La guerre, se souvenir

Un témoignage de Simone M,
né(e) le 18 février 1931
Mémoire recueillie à

La guerre

Témoignage recueilli le : 19/02/2015

« Nous pendant la guerre, on était en Algérie. On a moins souffert que les gens en France car on n’avait pas l’occupation. Il y avait moins de restrictions. Mais il y avait tout de même beaucoup de choses qui venaient de France : le beurre, le lait, tout ça. Bon on avait quelques troupeaux mais il n’y avait pas assez de pâturages. Très souvent par exemple les moutons on les mettait sur des bateaux et on les mettait en France. Mais là c’était fini, alors les moutons devaient trouver à manger ce qu’il pouvait.

On n’avait pas de beurre, ou alors il fallait se le fabriquer. Le café c’était avec les pois chiches ou de l’orge.

Pendant la guerre, on avait des coupures de courant très souvent. On a fait nos devoirs avec des petites lampes à huile que mes parents avaient trouvées en Tunisie. Maman mettait de l’huile mais ça sentait mauvais ! On a aussi eu des coupures d’eau.

Les américains ont débarqué à Alger. On ne savait pas du tout qui ils étaient. Alors ils ont reçu des coups de fusil. On était un peu fermé dans cette Algérie, on pensait que c’était des gens qui venaient peut-être pour nous tuer. Enfin c’est surtout sur Alger.

Papa a toujours voulu que maman soit servie. Il y avait toujours quelqu’un à la maison qui l’aidait. Et il y en avait un, entre autre, qui s’appelait Ali. C’était un homme extraordinaire. Maman lui avait tout appris. Elle lui avait appris à faire la cuisine et au final il la faisait mieux qu’elle. Il avait fait son service militaire en France, en Bretagne. Alors il écrivait à maman (elle lui avait un peu appris à écrire) que tout le monde le prenait pour un vrai Breton car il était roux aux yeux bleus. Il disait qu’une femme voulait l’épouser en France, mais lui il avait une femme en Algérie !

Juste avant que la guerre se déclare en 1939, mon père avait été nommé en France, on devait aller à Valence. Alli il pleurait car on allait s’en aller. Mon père lui avait dit qu’il ne le laisserait pas tomber, qu’il allait lui trouver du travail. A ce moment-là dans la police, pourvu que vous sachiez écrire votre nom et que vous n’ayez jamais eu de problèmes avec eux, vous pouviez rentrer. Papa l’a fait rentrer comme agent de police.

En 1945 il y a eu un soulèvement, c’est les gens de la montagne qui sont descendus. Nous étions seules à Batna, parce que mon père était parti à Alger. Un matin on a ouvert les fenêtres et on a vu la grande esplanade en face de chez nous, noire de monde. C’était les gens de la montagne qui descendaient avec des couteaux…

Quand il y a eu tous ces gens armés qui sont venus, Ali est venu chez nous et il a dit : « Surtout, laissez les petites à l’intérieur, ne les faites pas sortir, et moi ce soir je viens dormir à la maison ». Et il est venu chez nous, il s’est couché contre la porte. Maman lui disait : « mettez-vous dans le canapé », mais il disait : « non je ne veux pas qu’ils rentrent ».

On n’a plus entendu parler de ces gens jusqu’en 1954 quand la guerre a commencé. Mais moi j’étais déjà partie en France.

On a été un peu balloté avec toutes ces guerres. Vous vous avez de la chance, vous avez toutes sortes de choses, mais nous c’était très limité à moins d’habiter une grande ville. Nous ce n’était pas le cas.

Après la guerre, les américains ont apporté beaucoup de choses. Le réfrigérateur par exemple, ça n’existait pas avant. On avait ces espèces de glacières avant. On portait la glace à domicile par des livreurs de glace, des grandes bars de glace, et on conservait là-dedans, dans les glacières. Tous les jours ils venaient porter la glace. Mais après je ne sais pas comment les livreurs faisaient pour la conserver, je n’ai jamais eu la curiosité de demander. Après on a eu des glacières avec du gaz, qui faisaient du froid.

Les américains ont aussi apporté la machine à laver, les essoreuses…

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