« C’était un Eldorado »

Un témoignage de Yolande (Evry) M.,
né(e) le 8 novembre 1923
Mémoire recueillie à


Tout le temps que j'ai partagé avec mon mari, c'était « un Eldorado ». Malheureusement, nous n'avons pas vécu longtemps ensemble, il a eu un cancer, le cancer du fumeur. J'ai vu mon mari et d'autres personnes mourir. Et ça va vite, je vous jure que ça va vite. Je lui disais: « X** ne fume plus, essaie de te guérir de ce défaut », si on peut dire que c'était un défaut, parce qu'il était vraiment, vraiment gentil. Souvent, je recevais des amis à la maison et on prenait un petit café. Je lui disais X**, je vais revenir avec la patrouille, fais-nous quelque chose. Et là, il m'avait fait un biscuit et les tasses étaient déjà mises, il était adorable. Ce jour-là, j'avais mon gâteau fait, j'avais mon café tout frais. On est allés à l'école ensemble. Et quand je suis en train de vous parler, je le vois ce temps-là vous savez. Et il y a des moments où je repense à tout ça et je me dis « Est-ce que tu te rappelles de ça, est-ce que tu n'as pas fait un rêve? », parce que certaines choses, c'est vrai, restent un peu obscures, mais ça c'est la mémoire qui n'est pas toujours fidèle.


Quand mon mari est mort, je suis rentrée dans une maison de retraite. C'est marrant, quelques mois avant je m'occupais des autres qui n'avaient pas de travail, et là c'est dur pour moi de venir ici. Alors qu'avant, je me serais occupée de demoiselles comme vous, mais c'était une autre façon de travailler qu'on avait en Algérie.


J'ai eu trois enfants, j'ai eu deux filles et un garçon. Alors le premier, c'est le garçon, c'est R**, après j'ai eu Y** et M***. Y**, elle est infirmière en France. Les autres sont restés en Algérie. Mes enfants sont tous nés en Algérie.


Je me rappelle plus de maman. Je me rappelle parce que j'ai des photos à la maison, et je vois des photos mais je ne vois pas ma maman. Je vois la photo oui, c'était maman, ou c'est maman, mais je me rappelle plus d'elle!


Vous savez quand ça m'a manqué? Quand j'ai eu des enfants moi, quand R** est né, il m'a manqué cette chaleur des parents, ah la la, quand on ne savait pas à qui le présenter, on disait que c'était le fils de Dieu. C'est vrai qu'il était beau le R**, il était magnifique, chiant comme un jour de pluie, parce qu'il en a fait des: « ouais ouais ».



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