Du Havre à Paris

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à


C'était en juillet 1967, je venais de passer deux ans aux Etats-Unis et je voulais rentrer avec le bateau France parce que j'avais beaucoup de bagages. J'ai donc pris le France à New York, et cinq jours et demi après environ, je suis arrivée au Havre. Comme j'étais pressée de sortir du bateau et que je trouvais que cinq jours et demi c'était déjà assez long sur l'Atlantique, je me suis précipitée sur le quai. Les bagages devaient être transférés directement dans le train. Un quai d'environ 2 à 3 mètres de large séparait le bateau du train qui nous amenait du Havre jusqu'à Paris.


J'étais une des premières à monter dans le train, et qu'est-ce que je vois : un prospectus blanc... sur toutes les banquettes! Et dans tout le train! (parce que j'ai un peu circulé dans le train avant de choisir ma place). Je lis le prospectus...et stupéfaite, c'était comme un pamphlet contre le général de Gaulle... et je me suis demandé : on veut tuer le général de Gaulle? Ils sont fous ces français! (Je ne sais pas si j'ai gardé ce prospectus, je l'ai peut-être encore dans mes bagages!).


Je venais de mesurer pendant deux ans la puissance des Etats-Unis! Une des choses qui vous frappe le plus quand vous arrivez là-bas, c'est que vous avez l'impression que tout est dix fois plus grand : les routes, les immeubles... On a le sentiment que la France est quand même un tout petit pays. Alors je me suis dit : mais ils sont fous ces français...ils veulent tuer le général de Gaulle?


Quelques mois après, j'ai eu l'occasion de vivre les évènements de mai 68 dans la région parisienne, j'ai alors compris que tout cela était préparé depuis longtemps... et ce prospectus que j'avais cueilli sur les bancs du train était un signe annonciateur qu'il allait se passer des choses assez graves! Alors j'en ai conclu que les étudiants français qui s'agitaient, étaient manipulés par des puissances étrangères. Nous étions dans la période des années dites « glorieuses », où il y avait du travail pour tout le monde, où la France était prospère, et elle était bien dirigée. On avait fait le France, c'était déjà beau! Et aussi le Concorde, c'était quand même des symboles du génie français.


Alors j'étais très attristée par ce qui se passait, et par « Il est interdit d'interdire !» qui salissait tous nos murs. C'était l'intolérance qui triomphait et aussi la « chienlit » comme disait le général de Gaulle. Il a mis fin à la « chienlit » et nous étions très nombreux à aller fêter son succès bras dessus bras dessous sur les Champs Elysées. L'année suivante « le chêne est tombé ». Je pense que sa chute avait été préparée, aussi bien en France qu'à l'étranger, qu'on a dupé toute cette jeunesse qui a été, pour moi, manipulée de l'extérieur, à la fois peut-être, je dis bien peut-être, je n'ai aucune preuve de cela, par la CIA et par les marxistes sans doute. Ceux-ci vendaient « le petit livre rouge » comme des petits pains à qui voulait le prendre, et coupaient la parole à tous ceux qui manifestaient une pensée différente dans la Sorbonne et ailleurs.


Je me demande encore qui a bien pu écrire et imprimer ce petit prospectus qui a été mis sur tous les sièges du train qui nous amenait du Havre à Paris!



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