Comme on dit, le travail ne tue pas

Un témoignage de ada,
né(e) le 2 février 1916
Mémoire recueillie à

"Quand j’avais 13ans j’ai commencé à travailler à l’usine de tissage Laffont. Elle était à Villeurbanne, rue du Dr Dollard. Le patron habitait derrière l’usine dans une grande villa. Maintenant ils ont donné son nom à une place dans le 8eme arrondissement.
Il faisait les vêtements de travail pour hommes. Il y avait une autre usine à Montplaisir et il y avait des magasins à la grande rue de la Guillotière. Mais la confection des vêtements n’était pas faite à Lyon. J’ai d’abord été canneteuse, je faisais les cannettes qu’on met dans les métiers à tisser. On avait chacune une poche où on gardait les chutes de fils. On appelait ça de la moleskine. Puis j’ai été bobineuse, enfin on faisait un peu de tout. J’ai travaillé 13 ans chez Laffont. On travaillait en créneau, soit de 5h à 13 ou de 13h à 21h. Moi j’aimais mieux faire le matin car c’est mieux pour travailler. Les machines faisaient tellement de bruit qu’on ne s’entendait pas parler. Il y avait les tisseurs et les gareurs qui s’occupaient des métiers cassés. Il y avait plus de femmes que d’hommes. Je travaillais toujours avec les mêmes personnes. J’ai beaucoup regretté l’usine quand je suis partie, j’avais beaucoup de copines mais maintenant je ne sais pas ce qu’elles sont devenues depuis le temps. Maintenant je vais avoir 94ans alors ça fait longtemps.


Et puis je me suis marié à 26ans avec un boucher. Je suis alors partie de l’usine pour travailler à la boucherie. On en a tenu deux : une aux Maisons Neuves puis l’autre rue du 4 août. Mon mari servait et moi j’étais à la caisse.
Mais je n’aimais pas ce métier, je n’aimais pas bien le commerce. Et puis c’était un métier ingrat, il fallait se lever à 5 heures du matin, et j’avais toujours les mains dans le froid. Les ouvriers des usines alentours passaient le matin déposer leurs gamelles et je faisais le pot au feu, les tomates farcies, la choucroute…c’était tout près pour la sortie de l’usine. La marmite était plus grande que moi. Comme je suis têtue et maniaque je n’ai jamais voulu quelqu’un pour m’aider. On faisait tout avec mon mari, on a jamais voulu de commis pourtant il y avait beaucoup de nettoyage à faire. Et puis c’était embêtant parce que l’été les gens voulaient que des steaks et l’hiver que du pot au feu ! Pourtant dans la bête il y a de tout ! Et il fallait vendre tout le restant.
Pendant les vacances comme on ne partait pas, on retapait la boucherie ; on nettoyait, on blanchissait.
Puis mon mari a pris une angine de poitrine et il ne pouvait plus porter la viande, alors il est rentré comme chef dans un supermarché. Alors moi je me suis occupé de ma maman qui était toujours malade et puis j’ai aussi fait quelques ménages. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie et vous voyez, comme on dit que le travail ne tue pas…


Voila ma vie comment elle est, maintenant je suis ici et je suis bien, les personnes sont gentilles ici. L’appartement est bien, j’ai une jolie vue, il y a de l’animation je suis bien contente."

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