Un Drame en temps de guerre

Un témoignage de Marie-Thérèse R.,
né(e) le 3 décembre 1927
Mémoire recueillie à

Nous sommes en août 1944. Avec mes parents, j’habitai à Perrache, juste en face de la Gare, et aux vues des bombardements à Lyon à ce moment-là, ils décident de m’envoyer à St Didier au Mont d’or pour plus de sécurité. Quelques-unes de mes amies sont à Fromente, logées dans une demeure déjà protégée, une pouponnière de Lyon. Le 6 août, je décide d’aller leur rendre visite. Je préviens ma tante, enfourche ma bicyclette et pars pour Fromente de Charbonnière, ce qui n’était pas très loin. Il faisait un temps magnifique. J’arrive à bon port, très contente de revoir mes amies. En fin de matinée, nous bavardions assises au soleil, sur la pelouse, quand nous apercevons des ballonnets rouges dans le ciel. Nous savions bien ce que cela signifiait : repérages en vue d’un bombardement. Et ça ne fait pas longtemps à attendre. Pour un avion, St Didier, ce n’est pas loin ! Soudain, bruits assourdissants : une maison voisine explose, un petit pigeonnier qui bordait la propriété s’effondre. Nous étions à 200 mètres de là, sur la pelouse… Surgissant à nos côtés, l’aumônier de l’école qui se trouvait dans les parages,  crie : « A plat ventre et ouvrez la bouche ! Acte de contrition ! ». Ces instants là ne s’oublient jamais. Mais je trouvais le moyen de me poser des questions : Comment réciter son acte de contrition avec la bouche ouverte ? Gros dilemme ! (Rires) Je vous jure que j’ai toujours sa voix dans les oreilles et que personne ne lui avait désobéi ! Par la suite, le vieux prêtre nous a avoué avoir paniqué et s’est excusé de nous avoir affolées. Ce bombardement du 6 août causa des dégâts importants à la Croix Rouge, à St Didier et à Champagne… Pour moi, un gros ennui : un jeune résistant m’avait pris mon vélo. Et c’est à pied que j’ai dû rentrer, non pas à Charbonnières mais au Cours de Verdun, pour rassurer mes parents affolés. Cela devait bien faire 7 ou 8 kilomètres à parcourir à pieds ! Ma tante, croyant que j’avais été tuée, mes parents, complétement démoralisés, quand ils m’ont vu arrivé, comme ça, je vous jure que je me souviens de ma mère, et de mon père, dans l’état où ils étaient. Ils m’avaient fait quitter Lyon dans l’espoir de me protéger, de me préserver des bombardements. L’explosion m’a rendu sourde pendant 8 jours et je suis restée sous le choc pendant un moment. Je n’ai pas racheté de vélo, je ne voulais pas demander ça à mes parents, alors j’ai été privée de vélo et j’ai tout fait à pied pendant la guerre, jusqu’au moment de la Libération. Et ça, ça pesait aussi dans ma vie, car en vélo je faisais beaucoup de choses, ça a été difficile. Oh, ça a au moins servi à quelqu’un ! [Le 15 septembre 1944, le Général Charles de Gaulle est acclamé par la foule !]

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