Autrefois, au pied de la montagne !

Un témoignage de Pierre CONDOU,
né(e) le 9 février 1922
Mémoire recueillie à

Je suis né le 9 février en 1922 à Bruges (Pyrénées Atlantique). Je suis allé à l’école à 7 ans et lorsque je suis arrivé à l’école, je ne savais ni lire ni écrire le français. On parlait le patois, quand on était avec les grands-parents : « il fallait parler patois ! Le béarnais ! » J’ai donc appris le français à l’école, ce n’était pas évident mais le français est tout de même resté la matière que j’ai préférée.


Pour se rendre à l’établissement scolaire on marchait trois kilomètres. On les faisait à pied, tous les jours et nous avions des leçons même le samedi. A l’époque, il n’y avait pas de voitures : « on ne savait même pas ce que c’était une voiture ». Pour prendre notre repas, nous nous installions chez l’institutrice, dans une grange, avec notre musette. Et à côté de la grange, il y avait une pompe à eau qui nous permettait de boire un coup et nous rafraichir. Les récréations étaient occupées par des parties de football.


Cependant, le soir, après l’école, s’amuser n’était pas une priorité : nous allions aider notre père, nous nous occupions du bétail, et le travail ne manquait pas. Je suis resté à l’école jusqu’à treize ans. Ensuite, j’ai travaillé à la ferme, on s’occupait de la terre, on soignait les vaches, les cochons. Le matin et le soir, on sortait le bétail et on devait rester pour le surveiller, on ne possédait pas de clôtures à l’époque ! Il fallait se lever la nuit lorsqu’une vache était prête à vêler, il fallait veiller sur elle. A la fin du mois d’avril, nous nous en allions à la montagne avec les vaches, pour les faire brouter. La montagne était un endroit qu’elles connaissaient bien, alors on allait les voir seulement de temps en temps.


A l’âge de 17 ans, j’accompagnais ma mère au marché de Nay. Nous y allions avec la jument, la voiture à deux roues et des animaux. Le marché se déroulait entièrement à l’extérieur et non pas sous les Halles comme aujourd'hui. Une fois au marché, nous vendions le bétail aux maquignons, des poulets, des œufs aussi et nous profitions d’être au marché pour faire des provisions. Plus tard, nous sommes allés au marché de Bruges, il avait lieu tous les quinze jours.


En 1940, quand la guerre s’est déclarée, je suis parti à la rencontre d’un ami qui habitait à Ferrières puis nous sommes allés en haut de la montagne rejoindre un autre groupe de paysans. En 1944, j’ai sorti le bétail de Bruges car le nombre de bergers avait considérablement augmenté. Alors, je suis allé voir le maire de Louvie-Juzon pour lui demander si je pouvais mettre les vaches dans un de ses prés. Il m’a donné son accord et nous avons pu les y conduire après le diner. Heureusement que je les ai emmenées là-bas car un ours s’est introduit dans la montagne de Bruges. Les allemands avaient interdit la possession d’armes à feu ainsi nous avons été obligés de porter les fusils à la mairie et nous n’avons pas pu chasser l’ours. Les dommages qu’il a causés parmi les troupeaux furent alors nombreux jusqu’en 1946. En 1946, quand les allemands sont partis, nous sommes allés chercher les fusils, et nous avons organisé des battues avec les chasseurs de Bruges et du village d’ Arthez d’Asson. Une nuit, une plainte déchirante réveillât un des habitants, il pensa immédiatement à l’ours et lorsqu’il sortit de chez lui, il s’aperçut qu’une vache était très mal en point. Elle avait été blessée…par l’animal sauvage. Alors, l’un est allé avertir le maire, l’autre son voisin et ainsi de suite, de voisins en voisins, la chasse à l’ours avait commencée. Le chien que nous sommes allés chercher à Bruges fut un précieux allié, il ne tarda pas longtemps à retrouver les traces de l’animal. Il entra dans un fourré et en sortit complètement alerté par l’odeur de l’ours. L’un des hommes tira deux coups puis ils virent l’ours, touché à une patte, filer dans la forêt. Mais, le chien n’eut pas de mal à le suivre car après une course à travers la montagne, l’ours blessé, avait beaucoup ralenti. Alors des coups de fusil furent tirés, c’était terminé.


C’est aussi en 1946, que je suis redescendu à la ferme, où j’ai travaillé avec mon frère. Je me suis marié en 1950, et nous avons vécu dans une autre ferme qui appartenait à notre famille, à côté de Bruges. Celle-ci était située tout près d’une usine de sandales. Un jour, j’ai rencontré le patron de cette entreprise, et il me sollicita pour que je vienne travailler dans son usine car il manquait d’ouvriers. Après avoir vendu quelques vaches, j’acceptais donc d’intégrer cette fabrique. Parallèlement, je continuais le travail dans les champs, je cultivais un peu de maïs et je fauchais du foin pour le bétail.


Ce n’est qu’à la fermeture de l’usine de sandales que je pris ma retraite.

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