De Vendée à Nantes

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

Après avoir sonné plusieurs fois nous entrons enfin dans le petit appartement de Germaine Leboeuf. Le sourire et le rire communicatif, elle nous fait asseoir autour de la table et commençons rapidement une discussion.


En quelle année êtes vous née ?
En 1918, en Vendée là-bas, après Clisson à la Bruissière. Mes parents avaient une petite ferme, quand j’arrivais de l’école il fallait garder les vaches, il ne fallait pas rester à rien faire. Après ils en ont pris une plus grande, alors là l’école c’était fini. A quatorze ans il fallait que j’aille dans les champs travailler, planter des choux. Hé oui alors, ce n’était pas marrant et puis il fallait garder les vaches dans les champs.
Il n’y avait pas de clôture dans les champs ?
Non pas à ce moment là non.
C’était dans les années 30 alors ?
Oui ! Alors quand on était en Vendée ça se faisait comme ça par chez nous. Les voisins ils invitaient les autres voisins, quand ils mariaient quelqu'un que ce soit un garçon ou une fille. Alors moi j’avais des voisins qui avaient un fils, avec qui je me suis mariée. C’est comme ça que je l’ai connu. Voilà ! Aujourd’hui mon mari est décédé, ça fait maintenant sept ans.
On allait garder les vaches le dimanche ensemble, mon mari voulait se marier parce que sa mère était veuve de guerre. Elle était en ferme, et tout le temps sa mère lui disait : « Tu peux te marier parce que j’en ai marre de travailler » alors il me demanda en mariage mais mes parents ne voulaient pas.
Pourquoi vos parents ne voulaient pas que vous vous mariez ?
J’avais 19 ans, alors que celui que je fréquentais était plus âgé. Mon futur mari m’a donc dit:
« Si ton père ne veut pas, moi je vais aller le trouver, tu vas voir ! ». C’est ce qu’il a fait un dimanche, il est venu à la maison trouver mon père et lui a dit : « Je suis décider à prendre votre fille, vous me la laissez ? » « Ah dame ! » qu'il dit le père ; « Ca va pas se faire comme ça, ça sera ça ou rien. ». Mais mon père s’est laissé faire quand-même. Alors je me suis marié à 19 ans. A 20 ans j’étais en ferme avec mon mari, j’ai eu un garçon à 20 ans .On allait dans les champs et on avait un cheval et quatre vaches, il fallait planter les choux, conduire le cheval, olalala, il y avait du boulot. En ce temps là il n’y avait pas de biberons, alors moi je nourrissais mon enfant, je lui donnais la tétée pour lui donner à boire. Ba oui mais après quand la guerre est venue, mon mari est parti, il a été réquisitionné. Les allemands ont pris mon cheval, alors je suis restée avec mon fils tout petit et mes quatre vaches. Alors mon père m’a dit :
« Ce n’est pas possible que tu restes la, on va vendre les vaches, et puis tu vas venir à la maison. ». Voila ce qu’a fait mon père, il a vendu les vaches et je suis partie à la maison, chez mes parents avec mon fils. Quand j’étais là-bas ma mère était paralysée, alors c’est moi qui la soignais. Il fallait faire à manger pour toute la famille. Je n’ai pas eu la vie bien belle… non. Mon mari était prisonnier, il est resté en Allemagne quatre ans et quand il est revenu j’étais encore chez mes parents. Alors il a bien fallu partir, on est retournés dans notre maison ou on était avant. Il n’y avait plus rien, il n’y avait plus de vaches, plus de cheval.
« Dame ! » dit alors mon mari. « Qu’est ce que je vais faire. »
Alors il s’est fait embaucher comme cantonnier à Montaigu, voila il a fait le cantonnier. Il a travaillé chez Desfontaines à la Brussière, ainsi que dans une usine. Et puis un dimanche un cousin de Rezé qui était venu voir mon mari, Eugène, lui dit comme sa :
« Ecoute Eugène tu ne vas pas rester dans ta terre, ta rien maintenant, alors tu ne sais plus quoi faire »
« Ba non je ne sais plus où aller maintenant. »
« Fait dont une demande au P.T .T, à la poste. »
Alors il a écouté, il a obéit, puis ma foi il a fait une demande et a été reçu. Il a été un mois à Paris. Alors en revenant, on a vendu ce qu’on avait en Vendée puis on est venu habiter Nantes, à Chantenay, chez une tante qui avait 2 petites pièces, on avait une petite pièce à trois. Mon mari m’a donc dit :
« Ce n’est pas possible qu’on reste la dedans ! »
Il travaillait, il montait aux poteaux, il montait le téléphone, les lignes électriques. Par les copains il avait entendu dire qu’il y avait une maison à vendre à la Roche Maurice, à Chantenay. Alors, ma foi ça nous a bien arrangés, on l’a acheté puis on a vécut là- bas. Mes enfants ne voulaient pas que je reste là-bas, il y avait un tas de manouche, des bohémiens, j’avais peur, mais j’avais un chien la nuit quand j’étais seule. Il fallait les voir, il y avait un grand parking autour de la maison, ils se garaient là la nuit et puis les jeunes buvaient de la bière, mettaient de la musique, ah ba mon dieu, je ne resterais pas là. J’en ai fait des maisons de retraite, je les ais visité, mais il n’y a que là que je me suis plu. Il y en avait un qui était là, c’était un copain de mon mari. Un jour, quand je suis venue le voir je lui ai dit que je voulais rentrer ici aussi. «Ho tu sais il y a une chambre qui est bien, je la connais, je vais te la garder ». Je n’étais pas loin alors il était content, comme il tombait souvent. J’allai souvent lui rendre visite, alors quand je le trouvais par terre, je prévenais les infirmières. Il est décédé maintenant. J’étais bien contente qu’il m’est trouvé cette chambre. Je suis contente de ma chambre. Moi je ne me pleins pas.
Vous avez combien d’enfants aujourd’hui ?
Moi, trois. Deux garçons et une fille.
Et quel âge ont vos enfants ?
Le grand a 71 ans, l’autre en a 69 et ma fille en a 62. Ah oui c’est grand ! J’ai des petits enfants et des arrières petits enfants. Vendredi soir elle est venue me surprendre ma fille avec sa fille et ses petites filles. Ils sont venus me souhaiter la bonne année.
Comment était la vie ici pour vous quand vous habitiez sur Nantes ?
Moi j’ai jamais travaillé, j’ai toujours travaillé à la ferme, j’ai soigné ma mère et après j’ai élevé mes enfants. Après j’étais avec mon mari qui était en retraite. On avait un grand jardin, on vivait de nos légumes.
Vous aviez des activités particulières, des sorties de prévues ?
On faisait des sorties. On est sortis, on a fait des voyages.
Où êtes vous allés ?
On est allé à la neige, on a fait du ski. On était un groupe au P.T.T, alors on s’en allait tous en car, je peux vous montrer des photos de la neige vous allez voir comme elles sont belles ! La c’est les photos de mariage.
Vous aviez 19 ans là alors ?
Elle n’était pas grande, il m’avait montée sur une pierre.
Vous étiez toute belle !
J’étais plus belle qu’aujourd’hui.
Vous avez la forme là !
Moi je ne me plein pas, pour une vielle comme ça. Et la on était déguisés.
En bonne sœur, la grande classe ! Toute l’équipe déguisée en bonne sœur ! Où est-ce que vous étiez ?
On était a Rode Brune, pas loin de la Savoie. Regardez donc mon mari s’il n’était pas de la rigolade !!
Ah ce n’était pas de la rigolade non !! Toujours en train de rigoler vous !
Ah oui, pas changer. Vous pouvez tourner la page.
La c’était a la Roche Maurice, on avait un arbre qui avait des champignons.
Marcel Dessailly ?
Oui vous ne connaissez pas, le footballeur ?
Et pourquoi vous avez ça ? Vous étiez fan de Marcel Dessailly ?
Je connais Marcel Dessailly, je connais sa mère. Le monde est petit.
Vous direz bonjour à Marcel de ma part alors !
Sa mère fréquentait un monsieur qui habitait la Roche Maurice. Elle était souvent à la maison, pas chez moi, chez le copain, parce que moi je m’en fichais pas mal de madame Dessailly. Mais elle est venue à la maison quand même, avec son copain. Et puis un jour elle est venue chez son ami, mais elle a trouvé la porte fermé. Elle est donc venue chez nous, puis elle me dit comme ça :
« Mais qu’est ce qui ce passe, il n’est pas chez lui ? »
J’étais bien embêtée, il était mort. Vous ne pourrez pas le revoir je lui dis, il est décédé. Ce n’est pas vrai. Elle avait sa fille avec elle et elles sont rentrées. Il avait un cancer de la gorge. Et la photo de Marcel Dessailly, c’est mon fils qui a trouvé ça dans le journal. Qu’est ce qu’il y a de marqué dessus, je m’en rappel plus ? » ; « Marcel Dessailly dans les bras de sa mère ».Je pense que c’est le petit là, c’est le petit marcel. Il est là dans les bras de sa mère. Déjà il jouait au foot ! Ah oui, je l’ai vu jouer au foot !
Tout jeune ?
Ah oui et puis j’aime le foot !
Vous avez été au stade de la Beaujoire alors ?
Ah je n’y suis jamais allé.
Une grande supportrice alors ?!!
A la télé je le voyais c’est tout, je le voyais assez par chez nous quand il venait voir ses copains avec sa mère. Mais j’aime le foot ! S’il y a un match, vous ne me ferez pas couchée. Je reste jusqu'à onze heures, même en ce moment. Mais le rugby par exemple il ne faut pas y compter.
Vous n’aimez pas le rugby ?
J’ai un petit gars qui en fait pourtant du rugby. Je n’irai jamais voir ce que je n’aime pas !
Et pourquoi vous n’aimez pas le rugby ?
Je ne sais pas !
Pourtant c’est des bons gaillards qui font du rugby !
Ah mon petit gars c’est un gaillard il est plus grand que moi ! Lui aussi il est gros ! C’est un sacré costaud !


Après avoir longuement discuté avec madame Lebœuf, c’est avec plaisir qu’elle nous offre un petit gouter tout en continuant à discuter. Nous la remercions et repartons pour de nouvelles aventures…

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