Chemin de vie de Gérard (Saumur)

Un témoignage de Gérard Percereau,
né(e) le 12 mars 1921
Mémoire recueillie à

Quelle éducation avez-vous reçue auprès de vos parents ainsi qu'à l'école ?
J'ai reçu une éducation dans l'enseignement libre parce que mes parents étaient catholiques pratiquants ce qui ne les empêchait pas d'être militants dans des mouvements comme le parti socialiste ou des associations de quartier. A l'époque, ça avait commencé par le mouvement populaire des familles après le mouvement de libération du peuple puis l'union de la gauche socialiste. Ensuite, ça s'est appelé le parti socialiste. Mon fils Jacques Percereau a été conseiller général. Il était en même temps conseiller municipal. Avant de décéder, il était en passe de devenir maire de Saumur car il avait la classe et la valeur nécessaire.
Pouvez-vous nous raconter votre plus grande histoire d'amour ?
Ma plus grande histoire d'amour est une histoire très simple. J'ai connu ma fiancée quand nous travaillions tous les deux à la maison Tézier, établissement de graines de la route de Rouen. Son père était président du cercle catholique de la visitation rue Waldeck-Rousseau. A partir de là, nous allions devenir bons amis dans la société où nous étions. Moi même, j'étais à la JOC, la jeunesse ouvrière chrétienne. Ma femme, elle-même était militante à la JOC. C'est comme ça que nous nous sommes connus puis mariés. Tout ça, ce sont des histoires qui remontent très loin.
Avez-vous des souvenirs ou des anecdotes de la guerre ?
Mes souvenirs de la guerre sont plutôt tristes parce que j'habitais route de Rouen en plein cœur du quartier de la Croix Verte pas loin du quartier des Ponts. C'est là que la guerre a porté le plus entre 1940 et 1944 puisque c'est là que les bombes sont tombées. Que ce soit les Alliés ou les allemands, les allemands d'abord et les Alliés ensuite voulaient toucher la gare avec leurs bombardiers mais leurs bombes tombaient toujours partout sauf sur la gare. C'est comme ça que la maison Tézier où je travaillais avec mon père a été bombardée et que pendant très longtemps j'ai été obligé d'aller travailler dans une succursale à Juvisy-sur-Orge. Il a fallu attendre 1944 et la fin de la guerre pour reconstruire une maison Tézier, une succursale puisque le siège social était à Valence-sur-Rhône. C'est toute une histoire, j'étais chef de service dans la maison Tézier, on m'a envoyé à Juvisy-sur-Orge où je suis resté quelques années jusqu'à temps qu'on entreprenne la reconstruction de la maison Tézier. En attendant, on avait un local qui était situé rue David d'Angers. C'est comme ça que ça s'est passé pendant la guerre en 40-44. J'habitais comme par hasard le quartier où il y avait le plus de morts. Il y a eu une centaine de morts rien que dans le quartier des Ponts et de la Croix Verte parce que les allemands puis les alliés visaient la gare de Saumur car la gare de Saumur était importante sur la carte géographique des chemins de fer parce qu'elle correspondait avec les gares d'Angers et de Tours. C'est pour ça qu'on a des amis qui sont morts pendant le bombardement. Ils étaient tous du quartier des Ponts comme par hasard. Chaque fois qu'ils venaient aussi bien les alliés que les autres pour bombarder Tézier, les bombes tombaient sur le quartier des Ponts. C'était la Loire qui les trompait sans doute, on leur avait dit que c'était à droite ou à gauche. Chaque fois, il y a eu des morts. Le principal bombardement de Saumur, le premier, il y a eu une centaine de morts rien que dans le quartier de la Croix verte et des Ponts. La rue principale du quartier des Ponts a été sinistrée. Il ne restait plus une seule maison. Alors, j'ai connu ça en 40 parce que c'était la France qui se défendait et il y a encore une rue qui s'appelle rue de la résistance : c'est Saumur qui se défendait contre l'agression allemande et quand les allemands ont occupé Saumur ; en 44, les allemands ont été attaqués par les anglais et les américains. Il ne restait plus grand chose du quartier des Ponts. Il a fallu reconstruire progressivement. Il y a encore des choses qui ne sont pas faites, ce ne sera jamais plus comme avant. Ça fait mal d'un seul coup une centaine de morts en un seul bombardement. Ça fait mal. Il y a eu des amis, des copains. C'était la guerre. On a eu des copains qui ont été envoyés en Allemagne pris par la Gestapo, on ne les a jamais revus. Ça aussi ça existait. J'ai connu tout ça. 60 ans après plus personne ne s'en rappelle évidemment. Les nouvelles générations, on leur dit ça, c'est comme quand ils lisent l'Histoire de France. L'histoire de ce qui s'est passé au temps de Louis XIV ou pendant la Grande Guerre. Si je n'ai pas vécu la guerre de 14, j'ai vécu celle de 40, les bombes qui sont tombées à côté de chez moi n'étaient pas des bombes en carton. Elles sont tombées à 10 m de chez moi. J'habitais au "62 route de Rouen" et les bombes sont tombées au 58 dans la cours de chez Tézier.
Comment était votre vie d'adulte ?
Elle était toute naturelle mon père travaillait cher Tézier depuis longtemps c'est d'ailleurs pour ça qu'on est venu s'installer à Saumur. Nous étions tourangeaux d'origine. Il s'est trouvé qu'à Tours la maison dans laquelle travaillait mon père avait fait faillite. C'est la maison Tézier de Saumur qui a été en somme le sauvetage pour mon père qui travaillait, il était voyageur de commerce. Mon père est venu s'installer à Saumur et la famille tourangelle est venue s'installer à Saumur alors qu'avant ma famille à moi était uniquement dans l'Indre-et-Loire. La famille Percereau était et reste encore une famille essentiellement tourangelle. C'est nous qui sommes les premiers partis et j'ai maintenant des oncles et tantes dans la région parisienne.
Que ressentez-vous sur la génération d'aujourd'hui comparée à la vôtre ?
C'est difficile à dire parce que pour observer quelque chose il faut être d'un autre pays ou d'une autre génération. Mais je veux bien, ma génération et celle de maintenant c'est très différent. Moi j'avais le principe de travailler dans des associations, je fus un des fondateurs de la jeunesse ouvrière chrétienne à Saumur à l'époque. Puis il fallu trouver des militants qui rentraient à la CGT, à la CFDT et il y en même qui sont rentrés au parti communiste mais la plus part ont créé le parti socialiste. C’est avec des amis, que j'ai connu dans les années 37-40, que nous avons fondé ce que l'on appelle le nouveau parti socialiste. Ce n’était pas la SFIO qui était un mouvement plutôt difficile, je dirais même assez anticlérical sectaire quoi. Nous avons crée un nouveau parti socialiste à la libération en 1944 qui existe toujours d'ailleurs. Nous étions partis de la JOC, un mouvement d'action catholique et nous avons crée un parti socialiste de gauche, ce qui donnait une possibilité à de nombreux chrétiens, qui ne voulaient pas rentrer dans les partis de gauche parce que c'étaient des partis qui étaient anticléricaux. Les mouvements de gauche ne sont plus anticléricaux comme ils l'étaient dans le temps. Il y a tellement de chrétiens qui se sont engagés dans des mouvements de gauche que maintenant ce n'est plus du tout ce que c'était. C'étaient des partis anticatholiques, maintenant ce sont des partis simplement ouvriers. La première chose, c'est de dépanner les gars qui n'ont pas de boulot, de trouver des solutions au problème du chômage et tout ce qui s'en suit. Ils sont représentés dans toutes les commissions et dans tous les ministères pratiquement, en tout cas tous ceux qui ont un caractère social.
Que pensez-vous des maisons de retraite ?
Les maisons de retraite sont ce qu'elles valent, c'est ce que valent ceux qui sont à l'intérieur. Tant que les maisons de retraite ont été fréquentées par des gens de formation bourgeoise, elles avaient un caractère bourgeois. Petit à petit, on s'est dit nous autres dans la classe ouvrière, on n’est pas plus bêtes que les autres, on peut créer des maisons de retraite. Depuis dans la classe ouvrière on a la CGT, la CFDT, la CFTC et les associations de quartier qui existent. C'est nous qui les avons lancé en 1960. On a travaillé pendant 50 ans, on a eu le temps de reconstituer des mouvements et des organisations qui ne sont plus de caractère sectaire.

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