Fourreuse

Un témoignage de jeannine Sittler,
né(e) le 9 juillet 1929
Mémoire recueillie à

Je suis entrée à quatorze ans comme apprentie chez une artisane fourreuse. Elle m’a appris mon métier sur le bout des doigts. Elle était gentille et correcte et j’étais contente de lui obéir.


● Combien de temps a duré la formation ?


Elle a duré quatre années, il y avait beaucoup de chose à retenir et à se mettre dans la tête. Je me souviens encore de tout car j’étais toujours dans le métier à mon arrivée en Alsace.


● Qu’est ce que c’était comme métier ?


C’était des coutures à la machine ou à la main, cela dépendait. Il y avait des aiguilles spéciales pour coudre le cuir : des carrelets. J’assemblais des peaux les unes à côté des autres avec ces aiguilles. C’était des peaux de visons, de la zibeline qui est un animal plus grand que le vison et qui a des poils plus long. On utilisait également du renard et du lapin pour les domestiques. Il y avait une séparation très nette entre les domestiques et ceux qui avaient de l’argent. Selon qu’ils avaient de l’argent ou pas, on utilisait la même fourrure. On faisait, avec les peaux, des manteaux en fourrure et des fourrages, c'est-à-dire l’intérieur des manteaux. J’assemblais les peaux de façon suffisamment espacée et large pour ne pas déchirer la peau. C’était délicat.


● Est-ce que c’était du travail à la chaîne ?


Non, c’était du travail d’artisane, on faisait tout du début à la fin. Il y avait des clients qui venaient exprès pour se faire faire un beau manteau, et cela coûtait cher.


● Etiez-vous bien payer ?


J’étais payée au tarif d’apprenti. Ensuite je suis devenue ouvrière. Je n’ai jamais essayé d’ouvrir ma propre entreprise parce qu’il fallait des capitaux et pour cela il fallait avoir beaucoup d’argent.


● Combien de temps avez-vous travaillé en temps que fourreuse ?


Pendant vingt ans. Et quand je suis arrivée en Alsace, j’ai continué mon métier avec un autre fourreur durant sept ans.


● Qu’est ce qui vous passionnait dans votre métier ?


Avant ma formation de fourreuse, j’étais bijoutière pendant deux ans. Je n’ai pas aimé le métier et mon patron ne m’aimait pas non plus. Pour moi, ce métier était embêtant, il fallait toujours souder et assembler des morceaux. Ce qui me plaisait, dans le métier de fourreuse, c’était de toucher la fourrure, de coudre et d’assembler les peaux à la main et à la machine. C’était intéressant. C’est sûr, on se piquait quelques fois, mais ce n’était pas usant pour les mains. Il ne fallait pas être douillet et ne pas oublier de mettre des pansements lorsqu’on avait mal. Malgré cela, j’aimais ce métier.


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