Il faut rendre à César , ce qui appartient à César ! (Saumur)

Un témoignage de Armand Jumeau,
né(e) le 7 janvier 1922
Mémoire recueillie à

Quelle éducation avez-vous reçue par vos parents, ainsi qu’à l’école ?
Je ne sais ni lire, ni écrire. Parce que je n’ai jamais été à l’école. On était 6 enfants chez mes parents ils travaillaient à la campagne et à l’époque ce n’était pas payer bien chère. Je gardais mes frères et sœurs, malgré ça je suis quand même arrivé à me débrouiller pour me faire une retraite, quelque chose près valable. J’ai commencé à travailler continuellement à l’âge de 13 ans. Mes parents étaient instruits, seulement mes frères et sœurs savaient lire et écrire sauf moi. Ça m’a beaucoup handicapé mais malgré ça je me suis débrouillé quand même. Car on dit que : « l’instruction est une chose mais que l’intelligence en est une autre ». Moi je ne suis pas du tout instruit seulement ce que j’enregistre c’est là et je m’en souviens. (Index en direction du crâne). J’ai appris à travailler, j’ai beaucoup regardé faire, j’ai appris comme ça.
Ma relation avec mes parents était très bonne. Mon père n’était pas méchant quand on méritait quelque chose et bien ma fois !! il fallait qu’on la mérite vraiment pour qu’il nous mette une volée (faisant le signe de la main) mais ce n’était pas souvent. Ma mère était plus dure, plus méchante c’est vrai qu’on ne faisait pas toujours des choses qu’il fallait mais enfin moi j’estime que j’avais de bons parents. Parce qu’ils se sont privés beaucoup pour que nous mangions. « J’ai pas toujours mangé la cuisine avec le pain ! ». J’ai souvent mangé du pain sec, je n’en suis pas mort pour autant la preuve à 88 ans je me porte encore très bien !
Seulement j’ai vécu des choses… que je n’oublierai jamais, aussi longtemps que je vivrai. J’ai été déporté en Allemagne et j’y ai fait 2 mois de prison parce que j’avais un mauvais chef. Je lui demandais des choses qu’il ne me donnait pas. Un jour la machine où je travaillais à cassée, je lui ai demandé de l’huile pour la mettre dans la boîte de vitesse et il ne voulait pas m’en donner. Il m’a attrapé par la gorge, il m’a levé de terre c’est qu’il était grand auprès de moi alors il m’avait fait mal. Comme je suis d’un tempérament à ne pas me laisser faire, croyez-moi que je lui ai répondu… J’ai attrapé la manivelle de tour et je lui ai collée sur la tête, je lui ai ouvert le crâne, je l’ai assommé. Je m’apprêtais à en donner un deuxième. C’est un russe qui ma enlevé la manivelle des mains autrement je crois que je l’aurais tué parce que je l’ai toujours détesté. Je n’admettais pas premièrement de partir en Allemagne, de les voir dans mon pays et moi déportés chez eux. Ça ne m’a pas tellement plus. Quand je suis revenu de prison ma barbe avait poussé, aucun cheveu sur la tête. Ils m’avaient rasé les cheveux. « J’étais tout à fait joli » (rire). Je pesais, quand je suis revenu de prison, 46kg, je n’étais pas lourd parce que la nourriture, il n’y en avait pour ainsi dire pas. Ils m’ont remis à travailler avec cet homme là qui était le chef … naturellement. J’ai dit : « ça ne va jamais marcher parce qu’il va m’embêter juste à temps que… » Et je crois que je l’aurais tué parce que je le détestais. Je suis allé voir l’interprète et comme il y avait un monsieur qui travaillait avec moi, un français aussi. Il avait son fils qui était en Allemagne à la frontière hollandaise. Tandis que j’étais à la frontière tchécoslovaque ce n’était pas du tout la même chose. Donc je suis allé trouver l’interprète et je lui ai demandé de changer de frontière à place du monsieur qui travaillait avec moi, donc l’interprète m’a dit de rencontrer le directeur. Celui-ci a accepté. Après avoir été à la frontière hollandaise je suis rentré d’Allemagne. J’ai été malade durant deux ans sans travailler parce que j’étais tuberculeux. J’ai été soigné par des traitements non autorisés réalisés par des religieuses en Vendée. J’avais deux piqûres par semaine mais j’ai été guéri parce que j’ai passé des quantités de radios. Ils ne m’ont jamais rien trouvé, je me portais très bien après parce que j’ai fait des courses cyclistes. J’ai couru jusqu'à 57 ans. J’ai travaillé dans plusieurs endroits car je cherchais toujours à gagner plus d’argent. Tout en étant pas instruit je savais que pour se faire une bonne retraite, il fallait avoir un bon salaire pour qu’elle soit valable. Alors j’ai travaillé dans de nombreux endroits. J’ai travaillé à la campagne puis à la culture de champignons et ensuite dans un camp Américain pendant 12 ans à Méron à côté de Montreuil -Bellay. Je suis arrivé à avoir trois permis Français et 8 permis Américains. Le plus important c’est un permis de Grue de 20 tonnes. J’ai toujours cherché à prospérer. Quand les Américains sont partis je suis venu travailler dans un garage SIMCA qui se trouvait à cette époque là route de Rouen. J’y ai travaillé 6 ans et j’en suis parti pour gagner plus d’argent. Je suis rentré dans une maison de vins mousseaux à la Compagnie française des grands vins. J’y suis resté 14 ans, jusqu’à ma retraite, à 63 ans.

Qu’elle a été votre plus grande histoire d’amour ?
Alors là. Je me suis marié deux fois, mais mon premier mariage je ne désire pas vraiment en parler ça à été un déluge. Je peux quand même vous dire que ma femme buvait beaucoup et que tout l’argent partait dans la boisson jusqu’à vendre mes vêtements pour acheter du vin. Quand elle est décédée, j’avais 3 000 000 de dettes. Il a fallu que je travaille pour payer ça. Alors le samedi j’allais travailler ailleurs. Et je me suis marié une deuxième fois. Là, j’ai été que 10 ans marié, ma femme est décédée mais c’est 10 ans où j’ai été heureux (pouces levés). Car en 10 ans de temps, on a réussi à mettre de l’argent de côté. Pourtant ma femme était une paysanne et à l’époque le salaire c’était moins que rien. Je me suis marié en 1993 la deuxième fois, autant vous dire que nous n’étions pas tout jeunes. J’avais 71 ans et ma femme avait deux ans et demi de plus que moi. Celle-ci avait trois enfants. De mes deux mariages je n’en n’ai pas eu et la deuxième fois il était trop tard. Seulement j’ai eu une belle fille et son mari, qui quand ma femme est décédée m’ont demandé ce que je voulais faire. Et m’ont emmené avec eux en Bretagne sept ans. Elle a perdu son mari et elle m’a dit qu’elle retournait dans son pays et ne me laisserait pas en Bretagne. C’est comme ça que je suis arrivé ici. Pour moi c’est comme -ci c’était ma fille.
Pouvez-vous nous raconter des anecdotes ou souvenirs de la guerre ?
Alors ça, j’ai été en prison parce que je détestais les Allemands, je ne pouvais pas les voir, mes deux frères étaient pareils, d’ailleurs ils étaient dans la résistance. Sauf moi car ils sont venus me chercher chez mes parents à l’heure de midi. C’est le gouvernement français qui nous a réquisitionnés à l’époque pour aller en Allemagne. Et non seulement ça, c’était tous des collabos, je ne pouvais pas sentir ça. Alors quand je suis rentré le peu d’argent que l’on avait, on nous l’a pris. Seulement c’était de l’argent allemand naturellement seulement on nous ne l’a pas échangé on nous à tous ramassé. Ce sont mes parents qui avaient bien du mal à vivre qui venaient à mon aide, car j’étais chez eux. Ils me nourrissaient. La section des déportés du travail m’aidait aussi.
Quelle était votre vie d’adulte ?
Je me suis marié la première fois car je ne voulais pas rester chez mes parents. Malgré qu’ils étaient bons pour moi. Je voulais quand même me faire une vie, mais je l’ai fait bien mal la première fois. J’ai bien mal choisi. Autrement j’ai été heureux, vraiment heureux durant 10 ans suite à mon deuxième mariage. Car ma femme était travailleuse, économe. (Pouces levés). Nous avions réussi en 10 ans de temps à s’acheter une voiture neuve. (grand sourire). Seulement je détesterai aussi longtemps que je vivrai les allemands. Cependant il faut quand même que je vous dise que le fils de ma belle fille, il habite dans une maison qui appartient à des allemands. J’ai été chez eux deux ou trois fois. Ils ont l’entretien de cette propriété et j’ai aidé le fils de ma belle fille à faire quelques choses là bas. Ces allemands là m’ont récompensé. Ils leurs ont demandés ce qu’il fallait faire pour me récompenser. Et ils ont répondu que je n’accepterai pas d’argent. De retour en Allemagne ils m’ont fait parvenir quelque chose que je garde et je vais vous le montrer… C’est fait avec du bois, il vient de Munich. (Il se dirige vers l’étagère pour en sortir avec délicatesse une doudoune kaki flambant neuf).
Comment voyez- vous les jeunes d’aujourd’hui par rapport à votre génération ?
Il y a beaucoup de changements (rire). Car autrefois, vous savez, on ne vivait pas comme l’on vit maintenant. Les jeunes ont beaucoup évolué. En bien. Parce que les jeunes premièrement connaissent beaucoup mieux la vie qu’on la connaissait. Car il y a quelque chose que je vais vous dire quand même, quant j’avais 10 ans, j’ai été violé. Par une femme qui avait 30 ans qui ma menacé de mort (voix tremblante). Vous savez quand on est gosse, beaucoup de choses nous marquent. Jusqu’à 20 ans je détestais les femmes. Je les prenais toutes pour être pareilles. Je les voyais toutes de la même façon. Alors je me suis marié qu’à 34 ans. Mon premier mariage. C’est comme ça alors la 1er que j’ai trouvé je me suis marié. C’était bien, ce n’était pas bien. En tout cas pour moi c’était bien mal. Voilà, je ne l’ai jamais dit à mes parents cette chose là. J’avais 28 ans lorsque je l’ai dit à mon père. Si mon père l’avait su plus tôt… il aurait été en prison car il l’aurait tuée. Alors je préférais ne rien dire et j’avais peur. Il y en à encore beaucoup malheureusement à qui ça arrivent. Autant dans les garçons que dans les jeunes filles mais il faut le dire maintenant, il ne faut pas faire comme moi. Ça doit être difficile mais il faut le dire, afin que ces gens là soient punis comme ils le méritent… (silence). Des jeunes filles qui sont violées par des ordures, des criminelles. On n’aurait jamais du abolir la peine de mort pour ces gens là, je vois ça comme ça. Car le viol ça mène au crime. Il y a des gens qui tuent pour que personne ne parle. Pas de pitié je n’aurais pas eu de pitié pour ces gens là.
C’est pour ça que ma vie n’a jamais été bien belle, seulement pendant 10 ans. Je détestais trop les femmes pendant un certains temps.

Comment vous sentez vous au sein de la structure ?
Vous savez, l’ambiance ici est très bien. Il y a des mauvais gens, des bons. Mais dans l’ensemble il n’y à rien à dire. Le personnel est très gentil, la directrice aussi. Des patients aussi sont très corrects. On a souvent des activités pour celui qui le souhaite. C’est très bien et mieux qu’où j’étais en Bretagne. Ici on nous demande si l’on veut aller à Montreuil à Fontevraud, St Florent, Clair Soleil. On mange très bien. Que voulez vous dire de mieux ? Lorsque l’on est à la retraite ! On fait ce que l’on veut. Vous allez me dire il y en a qui ne sont jamais satisfaits. Mais ça il y en a toujours. Que ce soit des femmes mais aussi des hommes. Peut-être qu’ils n’avaient rien chez eux et qu’ils se plaignent ici ! Moi je ne me plains pas ! Il y a certaines choses que l’on mange qu’on aime moins mais dans l’ensemble tout est bon ! Il n’y a rien à dire. Il y a un monsieur avec qui je mange, on s’entend très bien. La preuve il est en fauteuil roulant et c’est moi qui l’emmène. J’aime bien rendre service du fait que je peux. Car j’ignore ce qui m’arrivera, je serai peut-être content un jour que l’on m’aide. Alors tout pendant que je le peux, j’aide.

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