Enfin du repos !

Un témoignage de Paule Thébaud,
né(e) le 29 octobre 1924
Mémoire recueillie à




Nous retrouvons Madame Thébaud pour discuter de sa retraite : enfin un moment pour se détendre. Sa vie n’a pas été de tout repos, toujours occupée à rendre service ou à travailler. Atteinte de la polio depuis sa naissance, elle a tout de même refusé d’être considérée comme une travailleuse handicapée et a assumé toutes les responsabilités d’une personne valide.


Madame Thébaud savoure son passage à la retraite, moment privilégié où elle retrouve sa maman. Paule laisse la maison familiale à sa sœur et son beau-frère en nous précisant : « On était bien avec maman, on s’entendait vraiment bien ».


Occupation première : la couture ! Pendant toutes ces années, Paule n’a pas eu de temps pour elle, pour se laisser aller à des loisirs. Alors, dès qu’elle en a eu le temps, elle a relevé ses manches et hop ! « Ah oui, la première année j’ai cousu, cousu, cousu ! J’ai fait de la couture pour tous mes neveux et nièces. Alors là, j’ai habillé les petits ! J’ai fait des petites robes pour les enfants de mes amies aussi, j’ai fait du tricot et les petits travaux qui m’étaient accessibles dans le jardin. Tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire, je l’ai fait. Là c’était un soulagement. J’avais une boulimie de tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire !!! » Très vite, Paule s’est engagée dans des associations comme dans la fraternité des malades et handicapés où elle a tissé des liens d’amitié avec des personnes plus ou moins invalides.




Puis sa maman demande de plus en plus d’attention et Mme Thébaud ne peut plus subvenir à ses besoins. Paule nous raconte alors comment sa mère lui fait part de sa réflexion sur sa situation et comment, très lucide, elle lui annonce son désir de partir en maison de retraite : « Quelques mois avant ses 90 ans, au mois d’octobre, elle était fatiguée et elle voulait tout le temps faire le jardin. C’était ce qu’elle aimait et on en avait un grand. Elle tondait les pelouses et faisait le potager alors qu’elle était fatiguée. Un jour, elle me dit « Ecoute Paule, je vais avoir 90 ans. Si je tombe malade tu n’es pas capable de me soigner et si tu tombes malade je ne suis pas capable de te soigner non plus donc il est temps que je rentre en maison de retraite ». C’est quelqu’un qui avait les pieds sur terre et qui aimait tellement les siens qu’elle n’aurait pas voulu nous mettre en difficulté. Elle s’était tellement dévouée la pauvre maman à s’occuper de tout le monde donc les larmes me sont venues aux yeux, forcément, et on a pris rendez-vous à la maison de retraite. J’allais tous les midis manger avec maman à la maison de retraite." Le jour de ses 99 ans, la maman de Paule voulait être la reine de la journée, son plus beau tailleur était de sortie ainsi que quelques bijoux. Ses copines faisaient la queue à sa table pour venir lui souhaiter son anniversaire. Mais trois jours après, elle est décédée. C’est comme si elle avait attendu d’avoir ses 99 ans pour partir. Paule n’a pas manqué de lui mettre ses petits chaussons roses : « On faisait des activités à la maison de retraite et on faisait des ventes alors elle s’était achetée une paire de petits chaussons roses pour quand elle allait mourir. Elle avait fait son carton avec les choses qu’on devait lui mettre pour son dernier voyage. C’était un tailleur bleu marine avec des petites rayures blanches et les petits chaussons roses ».





Deux ans après le départ de sa maman, elle se rend compte que l’entretien de ce grand terrain qui entoure la maison (il y avait 1800m) constitue une charge financière trop lourde pour elle seule. Elle décide donc de vendre la maison et de ne garder que 440 m de terrain, c’est-à-dire le potager et une petite partie du jardin paysager, d’y construire une habitation de plain-pied accessible pour un fauteuil roulant et adaptée pour son handicap et sa taille. « J’en prépare les plans moi-même en fonction des quelques meubles que j’ai à y loger et les confie à un maître d’œuvre pour adaptation ».





Après avoir vécu sept ans dans cette maison, Paule décide de rentrer à son tour en maison de retraite. Elle a pris sa décision suite à plusieurs chutes : « Je me suis dit : c’est un avertissement…Il faudrait peut-être que…parce que tu te lèves la nuit, ta canne glissera sur le parquet de la chambre ou sur le carrelage de la salle de bain et puis tu y passeras la nuit…sur le carrelage ! Alors là, je me suis dit, il est temps ! » Elle a choisi d’aller chez les petites sœurs des pauvres, institution qui lui aurait plu particulièrement. Mais pour cause de ressources dépassant le plafond autorisé pour pouvoir y être accueillie, elle a été refusée et s’est dirigée vers la maison de retraite Saint Joseph.






Paule a veillé sur sa mère jusqu’à son dernier souffle et en respectant ses souhaits. Comme à son habitude, Madame Thébaud reste fidèle à elle-même et passe son temps à satisfaire le monde qui l’entoure. Aimer, être utile, ce sont les choses qui importent le plus à notre Mamie préférée…



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