Couturière de haute couture

Un témoignage de Marguerite,
né(e) le 26 octobre 1922
Mémoire recueillie à

Je suis née en 1921 à Lyon et issue d’une famille de huit enfants. Je suis la septième de la fratrie. Ma mère nous élevait tandis que mon père était parquetier à Lyon. Mon enfance a été très heureuse et mes parents nous aimaient énormément. Un tragique événement survint lors de ma dixième année lorsque ma mère décéda en 1932.

Depuis lors, c’est mon père qui a pris en charge notre éducation. Malgré son absence, pour cause de chantier dans le Sud plusieurs fois par an, il avait sacrifié le reste de sa vie pour nous. Il avait alors engagé une gouvernante qui avait repris en main la maison et d’une certaine manière la place de ma mère pour finir de nous élever jusqu’à ma quinzième année où elle décéda à son tour.
Elle nous donnait beaucoup d’amour et c’est d’ailleurs mon beau-frère qui l’avait recommandée à mon père. Lorsque notre père rentrait, il nous emmenait au musée, j’étais passionnée par la civilisation égyptienne et cela m’a beaucoup appris.

En raison de notre nombre, nous avions avec mes frères et sœurs une grande différence d’âge. Etant pour la plupart mariés, notre mère nous réunissait souvent durant de grands dîners ; habitude que nous avons perdue par la suite. A la place, c’est moi et ma petite sœur qui allions chez eux.

A la maternelle, j’allais dans une école mixte ; à partir de là, je n’ai fréquenté que des écoles pour filles. A l’âge de 15 ans, j’avais trouvé ma passion : la couture. Je décidai alors d’arrêter l’école et de m’inscrire dans une maison de haute couture chez Pierre-Cour. Grâce à une connaissance, j’ai été prise pour 3 ans d’apprentissage, sans être payée. Mon père, n’étant pas là, ma gouvernante inquiète, appela une amie de ma mère pour lui demander si je pouvais. Cela ne dérangea pas mon père qui n’aspirait qu’à mon bonheur.
Ce qui me passionnait dans ce métier, c’était de travailler les beaux tissus et la minutie qu’il fallait pour assembler les pièces, avec le souci du détail. Une grande partie de ma vie se passa dans la même maison à créer de magnifiques vêtements pour les plus grands défilés dans le monde entier.
Durant cette période, je me suis mariée et j’ai eu un fils. Peu de temps après, je me suis séparée de cet homme.

Cinq ans plus tard, je me suis remariée avec quelqu’un de très gentil et doux, et nous étions heureux et amoureux. En 1968, j’ai décidé de changer de parcours professionnel en devenant standardiste dans une usine, la haute couture ne me permettant pas des revenus réguliers. Depuis lors, j’ai habité seule. Cependant, j’ai continué de confectionner des tailleurs pour mes amis et je n’ai jamais totalement cessé d’exercer.

Il y a deux ans, un homme mentalement perturbé est venu s’installer au dessus de chez moi. Durant cette période, il m’a causé de sérieux problèmes de voisinage (tapage nocturne…), cela a perturbé ma santé et je vivais dans la peur, c’est pourquoi je vins m’installer à La Villette.

Le voyage qui m’a le plus marqué est celui que j’ai fait en Roumanie, il y a quelques années de cela, sous la dictature de Ceausescu, j’avais été écœurée par la façon dont la population était traitée, la persécution policière surtout pour les étudiants…
Quand je regarde le monde aujourd’hui, je me dis qu’à l’époque, tout était plus simple. De nos jours, dans le contexte de crise dans lequel nous nous trouvons, il est plus difficile de construire son avenir…

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