Batna

Un témoignage de Simone M,
né(e) le 18 février 1931
Mémoire recueillie à

Batna

Témoignage recueilli le : 19/02/2015

« Je suis partie de Tunis quand j’avais 18 mois alors je ne m’en souviens pas. On est arrivé en Algérie et on était dans une ville appelée Batna, qui se situait dans les Aurès. C’est une ville qui était à 1000 mètres d’altitude. On avait de la neige tous les hivers. Il faisait très froid et très chaud. On a tout eu, on a eu de la neige (qui durait), des vents violents, des vents de sables, les criquets, les inondations… Ce n’était pas un climat très agréable.

Du côté d’Alger, vous avez aussi des montagnes où on va faire du ski. Mais vous savez à ce moment-là, c’était vraiment ceux qui étaient très riches qui se permettaient d’aller skier. Ce n’était pas comme maintenant, ça a vraiment pris de l’essor dans les années 50-60. Avant, il n’y avait pas toutes ces pistes, c’est après que ça a pris de l’extension. Nous on marchait dans la neige avec des bottes, c’est tout ! Autrement les Aurès, c’était très sec. A part évidemment si on montait au Pic des Cèdres qui était à 1200m, c’était la forêt.

A Batna on était à peu près 800 ou 900 européens et le reste c’était des arabes. On devait être 1500 à Batna, ce n’était pas très grand. Par contre à Constantine c’était beaucoup plus important mais je ne peux pas vous dire le nombre.

Vous savez c’était une vie très simple. Il n’y avait pas de loisirs, il y avait très peu de voitures. Seuls les gens très riches avaient une voiture. Le maire avait une voiture, l’avocat aussi mais c’est tout. Mais quelquefois on nous invitait dans des grandes voitures et il y avait des strapontins. On pouvait donc aller à plusieurs là-dedans. On allait se promener quelquefois avec ces personnes mais autrement il n’y avait rien.

Les magistrats, à ce moment-là, ils avaient un salaire qui était vraiment dérisoire. C’était une honte de donner des salaires si bas à des personnes qui s’occupaient de choses si importantes. Ils avaient fait beaucoup d’études. C’est un concours la magistrature, vous ne rentrez pas comme ça.

Ce n’est qu’après la mort de papa que maman a eu une très belle retraite. Lui, il tirait toujours le diable par la queue parce qu’on était 5 enfants. On était 4 filles et un garçon. D’ailleurs mon frère on ne le voyait pas beaucoup parce qu’il faisait ses études à Marseille.

Les filles, c’était pour se marier, et les garçons il fallait leur donner une situation. Donc il est allé à Marseille pour faire ses classes. Il a fait du droit comme papa. Et après il a bifurqué, il est rentré dans le commerce.

Ma vie en Algérie ça a été très simple. Heureusement il y avait le scoutisme, ça passait le temps. Sinon, on allait les uns chez les autres, chez les copines. Quelques fois on s’amusait carrément dehors. Ma sœur ainée elle avait des idées des fois ! Elle avait décidé qu’on allait faire un mariage, elle avait pris la robe de maman et on passait dans la ville comme ça. Les gens nous donnaient un peu d’argent « Allez acheter des bonbons ! ». Quand on était enfants, on vivait un peu dans la rue, dans ces coins là ça ne craignait pas. Il n’y avait pas de voitures, seulement un petit vélo qui passait de temps en temps.

Les arabes ne se mêlaient pas aux autres. Ils avaient leur village qui était un peu en dehors de la ville elle-même. Comme les juifs. On se mélangeait quand il y avait des fêtes mais une fois que c’était fini, chacun rentrait chez soi. Bon à l’école on était ensemble.

Mais c’est vrai qu’une fois je voulais aller chez une copine qui était juive, elle n’avait pas voulu. Alors j’avais dit à maman : « tu sais, elle ne veut pas.. » Elle m’avait répondu que peut être c’étaient ses parents ne voulaient pas.

Ce qu’on aimait c’est quand on faisait des fêtes. Les juifs faisaient des galettes et les arabes des petits pains ronds, c’était délicieux. Et le couscous ! Maman le faisait le couscous, parce qu’en Tunisie, la dame qui aidait maman lui avait appris à rouler la graine. Elle faisait son couscous elle-même. Mais çà alors, ça prenait la journée ! Il faut faire cuire la viande, les légumes… Mais c’était la fête quand on faisait le couscous ! »

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