« Des inondations… »

Un témoignage de Nadine Labrousse,
né(e) le 19 février 1934
Mémoire recueillie à

Ancienne maîtresse des écoles, Nadine est née à Saint Pierre D’Aurillac.


« Je suis née en 1934, je n’ai donc pas connu l’inondation de 1930. Longtemps après on en parlait encore. Il y avait 30 centimètres d’eau dans la maison. Les soubassements en bois qui cachaient les murs ont pourri à la longue. Mon père me racontait qu’il faisait du bateau sur la N 113. Avec les pêcheurs du port, ils avaient capturé un esturgeon, appelé chez nous « créac ». Les volailles, les troupeaux dans les fermes riveraines avaient été emportés par le courant. On pouvait voir passer sur des tas de fumier, les quelques poules et coqs les plus chanceux ! Un des voisins a même failli se noyer en tentant de sauver un cochon des eaux. À l’époque, les crues étaient bien plus fréquentes qu’aujourd’hui. »


Nadine a connu l’inondation de 1951, elle nous raconte :


« Les dépendances de ma maison étaient complètement inondées. N’ayant que peu de choses de valeur nous avions simplement déménagé mon précieux piano. Il avait voyagé en charrette jusqu’à la salle des fêtes qui fut d’ailleurs son seul et unique voyage ! Il n’y avait pas encore de congélateur, de réfrigérateur, de télévision, de machine à laver, les dégâts matériels étaient donc beaucoup moins importants qu’aujourd’hui. »


Les inondations ont beaucoup marqué l’enfance de Nadine. C’est en esquissant un léger sourire qu’elle reprend :


« La solidarité et l’entraide étaient les maîtres mots de ces inondations. Beaucoup de gens descendaient des coteaux pour assister au spectacle. Ma mère leur préparait des crêpes. Quelle cuisinière, c’était les meilleures crêpes ! Dans la bonne humeur, les familles d’en haut retrouvaient celles d’en bas. C’était presque la fête ! Nous avons aussi connu de faibles inondations. Je faisais partie des enfants de la guerre, et pour nous chaque crue était une attraction, minime soit-elle. Chaussés de nos bottes, nous marchions sur les digues qui entouraient les champs inondés jusqu’à ce que l’eau les recouvre à peine. On rentrait les bottes remplies d’eau et les chaussettes mouillées à la maison où nous attendait une bonne fessée ! Nos parents nous « sermonnaient » tout en énumérant les risques auxquels on s’exposait : perte d’équilibre, simple poussée et nous aurions pu nous noyer. A chaque lendemain de crue, lorsque nous ouvrions nos volets et que le fleuve avait retrouvé son lit, nous étions déçus. Notre terrain de jeux avait disparu. »


C’est le visage fermé qu’elle continue :


« Des noyades … ah oui j’en ai connu ! J’en ai un très mauvais souvenir. Je me souviens que le frère d’un de mes camarades réfugiés de Lorraine s’était noyé. Durant la classe une dame était venue le chercher, et je l’entends encore chuchoter à l’oreille du maître « son frère s’est noyé ». Un frisson m’avait parcouru le corps et une soudaine envie de pleurer m’avait submergée. Ce ne fut hélas pas la seule noyade. Nos parents nous ont par la suite formellement interdit de nous approcher de l’eau. Est-ce pour cela que j’en ai peur et que je n’ai jamais pu apprendre à nager … ».


Après une bonne tasse de thé, Nadine reprend ses esprits :


« Pour moi, simple riveraine, la Garonne est une présence dont je ne peux me passer. Chaque jour de beau temps je vais lui rendre visite, quelle que soit la saison, qu’elle soit haute ou basse. J’apprécie toujours ses hérons, ses cormorans et sa végétation diverse et changeante. Je regrette les péniches qui la fréquentaient encore dans les années passées. Aujourd’hui on peut voir, de temps à autre, un bateau de plaisance qui navigue vers le canal du midi. Je regrette aussi la pêche à l’alose où l’on attendait que les pêcheurs tirent le filet pour voir briller ces beaux poissons argentés. Tant de souvenirs intarissables. »


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