Chemin de vie d’Elie (Saumur)

Un témoignage de Elie Martineau,
né(e) le 19 mars 1927
Mémoire recueillie à


Quelle éducation avez vous reçue de vos parents et à l'école?


L'éducation que j'ai reçue, j'ai reçu forcement une bonne éducation mes parents étaient très bien éduqués et j'étais très heureux. J'étais en nourrisse c'est Mme Lebierre tient hahahaha. Elle habitait à Chouzé sur Loire à 30 mètres de la Loire. J'avais une sœur comme on disait à l'époque une sœur de lait qui était mon aînée de 1 an avec qui on se chamaillait comme pas possible c'est normal vu le gamin que j'étais. J'étais le petit gamin en pension. Alors il y a eu des petits leurres avec ma petite sœur mais ce n'était pas grave de toute façon. Non non, on c'est toujours bien entendu. Ce qui était marrant c'est qu'on me disait : « ils sont partis de Chouzé ils avaient une dizaine d'année ils sont partis en pays Nantais. » - en parlant de sa nourrisse. A l'école je n'ai pas eu de problème. J'étais quand même discipliné et sérieux à l'école, mon père me disputait de temps en temps. Il me disputait c'est tout parce que mon père ne me battait jamais. Je n'étais pas un enfant martyre. J'étais un enfant heureux. J'avais une vraie sœur qui elle était logée chez une autre nourrisse. Je m'entendais aussi bien avec elle que mon autre sœur (sœur de lait).


Pouvez-vous nous raconter une anecdote de la Guerre?


Je n'ai pas vécu la Guerre car je n'avais pas l'âge pour y participer. Donc la Guerre était déclarée. J'étais avec deux ou trois copains entrain de jouer au ballon sur la place de l'église. Quand le garçon est passé avec son tambour pour nous annoncer la mobilisation générale alors c’est des souvenirs pour moi de l'entrée de la Guerre. Et cette Guerre a commencé j'avais 13 ans et toute la jeunesse était évidemment sur le coup. Alors pas de bal dansant pas d'autre chose pas de divertissement en tout cas le moins possible. Des bals, il y en avait quand même mais des bals clandestins. Alors nous on faisait tout pour trouver un bal. Notre moyen de locomotion était le vélo. Je vous raconte pas l'histoire des pneus tout le monde la connaît. Les pneus étaient faits par un copain avec des vieux pneus de voiture. Il prenait l'arrête du pneu de voiture, il ficelait çà avec du fil de fer, je peux vous dire qu'avec ça c'était un sacret confort, ça roulait. En ce temps fallait se cacher pour aller au bal, fallait faire attention quand on voyait une lumière sur la route on cavalait dans les fossés là où on pouvait se planquer autrement ça c'est passé comme ça. Le cinéma. Oui il y avait quand même le cinéma fallait qu'on aille chercher le caméraman. Fallait le chercher chez lui en vélo avec une remorque pour chercher le matériel, on mettait ça à Chouzé dans une salle avec des bancs il y avait de quoi s'occuper pendant 1h30 alors garçons et filles se retrouvaient là dedans c'était ça notre jeunesse un peu. Quand on avait 15-16 ans on avait la peur au ventre, on avait peur de les croiser (les allemands). On n'a pas beaucoup vécu cette histoire.


Pouvez-vous nous raconter votre vie d'adulte (travail, enfants) ?


Le déclic dans ma vie, je voulais être charcutier, aller savoir pourquoi? Il y en a très peu de charcutier dans le pays c'est ce qui m'a marqué et puis charcutier, la Guerre, le cochon, dans la région pas de charcutier. Comme mon père avait une menuiserie, je suis donc resté dans la menuiserie alors à faire des chevilles, c'est un petit appareil en bois très précis dans lequel il y a un trou dans lequel on a préparé des petits bouts de bois qui vont bien dedans. Alors ça on en fait quand on est apprenti et on en fait pas mal. C'est souvent le boulot réservé à l'apprenti. Et puis j'ai 17-18ans et mon père décède. Ma mère faisait les marchés en marchande de légumes donc j'ai travaillé un peu avec ma mère. Mon père est décédé, je ne pouvais pas continuer à travailler dans la menuiserie du fait que j'étais trop jeune pour faire le patron alors je me suis mis à faire le marché avec ma mère ça a duré 1-2 ans et puis j'ai rencontré ma femme on s'est marié à 20ans. J'ai pris l'affaire de ma mère à mon compte puis je n'ai pas réussi pas assez de métier. 1 an après une gamine et puis mauvaise affaire comme j'habitais à Villebernier à l'époque ce qui n'était pas facile. On habitait dans un appartement, pour ma pauvre femme c'était au premier l'eau était en bas au puits, pour la gamine et tout le bazar l'eau était froide. Après c'était l'époque, je ne trouvais pas ça extraordinaire comme on a vécu comme ça pendant l'arrivée du deuxième marron (enfant) une deuxième fille et puis comme on avait fait de mauvaises affaires je suis allé travailler à Tours aux Dames de France c'est pas mal ça tient, Villebernier- Les ports brulés- Tours- Dames de France 6-7 mois en vélo. Après j'ai vu une annonce dans le journal, il cherchait un couple pour être gérant dans leur magasin. On est parti de Villebernier en vélo à Beaufort. Je teste chez Pierre pendant 1h-1h30 ensemble et puis ensuite on était une dizaine de couple à se présenter on verra bien, 2-3 jours après on s'est retrouvé chez Pierre pour être embauché pour telle date. Il fallait faire le déménagement puisqu'il y avait le logement alors on prépare tout ça et on a déménagé. On arrive chez Pierre, 1 mois se passe et le patron nous a appelé au bureau, il me dit : « je vous ai embauché à ce prix là, mais vous ne le valez pas », je lui réponds : « peut-être monsieur, c'est vous qui savez », il me dit : « bon, écoutez je vous propose une chose, je vous baisse votre salaire de moitié, et vous continuerez là. Si ça va, à vous de vous rendre compte que vous voulez une augmentation, je ne vous en proposerai jamais, vous venez m'en demandez ». Je n'avais pas de solution autre que celle là alors j'ai continué comme çà. On a tiré la langue, ha c'est vrai, on en a bouffé du cheval et des patates. Le cheval n’était pas cher à l'époque. 2 mois après, c'est moi qui suis allé retrouver le patron et je lui ai demandé la sauce. Il a commencé à me donner une augmentation. 1 mois et tout les 2 mois j'ai commencé à prendre là mienne et puis j’ai été longtemps là dedans. 30 ans quand même donc j'étais gérant à Beaufort et j'ai vu une place comme gérant à Saumur. Je suis parti à Saumur comme gérant du magasin de Saumur et l'autre femme tenait les bistros que je connais. Elle s'appelle la mère Mathilde elle tenait le bistro depuis longtemps et ma mère qui faisait du marché, déballait ses sacs en face de chez elle. Ils nous connaissaient bien. Et on a fait 10 ans de marché à Saumur. Et puis un jour le directeur vient me voir et me dit : « savez-vous que je pars à la retraite, donc c'est vous qui prenez ma place ». Ha ça fait drôle re-deménagement Saumur-Beaufort et puis j'ai géré 7 magasins d'un seul coup ça vous tombe sur les pattes puis ça a duré 10 ans comme çà. Le patron avait un fils et le grand patron était décédé donc son fils a pris la suite et son fils avait 27ans mais il n'était pas de la même génération que moi, moi je faisais partie de la génération du grand patron. Alors avec le jeune patron ça ne gazait pas trop, j'ai eu la possibilité de prendre ma retraire à 55 ans. Ça m'intéresse ce qu'il s'est passé, moi j'avais mon fils qui était prêt à prendre ma place et il ne voulait pas être gérant. Le fils du patron, lui voulait être directeur. Tout compte fait il a eu sa place 3 mois après je suis parti à la retraite c'était au mois de mars et j'ai du partir début juillet donc à mes 55 ans. Et toutes ces années m’ont servi à acheter pleins de matériel pour refaire la maison de mes parents. 2 semaines après ma retraite, j'étais à la tâche dans mon atelier et j'ai refais toute ma maison. C'est comme ça que ça c'est passé jusqu'à la fin puis après 60 années de mariage ma femme m’a quitté c'était pour la mauvaise cause. Moi je suis resté, c'est moins rigolo. Ma vie a marché un peu j'ai essayé de ne pas rendre ma femme trop malheureuse mais il n'y a pas eu que des beaux jours ce n'est pas ça la vie. Elle n'a pas été malheureuse et moi non plus.


Oui j'ai des enfants, j'ai un fils qui est chef à l'opéra de Paris (chef décorateur), un autre secrétaire principal à la mairie dans le nord. J'ai une fille, qui a 56 ans qui était institutrice et qui est maintenant à la retraite à la Réunion et une autre qui à 52 ans qui est aussi à la Réunion et qui est à la retraite aussi voilà. Mais j'en vois qu'un celui qui est à Paris, qui descend me voir toutes les semaines et qui n'emmène chez moi à Chouzé. Il m'emmène du samedi soir au dimanche midi. Il a du mérite de faire ça pour son vieux, il est célibataire et les 3 autres sont divorcés et remariés.


Que pensez-vous de la génération d'aujourd'hui comparée à la votre?


Vous avez une vie plus compliquée que la notre. Parce que moi je considère que nous on avait au moins devant nous, la possibilité du travail. Et ça vous ne l'avez pas, vous avez du souci à vous faire. Autrement je crois que sur la vie sociale vous êtes plus gâté que nous car vous avez des possibilités qui sont nettement plus intéressantes que nous. Mais vous quand vous vous mariez c'est à l'aise. Vous avez moins de soucis de famille que nous, c'est déjà le principal. Dans le mariage chez vous, il y en a pas beaucoup qui tienne debout. J'espère que pour vous ça se passera bien. Mais croyez moi ce n’est pas si simple, c'est une vie de perpétuelles de concessions. Si on ne fait pas de concession on ne peut pas tenir.


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