anecdote de l’occupation

Un témoignage de Colette Leneveu,
né(e) le 12 janvier 1925
Mémoire recueillie à

A la déclaration de guerre mon frère s'est engagé sur les conseils de mon père, qui avait déjà fait 14-18, afin qu'il puisse choisir son régiment. A la défaite il s'est sauvé, sans être fait prisonnier. Il nous a rejoint mais pas pour longtemps, car il a été envoyé en Allemagne, dans un usine à Berlin. Il s'est trouvé toutes sortes de maladies d'ailleurs, et il a fini par revenir pour se marier.Il a décidé de ne pas repartir et de se cacher en campagne.

Les allemands savaient pour mon frère, un soir un officier et un soldat sont venus vers 19h. Ils ont regardés partout et demandés si il y avait une chambre, ils sont allés la voir pour se rendre compte si le lit était défait. Toute la famille était au rez de chaussé, ils voulaient vérifier si le fils était caché au premier. Ils n'ont vu personne évidement.

Une nuit un camion plein d'allemands s'arrête à coté de la maison, mon frère est vite monté sur le toit pour s'échapper. Mais en fait ces soldats faisaient partis de la DCA (anti-aérien) et se sont installés dans une petite maison du quartier. Il aurait pu se passer n'importe quoi, on ne les a jamais vu sortir! Ils restaient bien à l'abri, tranquilles.

Mon frère a eu la chance d'éviter les médisances pas comme un jeune homme que l'on connaissait bien, dans la même situation qui a été dénoncé, puis fusillé. Sa mère l'a vu descendre du palais de justice et monter dans un camion, s'assoir sur son cercueil.


Pendant l'occupation quand les allemands étaient à Poitiers, je revenais du travail, j'allais vers le centre à travers les rues étroites lorsque je vis un officier allemand qui arrivait en face de moi.
Alors j'ai baissé la tête et ai continué à avancer sur le trottoir (tout aussi étroits que la rue), il s'est arrêté pile devant moi. J'ai vu ses deux souliers, j'ai donc compris que ce n'était pas à lui de descendre et je me suis exécutée. Je n'ai pas eu peur, pour moi il était inoffensif mais j'éprouvais de la rancune.

Mon père faisait partit de la résistance, il était également chef de dépôt à la Sncf (dépôt de locomotive), et notre maison était sur son lieu de travail. Il y avait un train de munition juste devant notre porte, et mon père savait grâce à ses relations qu'il allait être bombardé, mais il n'avait pas connaissance de la date. Il a donc demandé au chef de gare de mettre le train sur une voie éloignée , peu utilisée, celui-ci lui a dit:
»Vous avez peur M. Bourguignon?
-Non, non je n'ai pas peur. Mais je suis réaliste, avoir un train de munition devant la maison ce n'est pas très prudent.» (Il ne pouvait pas lui dire qu'il était dans la résistance, et qu'il avait eu vent du bombardement).
Le train a bel et bien était attaqué, malheureusement le chef de gare a été tué par une bombe.

C'était une période où il fallait se méfier de tout, faire attention à tout et encore plus quand on avait des rapports avec la résistance...

array(0) { }