« Cette opération aura eu une incidence considérable sur ma vie »

Un témoignage de Raymond P.,
né(e) le 4 juin 1924
Mémoire recueillie à


Je suis né à Escaudes en 1924. Nous étions six frères et sœurs.


Un handicap auditif lourd de conséquences.


A 7 ans, j’ai eu une otite aigüe, à l’époque il n’y avait pas de médicaments comme aujourd’hui, c’était mal soigné. J’ai dû être opéré sur Bordeaux par un médecin allemand, mais il m’a très mal opéré, depuis je n’entends plus très bien de cette oreille et elle m’a toujours fait souffrir. Cette opération aura eu une incidence considérable sur ma vie puisque j’ai eu à subir deux autres opérations pour tenter de rattraper le mal qui a été fait. Je garde une rancune très profonde contre ce médecin. Pendant la guerre, on organisait beaucoup de bals clandestins, j’allais souvent aider pour l’installation ou je surveillais dehors mais je ne pouvais pas rester dedans à cause de mon oreille. J’avais une promise, mais elle est devenue « Bonne Sœur ». Je ne me suis jamais marié et je n’ai pas eu d’enfant, je ne voulais pas à cause de mon oreille souffrante.


Mes souvenirs d’enfance


Mon père a fait partie de la cavalerie lors de la guerre 14-18.


Lorsque nous allions à l’école, nous étions dix enfants sur la route aujourd’hui on ne voit plus trop cela. Aujourd’hui, les campagnes se vident. Mon institutrice était très bienveillante avec moi. Elle me donnait des renseignements sur les papiers administratifs par rapport à mes problèmes de santé. J’ai été pris en charge par la commune qui était relativement riche, car à l’époque il n’y avait pas d’assurance. Mes parents recevaient 500 F pour que j’aille à l’école.


J’aimais bien faire du vélo, avec ma mère et mon cousin on allait souvent à Villeneuve-sur-Lot, il y avait 80 kilomètres depuis Escaudes. Mon père faisait le maquignon (il achetait des vaches et les revendait), il habitait le Poteau.


La guerre 39-45


Je me souviens, je faisais du vélo avec une amie, nos freins se sont emmêlés et je suis tombé juste devant le poste Allemand, ça les a fait rire. Ça reste un bon souvenir.


Les allemands, on les appelait « les Bosh ». J’ai failli mourir plusieurs fois. Pendant la guerre, il y a eu une rafle. La charrette pleine de près de 200 fagots de pin était tirée par des vaches. Elles se sont arrêtées, elles ont senti la présence des allemands derrière un talus. Mon père est passé, il a vu des gens debout dans un cimetière, prêts à être fusillés. On a entendu une pétarade. Une autre fois, sur la route de Bazas, des avions anglais et allemands se canardaient, l’un d’eux est tombé suite à une explosion à 20 mètres de moi.


Je me souviens très bien du bruit des souliers cloutés des SS sur la route de Beaulac. Soudain, j’entends un coup de feu. Ils avaient tué l’une des plus belles vaches pour la manger.


Nous n’avons pas souffert de la faim pendant la guerre à la campagne nous cultivions nos légumes et nous élevions nos animaux. A la libération, on a été heureux, les gens dansaient.


La vie active


Nous n’avions pas de temps pour les loisirs, il fallait travailler. On était paumé, dans la pampa. Je n’ai jamais eu de voiture. J’ai eu une mobylette mais je l’ai vendue car je n’y voyais plus bien. J’ai exercé plusieurs métiers agricoles (Vignes, gemmage, tabac…), puis j’ai été charpentier, maçon et j’ai appris le métier de coiffeur. J’aimais le travail bien fait. J’étais méticuleux. Ce que j’aimais le plus c’était gemmer (récolter la sève des pins pour en faire de l’essence de térébenthine), c’était la seule activité du massif landais qui permettait de subvenir à nos besoins. Pendant dix ans, j’ai fait le triage du blé. Je portais de lourds sacs de blé pour les mettre sur la trieuse. A l’époque j’avais la force physique de le faire.


Et aujourd’hui…


J’ai une chatte nommée Praline et très vieille qui a 15 ans. Elle dort dans ma chambre depuis la construction de la MARPA [Maison d'Accueil Rurale pour Personnes Agées].



array(0) { }