« Ici même les mémés aiment la castagne, ô mon pais, ô Toulouse »

Un témoignage de Simone Allibert,
né(e) le 16 mai 1925
Mémoire recueillie à

Je m'appelle Simone Allibert, j'ai 85 ans et je suis en résidence depuis un an. Lorsqu'on m'interroge sur ma « belle époque », j'ai bien du mal à en choisir une. Je suis née dans le Tarn et j'y ai eu une enfance heureuse. Cela me fait penser aux périodes d'automne où nous partions, ma grand-mère et moi, cueillir des champignons. Vous savez, les champignons repoussent toujours au même endroit, on appelle ça des « nids ». D'ailleurs ma grand-mère les connaissait tous et se plaisait à les garder secret. Elle m'envoyait sur de fausses pistes pour avoir le privilège de remplir ses paniers. Je ne sais pas si vos grand-mères le faisaient mais vous savez chez nous c'était très courant. Le soir, lorsqu'on rentrait, toute la vie de famille s'organisait autour de la cheminée. C'était un moment très chaleureux et convivial. Puis les cheminées ont été remplacées par les cuisinières, vous savez ces fourneaux étaient la fierté des familles! Il y en avait de très belles émaillées roses ou bleues et croyez moi, fallait que ça brille! Cela dit j'ai toujours préféré le charme d'une bonne vieille cheminée. Bien que ponctuée par la guerre, j'ai eu une belle adolescence. A dix sept ans j'ai fui dans le maquis avec mon fiancé car il était appelé aux Service du Travail Obligatoire; nous nous sommes mariés le 14 août 1943, j'avais dix huit ans. J'ai ensuite été employée aux PTT, j'y étais standardiste. A l'époque, c'était bien différent d'aujourd'hui, c'était à moi de mettre en relation les deux personnes. Vous savez, si on voulait on pouvait tout savoir. Puis, mon premier enfant est arrivé, j'avais vingt ans et j'ai démissionné pour pouvoir m'en occuper. En ce temps là, c'était courant, cela ne m'a pas dérangé et mon mari a apprécié. A Toulouse, il y avait des bals tout l'été, c'était souvent les mêmes orchestres mais c'était plaisant. Mon mari n'était malheureusement pas un grand danseur, cela ne nous empêchait pas de passer de bonnes soirées. Il y a eu le rock, c'était une révolution pour nous. J'ai toujours aimé la musique, en particulier des chanteurs comme Claude Nougaro ou encore Charles Trenet, dit « le fou chantant » par les anciens. En 1945, ce fut aussi les premières élections où les femmes purent s'exprimer, ce nouveau pouvoir en désarma certaines qui se rangèrent derrière l'opinion de leur mari. En ce qui me concerne, ce n'était pas un dilemme, j'avais déjà mes propres idées. Mes vingt ans marquèrent aussi mon premier voyage, je suis partie en Tunisie avec ma sœur pendant une semaine. Ce n'était pas la grande aventure car nous étions très encadrées, c'était un voyage organisé. Cependant cela restait très dépaysant. En parlant de voyage, j'ai beaucoup apprécié la Suisse, l'Autriche et l'Italie qui ont de très beaux lacs. J'ai fait plusieurs escales en Italie qui m'ont permis de découvrir les magnifiques ruelles de Venise, la splendide cathédrale de Milan et les statues grandeur nature du cimetière de Gènes. Habitant Toulouse, l'Espagne était pour nous si proche que nous y allions très fréquemment. Nous en profitions pour aller en Andorre afin d'acheter des cigarettes, du beurre et de l'essence qui étaient à des prix très avantageux. A cette époque, la route était bien plus compliquée, nous devions passer par la montagne. Avec mes enfants et mon mari, nous partions chaque été en caravane pour visiter les littoraux français. C'était de très bons moments. J'ai passé mon permis en 1960, j'avais trente cinq ans et nous étions peu de femmes à le faire. Je l'ai obtenu en conduisant une deux chevaux. Vous saviez à l'époque, il fallait attendre deux ans pour avoir cette voiture. J'ai vécu pratiquement toute ma vie à Toulouse avec mon mari et mes trois filles mais en vieillissant j'ai décidé de venir ici, à St Etienne, pour me rapprocher de l'une d'entre elles. Je me sens plutôt bien dans cette résidence où le cadre et le personnel sont sympathiques.

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