ENFANCE

Un témoignage de Renée M.,
né(e) le 3 septembre 1923
Mémoire recueillie à


Je m'appelle Madame Renée M., je suis née le 03 septembre 1923 à Alger en Algérie, je suis née dans le mois de la vierge.


Vous savez j'ai voyagé un peu partout, et c'est vrai que je connais Alger comme ma poche, vous savez à Alger je suis chez moi pour ainsi dire.


J'ai été élevée chez mes grands-parents, mais vous savez c'étaient des gens très très bien, il ne me manquait rien avec eux, mais j'avais une éducation « attention », qui était stricte.


Dès ma naissance mes parents m'ont amenée chez mes grands-parents, et chez eux j'ai vraiment été choyée.


A tel point que lorsque je dormais, le lit était contre le mur, moi j'étais du côté du mur, ma grand-mère était au milieu et mon grand-père à l'autre extrémité du lit, et si j'étais du côté du mur c'est simplement pour pas que je tombe.


Et malgré mon jeune âge, cette image m'est restée.


Et puis en été, mon grand-père me mettait sur ses épaules et on allait jusqu'à la Place du Gouvernement, je me souviens même du grand cheval qu'il y avait.


Et là bas on voyait, les français, les arabes et même les juifs, il y avait vraiment toutes les origines et tout le monde était content.


C'est vrai que quand j'y repense, je sais que les gens ne verront plus ce genre de chose maintenant.


Mes grands-parents avaient beaucoup de biens, car mon grand-père travaillait surtout le marbre, c'est lui qui confectionnait les tombes, aussitôt qu'il y avait un mort peu importe l'origine ou la religion alors on l'appelait, alors lui se rendait dans le domicile du défunt, il faisait une prière et il l'embrassait sur le front et sur ses mains.


C'est pour cela que même maintenant lorsque je vais visiter un mort je fais la même chose que mon grand-père, je fais une prière pour le défunt et j'embrasse son front et ses mains.


Je peux même vous dire ce qu'il me disait très souvent « tu vois là-bas, dans le coin d'une rue ou même d 'une montagne, il y aura toujours quelqu'un qui te demandera de l'aider ou quelque chose car il en aura besoin, et bien vas-y aide le, ne te tracasse pas la tête et retourne chez toi, et tu verras que chez toi LE DIEU t'aidera quand tu en auras besoin » et je me rappellerais toute ma vie des choses comme ça vous voyez, parce que ça ne se voit plus des choses comme ça ici. Il faut dire la vérité et ne pas se le cacher, pour comprendre les gens il faut avoir du cœur, vous croyez vraiment qu'il y en a beaucoup des gens avec du cœur ? Allez ne me dites pas de mensonges. J'avoue qu'il y en a mais c'est rare et ça moi je ne peux pas le supporter. Un jour mon grand-père est arrivé à la maison plus tôt que prévu, je lui ai dis « Pépé que fais-tu là, tu es malade ? » il m'a fait signe de me taire, car ma grand-mère était à la cuisine, il a attendu que ma grand-mère sorte dans le champ et il m'a dit: « Tu sais ta grand-mère t'emmène au marché, fais à manger, fais le ménage. Mais comme je sais qu'elle aime la ratatouille et que c'est lent à préparer je viens un peu plus tôt afin de lui préparer pour qu'elle puisse se reposer. »


Vous voyez un peu comment j'ai été élevée, dans quelle ambiance familiale ?


Ensuite j'ai également étudié, mon école était à Saint-Eugène dans une montée près de la mer, je me souviens que lorsque mon frère aîné « Raymond » allait à l'école moi je ne pouvais pas surement parce que j'étais trop jeune. Et une fois que j'ai atteint l'âge d'aller à l'école et bien c'était mon frère qui m'accompagnait et il venait me récupérer à 11 heures pour aller manger à la maison.


Et puis bien évidemment j'ai connu la guerre et c'est là que je suis devenue infirmière. Durant la guerre toutes les femmes pouvaient être infirmières mais c'est vrai que ça demandait beaucoup de courage. Et la religion m'a beaucoup aidé, car j'ai toujours été croyante et ça grâce à mes grands-parents comme vous le voyez j'ai toujours mon chapelet.


Je peux même vous raconter qu'un jour on m'a appelée pour remplacer à l'hôpital une religieuse qui devait partir, alors elle devait me montrer tout ce qu'elle faisait, j'ai vraiment tout vu, normal car c'était au temps de guerre.


À la fin de la visite je me suis rendue chez le Directeur de l'hôpital et je lui ai demandé s'il serait possible de travailler dans un autre service car je doute de pouvoir supporter tout ça, il a été gentil et il m'a mise dans un autre service.


Vous savez j'ai toujours exercé ce métier d'infirmière, mais en fait j'ai travaillé un peu dans tout, j'ai été bonne à tout faire. Il m'arrivait même qu'on m'appelle pour une chose ou pour une autre dans des églises, bien évidemment les curés me connaissaient et avaient confiance en moi car il fallait faire très attention. Même des amis il fallait s'en méfier.


Et ça m'a appris à vivre avec tout ce que j'ai vécu car on n’en apprend jamais assez.


Mais ne pensez pas que je n'ai exercé ce métier que sur Alger, j'ai vraiment fait le tour, je suis partie à Bourj (Boujie), Oran et un peu partout, à un tel point que des fois je ne savais même pas où je me trouvais.


J'y allais pour faire du bien un peu partout, comme je vous l'ai dit, j'essayais de faire comme mon grand-père.


J'ai également travaillé dans une maroquinerie, le responsable était l'un des plus grands maroquiniers, je travaillais avec sa femme, mais c'est moi qui tenais la boutique car elle partait souvent dans les marchés afin d'acheter le cuir etc.


Il y avait même un homme qui était de confession musulmane, mais pour moi c'était comme un frère. De notre temps il n'y avait pas de différence il m'arrivait d'entrer dans des mosquées et des synagogues.


Ensuite à la fin de la guerre, je suis venue ici sur COARRAZE j'y ai même ma villa qui donne sur la route principale, près de la mairie.


Depuis que je suis revenue ici, je ne suis pas repartie à Alger mais c'est comme si j'y étais car je me vois encore là-bas, je garde un bon souvenir de ça.


Pour finir si vous avez du cœur, vous vous apercevrez vite fait des gens qui ont du cœur et si je vous dis ça c'est aussi afin que vous ouvriez les yeux sur la vie car tout le monde n'est pas pareil !


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