Femme d’Affaires

Un témoignage de Vilma Champory,
né(e) le 22 décembre 1937
Mémoire recueillie à


Je m’appelle Vilma Champory, née Kondor. Je me plais à dire que mon nom de jeune fille ne signifie pas rapace mais oiseau rare.


Issue d’une grande famille de huit enfants, très tôt je me suis sentie investie d’une mission, c’est pour cela que je me suis toujours occupée des plus jeunes.


Je suis née sur la commune d’Echirolles et j’ai vécu à la cité Viscose jusqu’à une trentaine d’année.


J’ai passé une enfance très heureuse. Nous vivions dans un quartier cosmopolite, il y avait beaucoup de nationalités et tout le monde s’entendait bien, c’était assez convivial. J’étais toujours entourée de mes sœurs, on partait en camp au bord de la mer et plus tard lorsque j’ai obtenu mon permis on partait faire du camping sauvage dans le Var. Je ne peux pas dire que j’étais seule parce que j’étais toujours accompagnée d’une ou plusieurs de mes sœurs.


Mes parents étaient Hongrois, ils étaient très travailleurs. On a vécu gentiment. Papa était un fin conteur. Le jeudi matin et le dimanche alors que nous n’avions pas classe, afin de laisser maman tranquille pendant qu’elle faisait le repas nous allions tous dans le lit, et il nous racontait des histoires merveilleuses. C’est un bonheur d’avoir vécu ça. Des fois il me mettait sur le porte bagage de sa bicyclette et on allait aux champignons. Ma maman était une très bonne cuisinière, tous les dimanches elle faisait des gâteaux. Elle était renommée dans la cité, les habitantes du quartier achetaient les ingrédients pour qu’elle puisse leur faire des pâtisseries hongroises.


Je me souviens que le jeudi il y avait ce qu’on appelle le patronage, des religieuses du couvent venaient et on partait souvent pique-niquer en chartreuse à pied ou en trolleybus.


On a vraiment eu une enfance sereine, bien que nous étions des enfants d’ouvriers, on n’a jamais manqué de rien, on ne nous a jamais dit : « ça mon p’tit c’est trop cher, on ne peut pas l’acheter. »


Quand j’ai commencé à travailler j’avais vraiment une bonne situation. J’ai commencé comme comptable dans une maison de couture en gros. C’était intéressant. Je m’amusais à dire que j’étais chef comptable car j’étais toute seule. Ensuite j’ai travaillé chez la femme d’un champion coureur automobile et de ski, Henry Oreiller, je tenais les comptes. Puis j’ai rencontré mon mari, Jean-Claude, chez des amis. Quelque temps après, on a eu la riche idée d’acheter un petit commerce. Nous l’avons bien développé et c’est devenu un restaurant connu sur Seyssins. On travaillait de façon saisonnière, un peu en hiver et beaucoup en été, ça ne balançait pas bien le budget. On l’a gardé huit ans. On avait aussi acheté une supérette pour la fille de mon mari et son copain qui étaient au chômage mais ça n’était pas des jeunes très travailleurs, ils nous ont coûté très cher. Finalement, ils nous ont mis en faillite. C’était une période assez noire de ma vie…


Après nous avons fini notre carrière dans une maison bourgeoise, j’étais cuisinière et mon mari s’occupait des espaces verts. C’est vrai qu’on a beaucoup travaillé mais on s’est refait une santé financière et physique. Nous avons rencontré du beau monde, le préfet d’Isère, le conservateur du musée, des marquis et même monsieur Mitterrand… Je me suis vraiment amusée à faire de la cuisine pour eux. C’était une bonne période, on a pu repartir en vacances, on a revécu un petit peu.


Mon mari commençait déjà à tomber malade à cette époque et donc à 60 ans nous avons pris notre retraite. Nous avons fait construire une maison à côté de chez la fille de Jean-Claude. Il a mal pris le tournant et il est devenu dépressif. En 2004 il est tombé gravement malade, il a fait de la démence mixte. J’ai du vendre la maison car ce n’était plus gérable. Nous avons décidé de nous rapprocher de Grenoble et de ma famille. Nous ne voulions plus acheter donc nous avons loué une petite villa avec beaucoup de caractère. Nous sommes donc arrivés sur Fontaine en 2005. Maintenant je me félicite d’être venue sur Fontaine parce que dans l’évolution de la maladie de Jean-Claude, j’ai bien été entourée, vraiment. Tout de suite nous avons participé aux activités afin de maintenir le peu de résonnement et d’activité que Jean-Claude avait encore. Malheureusement en 2007 il a été hospitalisé, je voulais voir s’il pouvait y avoir un traitement, dans ma petite tête j’avais encore un espoir. Il y est resté deux ans et il est décédé en 2009. A ce moment là je vivais déjà au foyer logement de la Cerisaie.


Après cela je me suis lancée à fond dans la vie collective de la Cerisaie et de la Roseraie. Je suis la trésorière de l’association L’Amicale où je connais tout le monde. Cela va faire quatre ans que j’habite ici et maintenant je fais partie des meubles. Depuis ma petite enfance j’ai toujours eu l’habitude de m’occuper des autres. J’ai besoin de me sentir utile et de servir à quelque chose.



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