Bonjour, je m’appelle Monsieur Fernand, j’ai 85 ans et voici mon histoire

Un témoignage de Fernand G.,
né(e) le 17 juin 1925
Mémoire recueillie à
Je suis né le 17 juillet 1925 à Le Raincy, en région parisienne. Mon père était cheminot, surveillant chef télégraphiste au chemin de fer de l’Est (une des compagnies de chemin de fer des années 1930 comme le PO (Paris/Orléans) ou même le PLM (Paris/Lyon/Méditerranée) aujourd’hui racheté par la SNCF). Ma mère, elle, faisait des lessives et des ménages pour les gens du village mais elle nous quitta lorsque j’avais seulement 10 ans et demi.
J’ai grandi à Le Raincy, où j’ai fait mes études que j’ai arrêtées après avoir eu mon BEPC. J’ai passé quatre ans à Estivareille pendant la guerre, où j’étais maquisard et où j’ai rencontré celle qui deviendrait ma femme et la mère de mes cinq enfants. Fils unique, je n’ai pas eu de frères et sœurs mais me concernant j’ai eu cinq enfants avec ma femme, avec qui je suis resté marié pendant 60 ans. Nous avons eu quatre filles et un garçon, l’ainée ayant maintenant 72 ans et la cadette 60.
Les temps étaient très durs pendant la guerre, on souffrait du froid, nos viandes étaient souvent contaminées et pour nous nourrir il fallait acheter des tickets de rationnement, mais en aidant les paysans nous arrivions à en obtenir. Cette période a beaucoup marqué ma vie.
Je suis arrivé en région stéphanoise en 1945. J’y ai travaillé dans le bâtiment jusqu'à l’âge de ma retraite en tant que menuisier chez Marcel Tinet (rue des teinturiers à l’époque, qui fut fermé par la suite). Je faisais des portes ainsi que des fenêtres que l’on apportait et que l’on posait ensuite chez des particuliers comme à Cours Fauriel, Valbenoite… où j’ai eu l’occasion de travailler. J’ai visité beaucoup de coins dans notre pays, mais je n’ai jamais quitté la France.
Je suis parti de ma maison (que j’ai toujours) à Surry le Comtal, à cause d’une crise de goutte à cause de laquelle mes enfants ont décidé de me faire entrer en résidence pour personnes âgées. J’ai tout d’abord été extrêmement surpris de voir tant de fauteuils roulants en arrivant dans cette résidence, et de découvrir des gens faibles, ayant pour beaucoup perdu la faculté de penser, de discuter…. Avant ça j’étais chez moi, je jardinais, je bricolais, j’avais deux femmes de ménage et une infirmière qui venaient tous les matins et en dehors de ces quelques corvées je faisais tout moi-même. Aujourd’hui je ne me sens pas bien ici, on prend des décisions pour moi me croyant trop faible ou trop fou pour le faire moi-même. Les soignants, infirmières, femmes de ménage...sont tous habillés pareils et changent souvent, il m’est donc très difficile de trouver la bonne personne à qui m’adresser, et quand bien même j’ose me plaindre de quelque chose je m’entends dire que je suis « bien ici, et que j’ai tout ce qu’il faut.. » J’ai récemment été hospitalisé pendant trois semaines à Chavannes, d’une artère dans la jambe qui me fait encore souffrir, et j’ai des problèmes aux yeux qui commencent à me déranger sérieusement. Je ne suis plus autorisé à sortir seul de l’établissement sous prétexte que quelqu‘un a décrété ça à ma place.
Alors je passe mes journées dans cette « cellule » où je me divertie grâce à ma télévision et à mon ordinateur tout équipé, que j’ai grand plaisir d’avoir gardé et dans lequel j’ai les photos souvenir de mes caniches et de mon chat.
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