Henri et le Paraguay

Un témoignage de Henri Pech,
né(e) le 27 octobre 1935
Mémoire recueillie à

Il y a déjà presque quarante ans, j’avais fait un voyage au Paraguay, en Amérique du Sud. Mon oncle, Jean Balansa, avait sa famille installée là bas depuis la fin du XIXème siècle. L’arrière grand-père de mon oncle, Benjamin Balansa, était un savant botaniste toulousain. Il avait parcouru le monde et il avait installé son fils là-bas, en Amérique du Sud. Ce Jean Balansa, il avait décidé en 1970 d’aller voir ses parents. Comme j’avais jamais pris de vacances, je lui ai dit : « Tu sais, je ne connais pas le Paraguay, je suis jamais trop sorti de Toulouse, est ce que je pourrais faire ce voyage ? » Il m’a dit : « Pourquoi pas ? »
Alors on s’est organisé ; c’était le 10 décembre 1970, nous voilà partis pour l’Amérique du Sud. On prend d’abord le train jusqu’à Irun, à la frontière espagnole, puis le Talgo, un train spécial qui nous menait directement à Madrid où nous avions la correspondance avec un avion de la compagnie brésilienne La Varig. Mais on nous dit « Il y a des retards, cet avion a du retard ». Alors nous avons poireauté…Et puis nous avons quand même pu embarquer vers 3h du matin. C’était un grand avion de ligne…Un avion immense, impressionnant. Après environ 11 heures de vol, nous voici à Rio de Janeiro, au Brésil. Rio c’est les danses, le carnaval ! Il y avait 4 heures en moins à cause du décalage horaire : nous étions le 11 décembre, à 6h de l’après midi. On était toujours avec nos habits d’hiver nous ! Alors on sort de l’avion…Ouah…On a eu une bouffée de chaleur ! On s’est vite enlevé les gros manteaux ! Vu le retard depuis Madrid, on nous a emmené dans un grand hôtel de Rio. Magnifique ! Pendant ce temps il a fait orage, je croyais que toutes les vitres allaient exploser.
On est finalement arrivés à Asuncion, capitale du Paraguay, où nous attendait le beau-frère de mon oncle. Mais nous, nous allions chez les parents, à Villarrica, chez le docteur Sarrubi. Donc le lendemain, nous partons enfin pour notre destination. Il n’y avait qu’un petit bus, tout petit, très ancien, très rustique. Nous avons fait 300km à 50km/h ! Il était au milieu de la route et il fonçait ! Je me disais « Ohlalala, on va avoir un accident ! » (rires). Mais « on s’est rentré personne », parce qu’y avait pas de circulation ! Il y avait pas de voiture, y avait rien !


Arrivés à Villarrica, après les présentations avec la famille, le soir quand on a voulu coucher, on nous a dit : « ouuhh, il faut mettre les moustiquaires ». Alors ça me faisait drôle, mais heureusement qu'il fallait la mettre, car une fois la lumière éteinte, les moustiques arrivaient. Mais c'est qu'ils étaient venimeux ! Il fallait voir comme ça piquait ! Inutile de vous dire la chaleur qu'il faisait depuis Rio. C'était le plein été d'un climat équatorial. Pour vous dire... un jour de grand soleil, vers 10h du matin, la sueur perlait au-dessus de mes lèvres, sans rien faire, sans rien dire. A 2h de l'après-midi, plus personne n'était dehors : ils faisaient tous la sieste ou prenaient des douches tièdes (avec la chaleur, l'eau froide n'existait pas). Les rues de Villarrica n'étaient pas encore goudronnées. C'étaient plus ou moins de larges chemins de terre.... Alors il pouvait faire soleil et un quart d'heure après, vous aviez un orage équatorial. C'était fabuleux la puissance de l'orage ! Mais comme ces rues n'avaient pas de caniveaux ni de tout-à-l'égout, il n’y avait aucune évacuation de l'eau. Alors 15 centimètres d'eau inondaient les rues. Le problème, c'est qu'il fallait attendre qu'elle s'évapore, qu'elle s'évacue. Alors il fallait voir les rues comme elles étaient ravinées... Les véhicules ne pouvaient y passer, et les piétons devaient faire attention de ne pas trébucher.
Un autre jour... (rires) C'est une histoire un peu cocasse pour moi... Le climat équatorial, quand je vous dis que ça chauffait, ça chauffait ! Alors, je me mets en short et sur indication de la famille, je vais visiter un marché à proximité. Je vois un groupe de femmes assez âgées. Elles avaient étalé à même le sol, sur une couverture, quelques légumes du pays : des patates douces, du manioc, des produits qu’on n’a pas coutume de manger en France. Elles étaient en robes longues, avec des espèces de chapeaux... assez mal fagotées. Elles fumaient toutes d'énormes cigares (il les imite) et elles parlaient le guarani. Et quand elles m'ont vu en short, elles se sont esclaffées ! Elles rigolaient, elles se tapaient le ventre (les imite en train de rire très fort), elles me montraient du doigt ! Et moi, ben, j'étais là comme un couillon... Je me suis dit « Oh, ça va bien passer... ». Eh non... ça a duré 10 minutes et après je suis parti... Alors quand j'ai raconté ça à la famille Balansa, ils ont bien rigolé (rires) ! En toute saison, les femmes portent des robes longues et les hommes des pantalons. Mais alors jamais de short ! Il faut dire que les paraguayens d'origine étaient des métis de blancs (le pays a été colonisé par l'Espagne) et d'indiens. Les indiens purs, eux, ils se cachaient dans les forêts, ils ne voulaient pas assister à cette civilisation.
La famille Balansa possédait aussi une scierie que j'ai visitée. Là, j'ai vu d'immenses arbres, avec des circonférences qui n'existent pas en France. J'étais impressionné... Et puis un jour, le docteur Sarrubi m'a fait visiter « l'Estancia », une immense propriété de 30 km2. Nous étions tous les deux à cheval, comme des cow-boys, j'ai pu voir des gauchos manier le lasso. Je me demandais si c'était la réalité ou si ça n'était pas une scène d'un film de cow-boy comme j'allais voir au Gaumont à Toulouse ! Nous sommes aussi allés à 300 kilomètres, aux Cataractes d'Iguazú, frontalières avec le Brésil, l'Argentine et le Paraguay. Ce sont les cascades les plus importantes au monde.
Mais très vite, il a fallu que j'organise mon retour seul, car mon oncle restait à Villarrica pour affaires. J'ai trouvé une solution grâce à une petite agence de Villarrica. J'ai quitté toute la famille, j'ai fait mes adieux, tout ça... Et j'ai repris le même coucou de car pour Asunción, puis l'avion jusqu'à Buenos Aires. Il fallait que j'y passe deux nuits. Je suis allé de droite à gauche, j'ai trouvé un hôtel, je me suis organisé pour visiter un peu la ville, tout ça... Et le lundi 27 décembre, à la première heure, j'ai embarqué, avec une grosse surprise : plein de jeunes filles brésiliennes et argentines qui allaient passer les vacances de Noël en Europe. Quelle ambiance ! La journée, c'était les bains de soleil sur le pont, le soir et la nuit la fête (il y avait 3 pistes de danse sur le paquebot, « l'Enrico C ») tout ça pendant 15 jours ! On a fait une escale à Montevideo en Uruguay, puis à Santos, un petit port, et de là on a été à Sao Paulo. La dernière escale au Brésil, c'était à Rio de Janeiro, où on a vu le Pain de Sucre, le Christ Rédempteur et les 44 plages entourant la baie de Rio. C'était magnifique. Après ça, on a passé 8 jours en plein océan pour enfin arriver à l'île de Madère, le 8 janvier 1978. On a pu visiter pendant une journée : on se serait cru au paradis ! Du soleil, pas une grosse chaleur, si vous aviez tous les arbres en fleurs... Puis on a fait escale à Lisbonne pour visiter, et enfin, je suis descendu du bateau à Algeciras. Pour regagner Toulouse, il fallait d'abord que j'aille à Málaga, en car. De Málaga, j'ai pris un autre bus pour Barcelone, et à Barcelone, on est quasiment arrivé... Le conducteur a dit « nous arrivons à six heures du soir ». Et à six heures, la nuit tombée, j'étais à Toulouse. Souvenirs, souvenirs...
J'étais parti le 10 décembre 1970, et je suis rentré le 14 janvier 1971. Je n'ai jamais regretté, j'ai gardé des souvenirs... Ça a été le voyage le plus important de ma vie.

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