Chemin de vie (Saumur)

Un témoignage de Anonyme Saumur,
né(e) le 24 juillet 1925
Mémoire recueillie à

Quelle éducation avez-vous reçue auprès de vos parents ainsi qu'à l'école ?
J'ai passé mon enfance auprès de mes parents. Ils avaient leur travail. A l'époque, on n'avait pas d'instruction comme maintenant. On avait 3 kilomètres à faire pour aller à l'école et autant pour revenir à pied. C'était comme ça à l'époque. J'aimais bien l'école. J'ai juste mon certificat d'étude, c'est tout. Mes parents n'avaient pas assez d'argent pour payer mes études. Comme ils étaient fermiers, on aidait nos parents jusqu'à nos 17 ans. Ensuite, je suis allée travailler chez nos voisins car en 1940 c'était la guerre, les jeunes étaient partis. Il n'y avait que des anciens. Nous sommes aussi allés faire les vendanges. C'était une autre mentalité que maintenant, on était à la campagne. On était dans une école privée. Les institutrices étaient des religieuses à l'époque. Ça remonte à longtemps. On n’avait pas le confort qu'il y a maintenant. Tout compte fait on n'était pas plus malheureux.
Pouvez-vous nous raconter votre plus grande histoire d'amour ?
Je suis tombée sur un brave garçon avec des parents très sérieux. Ils avaient 2 enfants qui ont eu une très bonne éducation. Ils sont allés à l'école dans le choletais et leurs parents étaient sévères, ça je peux le dire. J'étais d'une famille très sérieuse également, on s'est donc fréquentés. On avait 3 ans d'écart, ce qui m'a un petit peu gêné. Mon mari était plus jeune que moi. On sortait en famille ou avec des amis et comme ils avaient des grandes pâtures avec un étang, il y avait du poisson et on allait à la pêche en groupe. On apportait le pique-nique. Ça se passait comme ça.
Avez-vous des souvenirs ou des anecdotes de la guerre ?
Très peu. J'étais jeune, on aidait beaucoup les gens. Mon père, à l'époque, n'était pas jeune. On envoyait des colis aux prisonniers. On était tout un groupe, on récoltait je ne me rappelle plus trop quoi et on envoyait des colis aux jeunes qui étaient partis. Autrement, on n'a pas tellement souffert de la guerre. On était à la campagne, on avait le jardin, on avait les légumes, on avait des bêtes, on avait du lait. On avait juste à acheter le fromage et un peu de nourriture quand même. Il y avait de la volaille. On pouvait vivre de ce que l'on récoltait. Je travaillais dans une famille avec des amis à Paris. Toutes les semaines, ils envoyaient un colis.
Comment était votre vie d'adulte ?
Je suis allée à l'école jusqu'à 14 ans puis après je suis restée pour aider mes parents à la ferme. Parfois, il fallait aller planter les betteraves et les choux, arroser tout ça quand c'était en pleine chaleur. Il y avait des petites pièces de théâtre. On allait aux répétitions à pied. On se tapait 6 ou 7 kilomètres. Il n'y avait pas de vélo à l'époque. On a eu de bonnes parties de plaisir. On était à la ferme avec ma sœur qui avait 2 ans de moins que moi et on allait dans les champs, ce n’est pas que l'on aimait bien ça. Un jour, nos parents nous ont dit d'aller arracher les plants de betteraves. Nous voilà donc parties toutes les deux et nous avons tout arraché. On s'est fait remonter un peu. On n’aurait pas du faire ça. C'était une petite bêtise. Il n'y avait pas de cinéma à l'époque. On faisait des petites réunions avec des filles, on allait dans les prés le dimanche après-midi regardé les vaches. En même temps, on jouait au ballon. On était 5 ou 6. C'étaient de bonnes parties de plaisir. Un jour, il y a un homme qui est sorti d'une pâture. Il était gentil mais quand il voulait nous faire peur, il prenait sa grosse voix, il nous regardait d'un sale œil, puis un dimanche après-midi il s'est présenté dans le pré. On avait à moitié la trouille mais ce n'était pas méchant. Par contre, il y avait un jeune qui avait 15 ans à l'époque et qui avait attaqué une petite dame dans le fossé. Il voulait la tuer. Là, nous avions peur. C'était un jeune qui était un peu désaxé. Là, franchement, on a eu la frousse. Après, il est parti, il a fait une grosse bêtise mais il n'a pas fait de prison. Il était remarqué de tout le monde.
Que ressentez-vous sur la génération d'aujourd'hui comparée à la vôtre ?
Je vous plains, franchement, je vous plains. Il y a le confort, il y a tout ci tout ça. Vous voulez vous déplacer, c'est bon, mais c'est le travail qui va peut-être manquer. Il n'y en a déjà pas beaucoup. De plus en plus, les grosses boîtes vont fermer. Comment ça va finir tout ça ? Ça s'arrangera peut-être, il est grand temps que ça se fasse. Je vous souhaite que ça s'arrange, d'une façon ou d'une autre. On dit toujours qu'il faut avoir le moral, qu'il ne faut pas désespérer. Sarkozy a du boulot à faire.
Que pensez-vous des maisons de retraite ?
Ce n'est pas rien d'être rendu dans ces maisons là. C'est comme partout, ils manquent de personnel. Il n'y a pas assez de foyers logement. Ici, on prend les repas, on est libre, si on veut sortir on peut sortir. Quand vous êtes en maison de retraite, c'est autre chose. Pour tout. Je serai peut-être obligé d'y aller, je ne sais pas, peut-être, comme beaucoup.

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