De bons souvenirs de l’école…

Un témoignage de Hélène CENDRE,
né(e) le 22 juin 1922
Mémoire recueillie à

« Je suis allée à l’école, dans une petite bourgade du nom de Pontcharra. J’y suis restée de la maternelle à la préparatoire, j’avais donc 7 ans.La maternelle se trouvait dans un bâtiment appelé maintenant la vieille mairie, il y avait deux classes : une pour ceux qui avaient 5 ou 6 ans, et ceux qui préparaient de 6 à 7 ans leur passage dans un établissement où il y avait plus de classes. Lorsque mon père est mort, j’étais déjà dans cette classe préparatoire.

Je pense que je suis entrée en maternelle à l’âge de 4 ans, et je me revois très contente que la maîtresse m’ait puni au piquet. Pourquoi ? Parce que j’avais bavardé.

Par la suite je suis venue à Grenoble où je suis allée pendant 9 mois à l’école non mixte Lesdiguières. Je vivais rue Turenne, et à cette époque il n’y avait pas autant de voitures que maintenant…J’y suis partie lorsque mon oncle est décédé et que maman est retournée vivre avec ses parents.
L’école n’était pas du tout comme aujourd’hui, c’était beaucoup plus strict et ce n’était pas plus mal. On se mettait en rang et on passait devant la maîtresse en lui montrant nos deux mains pour qu’elle voit si nos ongles étaient propres. Et celui qui avait les ongles sales avait « la chance » d’avoir un coup de règle.

A l’âge de 8 ans, j’ai intégré l’école de Bellecombe, qui était mixte, c’est pour cela qu’on était aussi nombreux en classe, on a été jusqu’à 48 élèves. Disons qu’on était 45 et que 48 c’était après pâques, lorsqu’il y avait la classe maternelle. Les petits qui étaient dans leur cinquième année entraient à l’école jusqu’en juillet pour y apprendre à lire et écrire un peu, puis revenaient en octobre pour y suivre une année entière. Les plus grands qui avaient des parents un peu aisés, allaient travailler un peu aux champs puis l’hiver partaient à Grenoble dans une école où les filles apprenaient à broder, à cuisiner. Elles y passaient quatre mois d’hiver et retournaient aux champs dès le printemps.

L’école se composait de plusieurs niveaux : il y avait ceux qui apprenaient à lire et à écrire un peu, ensuite le cours préparatoire, le cours élémentaire (1ère année/ 2ème année), le cours moyen (1ére et 2ème année).

Malgré 45 élèves je n’ai jamais vu une seule grève ! On ne savait pas ce que c’était les grèves. Et nos institutrices, je leur tire mon chapeau, elles étaient très dévouées et compréhensives, on était très respectueux et polis, c’était «bonjour mademoiselle », « au revoir mademoiselle ». Les midis d’hivers, elles nous réchauffaient nos plats. On les aimait beaucoup nos maîtresses….

A l’école on faisait des dictées avec analyse, des rédactions, et quand on avait terminé nos devoirs, on allait apprendre aux plus petits à lire, car l’institutrice s’occupait d’un autre cours… Donc les plus grands aidaient les plus jeunes et c’était plutôt bien, ça nous intéressait beaucoup.
J’adorais les problèmes à résoudre et j’avais de très bonnes notes en composition française, sauf en orthographe. Il y avait également des cours d’histoire géographie, de sciences, et des chants deux fois par semaine.
On aimait bien le chant car on se rassemblait tous autour du bureau de la maitresse et si l’on avait été bien sage, l’institutrice avait un petit appareil, avec des diapositives où elle faisait défiler des paysages.
Elle nous jouait du violon aussi, l’ambiance était très bonne, il n’y avait aucun bruit alors que certains élèves étaient en temps normal de vrais « diables ».

Lorsque l’on apprenait les citations ou un chant, il fallait l’accompagner d’un petit dessin sur nos cahiers, alors on nous prêtait des crayons de couleurs.
Je me rappellerais toujours pour « la petite fée de la neige », j’avais dessiné un village avec de la neige qui tombait.
On avait appris une récitation, je ne me rappelle plus de qui :
« D’un point de l’horizon, comme des masses brunes
Ils viennent soulevant la poussière
Et l’envoient sous leurs pieds larges et sûrs
S’écrouler les dunes….. »


On écrivait avec une plume et un porte plume, on avait des sergents majors mais aussi des crayons ordinaires. Ce n’était pas difficile d’écrire à la plume, on avait des buvards, il y en avait qui ne savaient pas écrire avec et qui faisaient des gros « pâtés » sur leurs cahiers. On apprenait vraiment à écrire, il n’y avait pas de lettre d’imprimerie comme maintenant.

A l’école, j’étais une privilégiée, ma mère cousait et me coupait des petits tabliers dans du Vichy fleuri, mais les élèves que j’ai connu aussi bien filles que garçons portaient une blouse noire. Ils la portaient le lundi, mardi, mercredi à l’endroit, le jeudi c’était jour de repos, et le vendredi et samedi à l’envers car vous comprenez on n’avait pas de savon et le noir ce n’était vraiment pas commode.

On se réveillait à 6h du matin pour aller à l’école, et l’hiver on marchait avec un mètre de neige, on faisait le concours de celui qui avait les plus gros sabots de neige. On mettait 45 minutes pour aller à l’école et parcourir environ 3 ou 4 kms, il fallait qu’on soit tous là, on ne laissait pas un petit en route, on se tenait tous la main. Il y avait aussi deux ou trois élèves qui étaient à 7h à l’école pour éclairer le « phare », c’est un poêle à bois et à charbon dont les tuyaux traversaient toute l’école et qu’il fallait allumer, mais il ne chauffait la classe qu’à partir de 15h…
Pendant la récréation, je me souviens que l’on jouait à la marelle, aux Gobilles (les billes), et le jeu du furet.
Sinon on s’asseyait prés d’un tronc de sapin et on parlait de ce que l’on avait vu.

On n’avait pas beaucoup de vacances, les grandes vacances se déroulaient du 1er aout au 1er octobre, et pour les lycéens de juillet à octobre.

Je suis restée à l’école jusqu’au certificat d’étude que j’ai passé dans l’année de mes 12 ans, le 18 ou le 22 juin il me semble. On le passait dans le canton du Touvet, la maîtresse ne faisait passer que ceux qui étaient sûrs de réussir. Mais il y avait aussi des « lumières » malgré le fait qu’ils travaillaient dans les champs de blés et les vignes de leurs parents.
A 13 ans, ma famille n’étant pas assez riche pour me permettre de continuer les études, et après 1 mois de vacances, je suis tombée dans la ganterie, car il ne faut pas oublier que Grenoble était la capitale du gant …. Nous n’étions pas riche mais comme on travaillait beaucoup nous gagnions bien notre vie. »


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