Bordeaux sous l’occupation

Un témoignage de Mme G.,
né(e) le 1 mai 1916
Mémoire recueillie à


La jeunesse que vous avez, moi je ne l’ai pas eu. Je suis née en 1921, j’avais donc 19 ans au début de l’occupation allemande. Pendant les cinq ans d’occupation on ne vivait plus. Il n’y avait pas de bal, le couvre feu exigeait qu’il n’y ai plus personne dans les rues après 21h et que toutes les lumières soient éteintes. C’est ca l’occupation, tout était interdit!!! Tous les centres principaux de Bordeaux, notamment le Regent, face au grand théâtre, était une Kommandantur. Il y avait un grand mat au milieu de la place de la comédie avec le drapeau allemand et tous les midis, l’armée allemande paradait avec un orchestre. Ça nous impressionnait beaucoup! Même si je ne me sentais pas particulièrement patriote, je me sentais diminuée. Ce n’était pas mon drapeau, en fait on était rien du tout!! Ils nous prenaient tout!! Pour la viande on avait des tickets au mois, le savon était pour les allemands et le pain était rationné parce qu’ils prenaient la farine. Ils habitaient chez nous! Il y avait aussi les femmes militaires en uniforme gris. On les appelait les souris grises. Et toute cette armée qui était là, il fallait bien la nourrir, donc notre alimentation à nous se composait essentiellement de persillons et de rutabagas. Avant la guerre, les rutabagas, on les donnaient aux vaches! On avait de très petites quantités de beurre, une fois par mois. Donc tout était cuit à l’eau. Les légumes, la viande. Des gens gros il n’y en avait pas! Tout le monde avait des engelures aux pieds parce qu’on avait plus de matières grasses, notre peau était sèche. La vie était dure. Il existait quand même le cinéma, mais c’était des films allemands avec, dans les actualités, la propagande allemande. Ce que nous ne savions pas sur le moment, nous ne l’avons appris que par la suite, grâce à la radio anglaise. Je me souviens, on écoutait le soir, «ici radio Londres». Ils envoyaient les messages qu’on ne comprenait pas destinés aux résistants, puisque ils leurs annonçaient, par exemple, quand ils allaient faire un parachutage d’armes, «ce soir les roses vont venir…». Des fois ils nous donnaient des nouvelles, «bientôt il y aura le débarquement». Le soir, les allemands passaient dans la rue avec des camionnettes équipées d’antennes paraboliques, qui tournaient et qui détectaient les ondes radio dans les maisons. Ils nous faisaient peur! Si les allemands découvraient qu’il y avait des gens qui écoutaient radio Londres, ils rentraient en défonçant la porte et emmenaient tout le monde! On savait qu’il existait des camps mais on ne savait pas ce qu’il arriverait aux prisonniers! Heureusement qu’on ne n'étions pas au courant, mais on sentait bien que c’était très dangereux de se faire arrêter! Quand on était convoqué à la Kommandantur, tout le monde paniquait car souvent, on n’en ressortait pas! Il y avait des salles de tortures au sous sol!


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