Histoire d’une vie engagée: partie 4: L’après guerre et le départ au Cameroun

Un témoignage de Michèle S,
né(e) le 11 mars 1936
Mémoire recueillie à

L’après guerre et le départ au Cameroun

 

Mais ce qui est formidable c’est que peu d’années après même si il y avait encore du ressentiment, même si c’était un peu difficile quelquefois, Français et Anglais, Français et Allemands se sont unis pour travailler ensemble pour la paix

Et ça, c’est quelque chose qui a été tellement important pour notre monde, pour toute l’Europe mais même pour le reste du monde parce que ça a permis d’apporter la paix progressivement.

 

On ne mesure pas la richesse qui est la nôtre.

Je ne pense pas que les gens puissent vraiment comprendre toute la richesse que nous avons.

Depuis 1945 nous n’avons pas eu de guerre chez nous, on a connu quelques attentats, on a connu des moments pas faciles…

Mais c’est la paix dans nos maisons et ça c’est une richesse que rien ne peut combler, c’est tellement important !…

Et ça vient du fait que trois hommes politiques, un allemand, un français et un italien, avaient décidé que ça ne pouvait pas continuer dans la haine et qu’il fallait l’écarter et admettre le pardon réciproque pour collaborer ensemble.

Et ça c’est quelque chose.

 

Combien de gens aujourd’hui revendiquent pour eux : pour eux il en faut plus, toujours plus.

J’avoue que pendant les années que j’ai passées au Cameroun, j’étais loin de ce qui se passait ici parce qu’à l’époque on n’avait pas de moyens de communication possible, pas de télévision.

Mais on avait quand même écho des grèves.

Dans un pays où nous n’avions rien, où les gens n’avaient rien pour vivre ou pas grand-chose, d’autres faisaient la grève parce qu’il fallait réclamer plus, la grève pour quoi ? Pour avoir un deuxième frigidaire ?

C’est quoi ça ?

Combien de revendications sont des revendications de superflu ?

 

On a perdu le sens de l’essentiel parce qu’on a tout sous la main, on veut manger davantage : on rentre dans une boutique on achète n’importe quoi, il y a toujours quelque chose.

On veut voyager : il y a 36 moyens de voyager et quelques fois pour pas cher, on a tout et peu à peu on se retrouve entouré de gens qui veulent tout, tout de suite.

 

Mais la vie n’est pas comme ça, la vie, elle se gagne, elle se fait, il faut se battre…

Quand je dis « se battre » ce n’est pas attaquer le voisin puis le détruire, non, c’est chercher en soi la force de faire l’effort, chercher en soi ce qui est l’essence même de sa propre vie.

Chacun a ses valeurs propres, chacun a ses convictions, chacun a ce en quoi il fait confiance.

 

C’est ce qu’il cherche au bout, et c’est important de ne pas s’accrocher à des choses immédiates.

Ce qu’on a immédiatement sous la main n’est pas forcément meilleur.

 

Oui bien sûr j’ai moi aussi fait la queue pour soulager maman dans les boutiques, sur les marchés.

Il fallait faire avec ça.

 

Le départ au Cameroun

J’ai eu une scolarité d’enfant très perturbée parce que j’ai commencé un peu en retard, donc je suis rentrée en retard au lycée, j’avais toujours un an de plus que tous ceux qui m’entouraient et encore ils m’avaient fait sauter une classe.

Alors j’étais toujours un peu mise à l’écart parce que ce n’était pas intéressant d’avoir cette fille qui était plus âgée et qui pensait à autre chose.

C’est vrai que mes préoccupations n’étaient pas celles de mes compagnes : j’étais dans une famille pas très aisée, en difficulté. Il fallait quand même tenir la route et puis essayer de travailler.

Ce n’était pas toujours très évident, le résultat n’était pas toujours brillant mais on est arrivé au bout quand même.

 

Après j’ai pu faire ce qui m’a été donné de pouvoir réaliser : un rêve d’adolescente.

J’avais vu tout un montage, assisté à une conférence donnée par des religieuses qui à ma connaissance étaient les sœurs blanches de Lyon.

Une congrégation qui était ici mais qui était missionnaire en Afrique de l’Ouest, je ne sais pas exactement dans quel pays.

Un an après la fin de la guerre elles faisaient un circuit de conférences avec des projections pour demander qu’on les aide à redémarrer quelque chose avec ces pays qui pour la plupart avaient envoyé beaucoup de jeunes hommes à la guerre pour servir la France.

Ils ont compris après que ce n’était pas que la France, que c’était pour tous, pour la liberté et pour la dignité de l’Homme mais n’empêche que beaucoup de vies avaient été supprimées, beaucoup de choses détruites.

Enfin, il fallait remettre les choses comme elles étaient et elles étaient vraiment sans un sou.

Moi j’avais vu ça, j’avais vu les films et j’avais vu comment elles travaillaient, comment elles étaient obligées de prendre la pirogue pour se rendre au petit dispensaire qu’elles avaient monté de l’autre côté du fleuve.

Alors je me suis dit que quand je serai grande j’irai en Afrique soigner les malades et finalement c’est ce qui m’est arrivée.

 

J’ai eu l’opportunité de partir au Cameroun, là j’ai commencé par faire mes études d’infirmière parce qu’il y avait une école qui délivrait le diplôme d’état français.

J’ai beaucoup de reconnaissance d’avoir pu faire ça, parce que je me trouvais là-bas pas comme celle qui vient et qui sait tout, j’apprenais, j’apprenais avec eux sur un pied d’égalité et j’apprenais d’eux.

Ce sont les vieux infirmiers de l’hôpital qui m’ont appris plein de choses pour arriver à travailler correctement.

On s’entendait bien ; du coup je me suis fait beaucoup d’amis : j’étais une des leurs et non pas quelqu’un qui vient, sûr de son savoir.

Ça, ça m’a beaucoup aidé dans les années que j’ai passé après.

 

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