De mon adolescence à ma majorité avant la Guerre d’ Algérie

Un témoignage de Jean-Baptiste M.,
né(e) le 3 mars 1928
Mémoire recueillie à



Jean-Baptiste M., retraité actif et dynamique, président d’honneur du Groupement des Parkinsoniens de la Loire, nous raconte trois années marquantes de sa vie: de 1945 à 1948.


"1945 pour moi, c’est quoi? C’est l’année où j’ai eu 17 ans, j’étais au lycée Claude Fauriel. Mes parents étaient commerçants, j’étais livré à moi-même. C’était une année perturbée à cause du débarquement allié dans le midi, la libération d’une partie de la France, ce qui provoqua des chamboulements politiques. L’année 1945, je l’ai vécue par le fait que la guerre existait toujours en France. Au lycée, nous sentions qu’il fallait faire quelque chose; nous nous sommes donc engagés, sans savoir où nous allions.


Après avoir fait mes classes à Valence je suis parti pour Toulon où j’ai embarqué pour l’Afrique du Nord, afin de remplacer les anglais et les américains. Le voyage a duré cinq jours car notre cargo suivait un bâtiment de déminage.


À Alger, nous avons été bien accueillis par la population locale. J’avais le grade de sergent mais ne participait pas au combat armé. Je m’occupais du fonctionnement de la base (salles d’opération, radio...). Comme dans une entreprise, nos horaires étaient aménageables. J’ai appris à taper à la machine, la mécanique et le morse. La zone de défense dans laquelle je me trouvais, se situait à 800m de la mer et à 40km d’Alger. Je découvrais la vie. Je commençais à me fondre dans le moule, je me suis retrouvé baigné dans le système. J’avais beaucoup de liberté, une Jeep était à ma disposition, nous allions informer et dépanner le personnel roulant.


C’est à cette époque qu’une manifestation à Constantine a mal tourné... Des kabyles sont descendus de la montagne pour revendiquer l’indépendance de l’Algérie. Puisque la France était en guerre, le gouvernement s’est permis d’envoyer une escadrille pour bombarder la foule. Ça a fait un carnage et a déclenché des attentats à l’encontre des européens. Nous étions mal informés sur ces évènements, les journaux locaux étaient censurés pour éviter la panique. Je commençais à voir la vie différemment.


Un an après mon arrivée, je suis rentré en France en permission. J’étais déçu car les choses n’avaient pas beaucoup changé.


À mon retour en Algérie, j’ai fait quelques temps à l’aéroport d’Oran, c’était plutôt commercial. Dans la 2e partie de 1946, j’ai suivi une formation de sauvetage en mer.


Ma mère m’écrivait toutes les semaines, cela m’a permis de ne pas perdre le contact avec la France. J’avais mûri, je matérialisais les choses. À ce moment-là, j’étais à Alger, j’avais un boulot de gratte-papier. Je travaillais dans des services plus près des décisions du commandement local de la zone de défense, ce qui me donnait une certaine liberté de mouvement.


En 1948, je rentrais en France. J’étais parti adolescent et cette expérience m’a rendu adulte. À mon retour, ce qui m’a frappé c’est qu’on reconstruisait beaucoup, avec du confort. L’automobile s’était développée. Les gens étaient contraints de suivre le progrès. Comme je n’étais pas encore majeur, je me suis fait émanciper à 20 ans, ce qui m’a permis de reprendre l’affaire familiale. J’ai pris des cours du soir et obtenu un CAP électricité, un CAP comptabilité... Les diplômes servaient de laissez-passer. Ensuite j’ai créé une branche électronique dans mon magasin afin d’être plus compétitif."




array(0) { }