Histoire d’une vie engagée. Partie 2: Pendant la guerre

Un témoignage de Michèle S,
Mémoire recueillie à

Partie 2: Pendant la guerre

Quand la guerre a commencé nous étions plusieurs enfants dans la famille, enfin on était deux à ce moment-là et on n’était pas bien, maman était malade, papa n’était pas très bien non plus si bien que le médecin nous avait dit d’aller à l’extérieur, de sortir de Paris, sortir de la banlieue.

 

Puis on s’est trouvé tout près d’Orléans et ça, ça a été un souvenir un peu paradisiaque et extraordinaire parce que c’était une ferme désaffectée qui avait été transformée en habitation  et on avait un immense pré tout autour.

Le soir on avait les merles qui chantaient dans les arbres c’était formidable et il y avait un petit ruisseau qui courait à travers la prairie alors ça c’était l’idéal !

 

Là est arrivé l’exode, il a fallu fuir.

L’entreprise où travaillait papa avait décidé d’émigrer en Bretagne alors on est parti sur la route, comme des milliers de gens.

Moi, petit bout de chou de 3 ans et demi, quand je marchais, je trottinais, j’avais le nez à la hauteur des jambes des femmes et des messieurs qui m’entouraient.

Je ne voyais pas grand-chose et si je voulais voir autre chose il fallait que je lève la tête très haut pour voir un petit carré de ciel au-dessus.

C’est comme ça que j’ai vu quelque chose d’absolument extraordinaire qui m’a valu de me faire traiter de menteuse pendant des années jusqu’à ce que  plus tard je comprenne enfin ce qui s’était passé.

J’ai vu un homme descendre un avion d’un coup de poing.

Ah ça, ça ne se trouve pas tous les jours et quand j’ai dit que j’avais vu un homme qui avait fait tomber un avion, c’est bien ça, il fallait se mettre à la place d’un petit bout de chou : pour voir il fallait que je relève le nez et il y avait un homme, là devant moi, qui gesticulait contre les Allemands, qui criait sa haine des Allemands qui nous avaient mis sur les routes comme ça.

Alors il y a le nez, il y a le poing et il y a l’avion là-haut et il a tendu le poing vers l’avion juste au moment où l’avion a basculé.

Et moi j’ai vu l’homme faire tomber l’avion d’un coup de poing !

 

Ça c’est un de mes premiers souvenirs de guerre et un autre souvenir de guerre qui m’est resté c’est très curieux on s’était tous réfugié un soir dans une grange à côté d’un ensemble de bâtiments d’habitation, il y avait un trottoir en pente et il y avait un gamin qui avait une trottinette. Je trouvais ça extraordinaire et il m’a prêté sa trottinette alors j’ai pu descendre avec !

 

Oh c’était extraordinaire, tous ces petits souvenirs comme ça d’enfance.

 

Une autre fois, je devais avoir déjà 2 ans de plus, j’ai failli faire prendre une crise cardiaque à ma pauvre mère parce que nous habitions sur une route nationale importante qui était empruntée tous les jours par les bataillons de soldats.

On m’avait appris qu’il fallait donner quelque chose aux mendiants qui chantaient dans la rue, essayer de les aider un peu.

Alors un jour je suis rentrée à la maison et j’ai dit « maman, maman il y a plein de pauvres qui chantent là, tu ne veux pas qu’on leur donne quelque chose? ».

Et elle me dit « mais qu’est-ce que tu me dis? ».

Je lui ai dit « écoute tu les entends pas, ils arrivent là-bas ils sont nombreux! »

C’était un bataillon d’allemands qui était en train de marcher au pas, au son de leurs chants allemands.

Et maman m’a dit « rentre à la maison et restes-y! Ne sors pas! »

Les petites mésaventures comme ça…

 

Bon il y a plein de petites choses comme ça pendant les années de guerre. Ce n’était pas facile.

On voyait sa maman aller faire la queue pendant des heures pour pouvoir avoir quelque chose. On avait des cartes d’alimentation, on avait droit à tant de grammes de pain, tant de grammes de légumes dans le mois donc c’était vraiment très limité.

Il n’était pas rare d’arriver dans la boutique où il n’y avait plus rien et qu’on en n’ait pas eu du tout ! Les gens de la ville essayaient les week-ends d’aller à bicyclette dans les villages environnants pour voir si on pouvait avoir un peu de légumes, un peu de farine…

C’était difficile parce que les agriculteurs eux-mêmes étaient contrôlés par les Allemands qui exigeaient qu’une bonne partie des récoltes leur soit livrée.

 

Ce n’était pas facile, la vie n’était pas commode dans ces années.

Il fallait se battre pour vivre !

La vie est un combat mais elle vaut la peine que l’on se batte parce que c’est quelque chose de très beau surtout quand on peut la partager avec d’autres.

 

Pendant la dernière année de guerre, dans notre région on était réfugié chez un oncle qui avait une toute petite maison dans le village.

De là on apercevait la route qui allait vers Paris et on a vu une fois les tirs contre une voiture qui roulait.

La voiture a été évidemment démolie et le couple qui était dedans, tué sur place.

Ce couple, c’était un couple de jeunes, qui venaient de se marier…

Des choses comme ça … C’était la guerre …

 

« C’était pendant toute votre enfance ? »

Pas toute mon enfance, pendant quelques années de mon enfance ça a duré cinq ans c’était déjà pas mal !

 

A suivre…La libération

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