Le Grand oiseau de nuit

Un témoignage de Marie-Thérèse R.,
né(e) le 3 décembre 1927
Mémoire recueillie à

Je devais avoir 17 ans, à peu près vos âges ? Donc j’avais accepté d’aller m’occuper de petits marseillais qui étaient réunis dans une maison d’accueil à Arlebosc, où je travaillai, où j’étudiai ; et j’y suis allée deux années de suite, en été, pour garder ces enfants. C’était près d’ici, dans une maison qui acceptait de nourrir, de loger des enfants qui étaient plutôt malheureux dans leur famille, ou lorsque celles-ci ne possédait que peu de moyens financiers. Alors je me trouve avec cette bande de gosses qui avaient entre 10 et 16 ans, disons. Il y avait un grand dortoir, et dans ce dortoir, ils avaient mis des rideaux pour que je puisse y coucher. Tout se passe très bien puis, une nuit, alors que tout est calme, il me semble entendre quelque chose bouger, qu’est-ce que c’est ? Tout doucement, je me lève et je regarde : Les enfants dormaient paisiblement, il y’en avait une vingtaine quand même. Et tout d’un coup, je vois un oiseau, un large oiseau de nuit, tout noir, énorme ! C’était un oiseau comme je n’en avais jamais vu. Il tournait autour de la pièce, parce qu’on avait ouvert la fenêtre à cause de la chaleur de l’été. Je me suis dis « Mon Dieu! S’ils se réveillent, ils ne vont être affolés ! », c’était une espèce d’oiseau de nuit qui n’avait rien de terrible mais quand cela arrive dans un dortoir avec vingt gosses… Alors, moi, je me suis mis un foulard autour de la tête pour qu’il ne m’attrape pas les cheveux. (Rire) Savez qu’il faut un certain courage pour ça! Alors j’ai tapoté pour l’effrayer sans réveiller tout le monde, il est partit et j’ai fermé ma fenêtre. Tranquillisée, ce n’était pas grave, mais j’ai eu peur… C’est quelque chose que je n’ai jamais oublié. C’est un souvenir qui est tout à fait véritable, vous ne pouvez pas me dire que j’invente. J’ai été extrêmement touchée par les enfants de Marseille qui, durant l’automne, m’ont écrit une carte pour me remercier.

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