ENTRE MENUISERIE ET PEINTURE

Un témoignage de Louis VALON,
né(e) le 18 mars 1924
Mémoire recueillie à

LOUIS VALLON 86 ANS
NE EN 1924 A PONT – CHARRA (CHAMBON – FEUGEROLLES)

Je me suis marié à l’âge de 20 ans et j’ai eu 2 filles, 3 petits enfants et 2 arrières petits enfants.
Une de mes filles est décédée à l’âge de 13 ans suite à un accident. Elle s’est faite renverser parun car.
J’ai arrêté l’école à 14 ans pour travailler avec mon père qui était artisan menuisier.
Je n’aimais pas l’école, mais après je m’en suis mordu les doigts car j’ai dû apprendre plus tard.
Mon père et un de ses ouvriers m’ont appris le métier, à travailler à la main.
A cause de problème d’argent et suite au bombardement qui toucha la ville de Saint – Etienne (le 26 mai 1944), sa menuiserie fut détruite, il dut donc la reconstruire.

Quelques temps plus tard mon père se fit avoir par un comptable qui lui faisait boire de l’alcool et à profité de la situation pour lui faire signer une feuille vierge. Le comptable voulait écrire une reconnaissance de dettes.
J’avais compris qu’il y avait un problème. Je fouillai donc son bureau et retrouvai le papier signé de la main de mon père. Quand je revis l’homme quelques jours plus tard, je lui fis comprendre qu’il vaudrait mieux pour lui de ne pas revenir. En découvrant la supercherie j’évitai à mon père de perdre des millions de francs.

Après la mort de mon père, je voulu reprendre son affaire mais ma mère voulait vendre donc l’entreprise a été vendue mais je voulais continuer à exercer ce métier.

J’ai également travaillé dans les mines pendant la seconde guerre mondiale pour ne pas avoir à partir en Allemagne. Pendant la guerre, la Gestapo passait dans la rue principale de la Ricamarie, avec des juifs et des résistants pour les emmener à la carrière pour les tuer. On en voulait aux Allemands car ils nous empêchaient de sortir.

C’est grâce aux contacts d’un cousin de Saint-Etienne que j’ai pu avoir un terrain, pour faire construireune menuiserie à l’âge de 23 ans.
Les premiers temps je travaillais seul car mon petit frère était parti au régiment,
ce n’est que quelques temps plus tard que je pris un apprenti, d’ailleurs il s’est coupéun doigt, en mettant sa main sous la scie.
Quand mon frère revint, je lui dis qu’il fallait qu’on se « bouge » pour trouver du travail c’est ainsi que je tombai sur le chef de chantier d’IBM, qui avait vu mon travail et étant intéressé il me proposa divers chantiers notamment dans le sud de la France.
J’ai eu environ 40 compagnons de travail. On avait des 4 L pour aller sur les chantiers.
J’ai aussi travaillé pour Manufrance et ce boulot là m’a permit de travailler partout en France.

Je me souviens d’une anecdote concernant un chantier prévu à Paris. Le départ était prévu un lundi, or, le samedi d’avant les compagnons m’avaient demandé une augmentation, je leur avais répondu que nous verrions après Paris. Les compagnons étaient remontés contre moi, je me dis que j’allais me retrouver seul pour allerà Paris. Un seul compagnon vint me voir et me dit « Monsieur Valon, vous avez eu raison », ce qui me rassura un peu. Finalement le lundi tous les compagnons étaient là pour partir sur le chantier de Manufrance à Paris.

Puis Manufrance coula. N’ayant rien vu venir je n’ai pas été payé et j’ai donc perdu plus de 50 briques (anciens francs).
Plus tard la ville de Saint – Etienne me proposa divers chantiers. Je pu donc travailler pour la Mairie.
Les meubles GRANGE à Saint Symphorien sur Coise ont eux aussi voulu s’associer avec moi et j’avais un atelier menuiserie et un atelier meuble.
Quand j’étais entrepreneur, chaque année on faisait un banquet à Saint-Galmier, et le président François Mitterand était à la table.

Je suis passionné par la peinture depuis toujours. A l’école j’ai toujours eu des bonnes notes en dessin. Je me souviens même d’une fois où, lors d’un cours, notre professeur nous avait demandé de dessiné une brouette, et finalement le mien avait été affiché car c’était le mieux réussi.
Par contre, en musique ce n’était pas la même histoire ! Avec le professeur on s’était pris en grippe, lors d’un cours de solfège il tapait sur le piano et criait «VALON» pour que je réponde sauf que généralement je ne savais pas. Malgré tout j’aime quand même écouter la musique.

En général, quand on aime la matière on aime aussi le professeur et si on n’aime pas la matière, on n’aime pas la professeur.

J’ai appris tout seulà dessiner. Plus tard j’ai pris des cours d’un anà Saint- Étienne pour me perfectionner. J’aurai voulu devenir architecte mais l’école était très chère. En tant que menuisier je faisais aussi du dessin en faisant mes plans.

Depuis que je suis à la retraite j’ai vraiment commencé à faire des tableaux, mais maintenant que je perds la vue ça devient plus difficile de peindre.
Je perds aussi un peu la mémoire. C’est difficile de retenir les événements présents tandis qu’auparavant quand j’étais sur un chantier je prenais mes mesures je les retenais et après je le marquais sur mon petit cahier.

J’ai pris ma retraite à 62 ans et un de mes employés qui était à l’atelier meubles pour GRANGE a racheté mon entreprise et la maison qui avait juste a coté de l’atelier. J’avais confiance en lui mais iln’a pas sugérer l’affaire. Il attendait que le travail arrive, donc il n’y avait pas assez de rentrée d’argent. Il manquait quelqu’un pour la gestion. Il a fait faillite au bout d’un an et demi. En plus on avait fait un arrangement il me donnait une somme par mois comme le système d’emprunt ou comme une location, du coup j’ai rien touché.
En deux ans tout s’est écroulé. Pourtant je lui avais dit que s’il avait besoin d’aide, il pouvait toujours me le demander. Mais il ne l’a pas fait.

Depuis mi novembre 2009, je suis à l’AIMV de Valbenoite. Avant j’étais à Sainte–Elizabeth, une maison de retraite de long séjour, car ma femme avait la maladie d’Alzheimer.
N’acceptant pas sa maladie, ma fille a demandé que je puisse avoir une place à la maison de retraite Sainte – Elizabeth pour être avec elle.
Ma femme est restée 2 ans et demi là bas et moi 1 an. Elle est décédée en juillet 2009. Quand je suis arrivé elle ne me reconnaissait plus, ce n’est que plus tard qu’elle m’appela « Mon chéri ».
C’était mon premier amour. Je l’ai rencontré à l’âge de 14 ans, et nous nous sommes mariés six ans plus tard.

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