Ernestine

Un témoignage de Ernestine P,
né(e) le 19 octobre 1926
Mémoire recueillie à
C’est toute souriante qu’Ernestine, résidente à la maison de retraite de St Joseph à Nantes depuis plus d’un an, nous reçoit dans sa chambre. Elle est devant la télévision mais se hâte de l’éteindre pour nous accueillir, nous propose des fauteuils, la discussion commence et ne tarde pas à aborder la Seconde Guerre Mondiale.
Ernestine est née en 1926, dans le centre ville de Nantes. Cette ville qui a toujours été la sienne et qu’elle préfère retrouver que quitter.
Parmi ces dates qui l’ont marquée celles du 16 et du 23 septembre 1943, dates au cours desquelles ont eu lieu les bombardements de Nantes qui ont entre autres détruit la rue du Calvaire. Elle et sa famille n’ont subit que les conséquences de ces bombardements, car la demeure familiale n’a pas été touchée.
Les souvenirs lui font dire que cette guerre n’a pas interrompu sa vie puisqu’elle était trop jeune pour s’en soucier. Ceci sûrement parce qu’aucun des membres de sa famille n’a été touché, ni victime, ni prisonnier. Son frère, lui, en raison d’une hanche abîmée a été rapatrié du front.
De plus, elle continuait à se rendre à l’école professionnelle Vial à pied. C’est au sein de cet établissement qu’elle apprit le commerce et la dactylo…
Une jeunesse courageuse
Du haut de ses 17 ans, la jeune Ernestine, s’en allait faire l’entremetteuse entre les différents mouvements de résistance, plus poussée à le faire par son insouciance que par une véritable âme de résistante.
Consciente après coup des risques encourus, elle ne s’exposait pas autant que ses camarades engagés dans la lutte résistante. Parmi ces derniers, certains étaient plus téméraires que d’autres, et se sont fait arrêtés et déportés. Heureusement quelques uns sont revenus des camps.
Parfois elle avait peur, elle se considérait même comme froussarde, mais elle avançait tête baissée et se disait « arrivera ce qui arrivera ». Comme elle dit, « quand on a 17-18 ans, on fait souvent les choses sans réfléchir », pourtant, ce qu’elle faisait là n’était en rien un acte anodin mais un geste courageux, avec un réel impact pour la résistance.
En ce qui concernait les périodes de pénurie alimentaire, elle n’en a qu’un vague souvenir. C’était la plupart du temps ses parents qui s’en occupaient. Mais étant une jeune fille sportive, elle a quelques fois accompagné son père à vélo, au ravitaillement. Ils se sont rendus à la campagne, se doter de beurre, de pommes de terre, et autres produits que la ferme fournissait.
A cette époque, les rencontres se faisaient rares. On allait au cinéma chacun de son côté. L’idée de survie et le climat de méfiance ne favorisaient pas les moments de détentes. En effet, ceux qui agissaient aux cotés de mouvements résistants se devaient d’être plus que prudents. Ernestine connait quelques familles qui ont caché des résistants lorsqu’ils avaient été découverts ou alors dénoncés… mais elle n’a pas connu de famille ayant caché des juifs. Cependant, lorsqu’il y a eu l’invasion allemande par le nord de la France, « des familles Nordistes », comme sa famille les appelait, ont fui. Une d’entre elles a trouvé refuge chez eux pendant quelques temps.
Une vie bien remplie et sans regrets
Après cette période de guerre, Ernestine a exercé le métier de mécanographe (elle travaillait sur les premiers ordinateurs). Elle s’est également mariée à un homme qui estimait qu’elle serait mieux à la maison. Ceci lui parut comme quelque chose de normal car sa mère avait consacré sa vie à ses enfants. D’ailleurs, comme elle nous confiait, « on ne s’ennuie jamais avec des enfants ». On comprend alors qu’être mère au foyer est un métier à plein temps.
Elle considère le regret comme quelque chose qu’il ne faut pas cultiver. Ceci parce qu’elle a eu une enfance heureuse, un mariage amoureux…
Elle conclut cet entretien sur une valeur qui se perd au fil des générations, celle de se contenter de ce que l’on a, sans être envieux, pour mieux apprécier l’instant.
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