Chemin de vie (Saumur)

Un témoignage de Anonyme Saumur 2,
né(e) le 22 septembre 1921
Mémoire recueillie à

Quelle éducation avez-vous reçue auprès de vos parents ainsi qu'à l'école ?
Je n'ai pas reçu d'éducation de mes parents car j'ai été élevé à l'orphelinat. Je suis né près du Lion d'Angers, à 7 kilomètres du Lion d'Angers. Je suis allé à l'école communale ordinaire. C'est quand ma mère est morte que nous sommes allés à l'orphelinat. Nous étions 2 à l'orphelinat de Montagne sur Loire à côté de Seiches-sur-le-Loir. J'y suis resté jusqu'à ce que j’aie l'âge de travailler. A l'époque, c'étaient des sœurs, maintenant, c'est une école d'agriculture. Il ne reste plus que le château. Autrefois, il y avait des dortoirs. J'étais à l'école jusqu'à 13 ans et après le certificat. Je suis tombé dans une ferme. Mes premiers gains étaient de 600 francs à l'année. On l'a plus dans la poche, il y a longtemps qu'il est dépensé. J'étais nourri et blanchi. A ce moment là, c'était comme ça, quand on travaillait à la ferme, on y restait tout le temps. On y était employé toute l'année. J'ai changé de ferme en 1938 car je ne m'y plaisais plus. Je voulais gagner davantage, c'est normal. S'il fallait donner ça aux jeunes, maintenant ils n'en voudraient pas. On mangeait du riz à l'eau. La collation, c'était un bout de pain sec et du lait caillé. Celui qui n'aimait pas le lait caillé, il bouffait du pain sec. Moi, j'étais bon de la gueule, je le mangeais.
Pouvez-vous nous raconter votre plus grande histoire d'amour ?
Il n'y a pas grand chose à raconter. « Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous » (il chante). Ça fera 66 ans au mois de novembre qu'on est mariés. Il faut le faire déjà ! Le dimanche, comme je ne savais pas quoi faire pendant la guerre, j'habitais le Plessis-Grammoire près d'Angers. Je faisais la route en vélo. Je montais à Angers, à l'hôpital. Ma femme habitait juste au-dessus de l'hôpital. Je devais être sorti avant 23h parce qu'il y avait les schleus. Ils ont baisé 20 balles une fois devant la gare Saint-Serge. C'était un beau clair de lune, je n'avais pas mis la dynamo. Je suis sorti de la ville vite fait. C'est un souvenir. Ça fera 66 ans au mois de novembre. On a fêté les 50 ans et les 60 ans. On a travaillé à peu près tout le temps ensemble. En 1963 on est allé travailler aux champignons, on travaillait 10 heures par jour même le dimanche sans avoir de jour de congé. On avait le samedi après midi mais on finissait à 14h30 voir 15h. J'ai pris ma préretraite, la retraite à l'époque était à 65 ans.
Avez-vous des souvenirs ou des anecdotes de la guerre ?
Pas tellement parce que je ne suis pas parti mais on était dirigé par les Allemand j'ai assisté à des réquisitions des chevaux. Ils emmenaient les chevaux. Je n’ai jamais été volontaire pour prendre la vie. Nous on n’a pas vraiment connu tout ça, on avait des tickets, on avait droit à 350 grammes de pain par jour, sans ticket on n’avait pas de pain, il fallait des tickets pour le tabac. Tout le monde fumait même les femmes qui ne fumaient pas, fumaient quand même. A Pignole il y avait d'abord des Polonais puis les Allemands, il y avait les avions alors tout le monde se cachait où il pouvait. Il y avait des abris mais ce n'était pas suffisant pour tout le monde en ville. Ils étaient avec leurs bottes, on les entendait marcher ils étaient facile à reconnaître. Il y avait tout un régiment quand il passait on les entendait.
Comment était votre vie d'adulte ?
Je faisais partie du patronage et on jouait au basket le dimanche. Il n’y avait presque pas de chômage à cette époque là. Ils ont profité de nous ces Allemands, des wagons de bestiaux s’en allaient chez eux, les pommes par wagon aussi s’en allaient chez eux, les tractions ils les réquisitionnaient. On n’avait pas le droit à la parole si ils voulaient ça ils le prenaient, nous on ne pouvait rien dire. On n’a pas été dans les plus malheureux à par pour les tickets, le samedi on passait à la ferme pour aller chercher des pommes de terre tout le monde venait au ravitaillement des œufs, des légumes que l'on pouvait avoir. Même pour s'habiller on avait le droit à 1 bon pour 1 costume. Il fallait faire un standard. Il fallait donner ça pour avoir ça. On ne peut pas dire que l'on a eu une mauvaise vie car il y en a d'autres qui ont souffert plus que nous.
Que ressentez-vous sur la génération d'aujourd'hui comparée à la vôtre ?
Ce n'est pas du tout comme la notre, vous ce n'est pas de votre faute s’il n’y a pas de boulot. La vie de famille ce n'est plus pareil. Maintenant les jeunes il faut qui travaillent tôt s’ils veulent avoir une retraite. Même si ce n'est pas gagné pour l'avoir vous vous rendez compte : 2 millions700 milles chômeurs !
Que pensez-vous des maisons de retraite ?
Et bien nous on ne veut pas y aller, on est bien chez nous et on y reste. On a quand même notre fille qui nous aide pour la maison car elle habite à coter de cher nous. On a une infirmière et une aide soignante car je ne peux plus faire ma toilette tout seul et ma femme ne peut pas me la faire non plus. Ca fait que 6 mois que nous avons commencé le portage de repas à domicile car ma femme ne ce sent plus capable de faire la cuisine. On se sent bien dans notre tête, la maison de retraite pour le moment c'est non, ça ne nous plait pas du tout.

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