper pour une retraite alors. Mais mon beau-père qui était âgé, alors la petite elle a dit je vais aller à l’école alors, il l’a laissé aller à l’école c’était tout près et puis elle s’est trouvée à la sortie de la messe que les bonnes sœurs sortaient puis elles lui ont dit « mais où va tu dont Rosanne ?» alors parce que c’était de bonheur quoi, ma belle mère aurai été là elle l’aurait pas laissé partir si vite. Mais mon beau père était déjà âgé alors la petite elle a dit je vais à l’école et puis elle dit parce que maman elle est parti chercher un petit frère ou une petite sœur et puis ça se trouve mal parce qu’elle est malade (rire) qu’elle a dit aux bonnes sœurs. Puis alors elle a raconté ça le midi puis elle dit les bonnes sœurs elles ont rit de moi (rire). C’est exactement les paroles qu’elle a dit. Et elle avait sept ans! Alors aujourd’hui vous savez un enfant de sept ans…. Y’a longtemps qu’il est au courant et je trouve que c’était trop caché aujourd’hui c’est peut être trop dit mais à l’époque c’était quand même trop caché parce que à sept ans... oui elle en a reparlé après elle dit dans le fond, « j’étais idiote » qu’elle dit.
-Et au contraire justement, des choses que vous regrettez finalement, des changement ?
-Oui, je trouve que ça va trop vite les changements de machines et tout ça vous savez fut un temps je pensais que j’étais au niveau puis maintenant je suis dépassée et puis ça fait ça à tout le monde parce que j’avais mon frère enfin je l’ai toujours, mais il avait trois ans de plus que moi et quand on s’est rencontré et quand on se retrouve il me dit aussi que ça va trop vite.
-Pour la technologie ?
-Oui et beaucoup de gens disent ça, il faut vraiment s’y intéresser maintenant ça va à un tel rythme. Oh oui oh oui. Mais tout va très vite, maintenant lors des constructions il y a des magasins qui se montent et ça ne tiens pas et ça change et tout ça va trop vite, je trouve. Enfin à mon goût. Parce que moi j’ai été élevée à la campagne, les choses ne changeaient pas.
-Ça avançait tranquillement ?
-Oh oui ! Oui et il y a quand même eu cette guerre là, ça a été quand on a eu les réfugiés qui arrivaient de Tours et tout ça et ils ont couché chez mes parents mais ils avaient fait mettre de la paille pour y coucher. Comme ça quoi, dans une pièce qui ne servait pas, ils avaient mis de la paille changée.
-Donc vous avez été dans une famille quand même ouverte ?
-Ben oui, je trouve que fallais bien quand même parce que ces gens là ils étaient sur la route et il y avait des juments qui on eu des « petits » poulains et tout ça.
-C’est des bons moments tout ça ?
-Oh oui, oui…. puis alors après on a entendu dire que les allemands allaient arriver. (Et puis je vais vous faire rire) j’avais un imperméable en Verdun vert et puis j’avais des petites bottes verdis noires et on disait il vont arriver alors je n’osait pas aller chercher du pain parce que je me disait « olala » ils vont croire que je suis de leur parti avec mon imperméable puis mes bottes (rires ) oui oui, alors je voulais pas aller chercher le pain parce que j’avais peur de les rencontrer et finalement c’était réquisitionné alors puis ils étaient pas plus terrible que ça. C’était des hommes comme les autres. Alors comme on avait une petite salle à manger et il y avait une pièce à côté qui leur servait de chambre et ils se sentaient un peu chez eux et ils étaient gentils avec nous parce qu’ils demandais s’il pourrais écouter des informations ils venais écouter les informations dans la cuisine et puis un jour dans la salle à manger, il y avais des verres tout ça, alors eux ils avais apporter à boire et puis ils avait frapper à la porte et puis en disant qu’il nous offrais à boire . Et puis alors il en avait qui s’occupait de l’alimentation alors il m’avait offert du chocolat et je n’osais pas trop mais il avait senti que s’était ça et je me suis dit « Très bon, très bon » !!
-Et donc du coup pour communiquer ?
-Ils nous ont écrit après, ils étaient partit en Russie.
-Et ils vous ont réécrit du coup après ?
-Oui une carte comme ça, puis mon père qui était facteur, il recevait évidemment du courrier d’Allemagne. Alors, ils sont revenus d’ailleurs ces allemands là, ils étaient contents de revenir au pays. Et d’essayer de parler avec mon père.
-Vous arriviez à vous comprendre ?
-Oui un peu (rires) avec les mains.
-On fait un petit peu comme on peu sa devait être enrichissant ? Sa ne devait pas être simple mais quelque part déjà c’est un nouveau langage. Et de votre regard justement de cette période là, vous compreniez vraiment l’importance de ce qui se passait ?
-J’étais un petit peu inconsciente, j’aime mieux vous le dire. Moi j’étais mariée et j’avais ma petite fille qui était un trésor et j’étais avec mes parents donc j’étais tranquille. Bon après mon mari est revenu à Nantes parce que la petite avait la coqueluche, et quand il était parti elle ne marchait pas et dès que j’ai eu le feu vert pour revenir à Nantes et bien je suis revenu avec elle et en descendant du train je l’ai posée sur le quai, parce que je lui avait pas dit qu’elle marchait, mais il s’en était douté, il était temps quelle marche 16 mois (rires) mais enfin, j’étais contente de la poser par terre et elle a été voir son papa.
-Les yeux qui pétillent et tout ?
-Ah oui elle était très avancé parce que comme il était revenu plus vite à Nantes et bien elle voulait voir ça, on lui disant « Alors il est parti papa ? ». Alors pauvre petite mère elle faisait sa lippe (rires). Et puis alors après lorsqu’on est revenu elle se mettait entre les deux valises et je lui disais « On va retrouver papa. » alors là elle était contente. C’est elle qui est là en photo. (Montrant une photo se trouvant sur sa commande). Hélas elle nous a quittés, ça fait déjà du temps en 2002 elle est morte (Silence). Oui, j’ai perdu ma fille et mon mari à 10 mois d’intervalle, c’était assez pénible (Silence).
-Ca ne doit pas être simple.
-Pardon ?
-Ca ne doit pas être simple.
-Non, non (Silence)
-Mais vous étiez déjà ici sinon ?
-Ah non, j’étais à Nantes oui dans ma maison que vous voyez, (nous montrant une photo collée sur un mur près de l’entrer) on a vu le tramway s’installer.
-A route de vannes il y avait un tramway ?
-Moi les « trams » que j’ai vu c’était un petit qui ne pouvais pas prendre beaucoup de gens, je ne sais pas si c’était celui là le premier ? Oui, il y avait un tramway appelé la baladeuse parce que c’était que des chaînes implantées puis les jeunes aimaient monter dedans.
-Et vous avez vu ça ?
-En fait, j’ai vu ça dans un livre, un livre ou il y avait des anciens « trams ». J’ai même été dans le dernier « tram », j’étais avec maman nous savons que c’était le dernier et nous sommes allés à Chantenay, à Chantenay, vous savez c’est la banlieue.
-C’était le tout dernier passage du « trams » ?
-Oui, du premier tramway parce que à un moment il n’y en avait plus et puis après il est revenu.
-C’était de nouveau (trams) ?
-Ah oui, oui rien à voir avec les autres.
-Ca devait faire tout drôle ?
-Oui. Qu’est ce que je vais vous offrir ? Attendez, je peux toujours vous offrir des bonbons, autrement j’ai du jus d’orange, j’ai du soda.
-On va prendre un bonbon, juste un petit bonbon merci.
-Un bonbon, prenez-en deux !
-Merci bien.
-Moi je ne suis pas trop bonbon.
-Vous êtes plutôt sucré ? Salé ?
-Oui des gâteau et j’en ai si vous voulez ?
-Non merci, c’est gentil. On est gâté aujourd’hui. (rires)
-Ca fait plaisir d’avoir de la visite.
-Une petite question ? Il n’y a pas quelle que chose que vous auriez toujours rêvé de faire ? Que vous n’avez jamais fait.
-Non, non je trouve que j’ai été gâté, parce que ce qu’on aimait faire avec mon mari c’était du camping, et j’ai rêvé encore cette nuit qu’on avait encore fait du camping.
-Vous alliez ou faire du camping ? Un peu partout ?
-Non, jamais hors de France, mais je suis allée en Israël. Où il y a des tulipes là ?
-En Hollande ?
-Oui en Hollande, je n’ai jamais été en Angleterre. Autrement en Espagne oui avec mon mari on faisait des voyages organisés.
-Quel voyage avez vous appréciez plus que les autres ?
-Oui quand j’ai été contente c’est quand, j’ai été à Jérusalem, quand j’ai vu la plaque parce que on avait notre prêtre qui avait été.

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