Ils étaient faits l’un pour l’autre…

Un témoignage de Michel et Noëlle Hervy,
né(e) le 2 juillet 1949
Mémoire recueillie à


Par la suite, nous évoquons avec notre couple préféré leur rencontre. Comme si c’était hier, ils nous parlent tendrement de l’un et de l’autre. A 85 et 81 ans, M. et Mme Hervy donnent l’image d’un couple parfait, d’un couple heureux d’être ensemble aujourd’hui, heureux de s’être trouvé…


Le couple se rencontre en 1947 et à les entendre, le souvenir date d’hier. Leurs regards mutuels remplis de tendresse nous en disent long sur leur amour. Nous prenons tout de suite conscience que ce n’est pas un couple ordinaire. L’amour qui les lie paraît indestructible et quand Michel nous raconte leur rencontre, nous restons comme deux petites filles écoutant une belle histoire. « Nos familles se connaissaient, sans pour autant se fréquenter. Nous nous sommes vraiment rencontrés à la chorale paroissiale qui s’était montée à la Montagne. J’avais été séduit… Elle faisait partie des alti -nous explique-t-il- et moi des basses. J’avais un collègue à côté qui me disait « Regarde dont celle là ! Elle est pour toi ! ».


Puis, fruit du hasard ou pas, ces deux âmes sœurs furent en même temps moniteurs de colonie : Monsieur pour les garçons, Madame pour les filles. Ce fut alors l’occasion de partager encore une fois les mêmes passions. Ils ne manquèrent pas d’imagination pour trouver des astuces afin de se voir. Noëlle nous raconte l’une de celles-ci : « Les garçons étaient à St Michel, et les filles étaient à la Plaine. Le vicaire, qui s’occupait un peu des deux, avait toujours quelque chose à porter, à l’un ou l’autre camp. Alors il envoyait quelques fois Michel, il disait « tu vas y aller » ». Nous entendons alors M. Hervy rajouter « Et moi j’étais toujours volontaire ! ».Et puis quelques fois, le vicaire changeait de médiateur et désignait un autre moniteur… « Exprès pour m’embêter ! », assure Michel ! Mais cela n’empêchait pas Michel de glisser un petit mot à son collègue pour sa bien-aimée… Il lui donnait ainsi rendez-vous à une heure précise sur la place de la Plaine. Tels des aventuriers secrets, ils se rejoignaient dans la pénombre et Michel n’avait pas peur de prendre le kayak pour arriver de l’autre côté de la rive. Pour eux, il n’y a pas l’ombre d’un doute : ils ont été victimes d’un coup de foudre. L’un et l’autre sont certains d’avoir trouvé leur moitié et Noëlle, que son mari qualifie de « maligne », continue de nous narrer ses malicieuses astuces pour voir son amour : « Je n’en voyais vraiment pas d’autre pour moi ! Alors je m’arrangeais toujours le midi pour aller chercher du pain juste au moment où il remontait d’Indret pour aller manger chez lui. Comme pour aller à la boulangerie, je passais devant chez lui… Alors comme cela j’étais obligée de le croiser ! ».


L’entretien avance et nous ne cessons de savourer avec eux tous ces souvenirs de bonheur… A la question « Qu’est-ce qui vous a attiré chez elle ? », Michel nous répond « sa beauté…, tout… ». Sa femme renchérit immédiatement « sauf mes pieds !!! » et continue « J’avais des grands pieds, je chaussais du 40 et il avait remarqué ça. Et pourtant je prenais toujours une pointure en dessous, je souffrais ! C’est peut-être le seul reproche que tu m’as fait ! ». Un échange de regards… « J’ai eu un mari, comme je dis toujours, qui ne m’a jamais fait un seul reproche, JAMAIS. Mais c’est vrai, c’est vrai !! Et moi qui suis comment dirai-je, beaucoup plus soupe au lait, je lui faisais quelques fois des reproches, tandis que tout ce que je faisais c’était bien. ». Ils concluent tous les deux par « Oui, c’était vraiment du grand amour ! ».


Tous ces sentiments ont été concrétisés par leur mariage le 2 juillet 1949. Il faisait très chaud et avec du recul ils comprennent les dires de certains invités qui disaient « Ils sont vraiment fous pour se marier en juillet !!! ». Tout s’est passé pour le mieux : la chorale était présente et surtout, c’était le frère de Michel qui était prêtre, Pierre, qui s’était chargé de les marier.


Nous assistons alors à une belle séance photos… Michel, jeune gamin au sourire éclatant se tient près de sa chère et tendre, plus belle que jamais. Friandes d’anecdotes, nous leur demandons s’ils ont un souvenir particulier en tête. Ils se regardent et Michel nous raconte leur nuit de noces un peu particulière… « A cette époque, la coutume était d’aller réveiller les mariés pendant leur nuit de noces. Du coup, nous nous sommes dit « Où est-ce qu’on pourrait aller pour être tranquille ? ». Nous avons décidé d’aller chez ma mère, juste en face de la salle de mariage. Ainsi, nos amis ne penseraient sûrement pas que nous serions si près ! Et on riait car il faisait tellement chaud, que les garçons d’honneur se douchaient dans la cave. Ils se rafraichissaient comme ça, au jet d’eau et puis ils retournaient dans la salle s’amuser. Ils ne se doutaient pas qu’on était là-haut, juste au dessus !!! Quand ils ont voulu nous amener la soupe à l’oignon dans notre vrai logement, ils ne nous ont pas trouvés !!! ».


Puis le temps passe et notre couple d’amoureux pense à fonder une famille. Ils auront quatre enfants. Ils nous expliquent tous les deux la chance qu’ils ont eu d’avoir une famille très soudée. Consciente de cette aubaine, Noëlle nous raconte que son papa, entrepreneur, avait fait construire une maison au bord de la mer à Saint-Brévin. Toute la famille au sens large pouvait profiter de ce petit coin en bord de mer et les souvenirs qui en restent paraissent formidables : « C’était bien avec tous les cousins/cousines en été. Il y en avait en bas, il en avait en haut ! Il faut dire qu’ils avaient de la chance, les enfants, d’avoir une grand-mère comme ça ! Maman, elle adorait ça. Elle était heureuse lorsqu’on était là ». En accord avec sa femme, Michel acquiesce et rajoute : « On s’entendait très très bien ! Ca a été la chance aussi dans cette famille que tout le monde s’entende parfaitement bien… Ce n’est pas toujours le cas dans toutes les familles ». La vie défile et Michel et Noëlle continuent leur bonhomme de chemin. Mais la vie réserve des surprises… A 43 ans, Noëlle tombe enceinte du quatrième et voici notre couple une nouvelle fois parent ! Pour eux, cet évènement reste une anecdote rigolote à raconter aujourd’hui, même si sur le coup, M. Hervy s’est beaucoup inquiété pour la santé de sa femme. Il nous raconte : « J’ai eu peur pour ma femme. Je lui disais tout le temps « Ca va te fatiguer ! » mais bon, il était là ! Alors voici ce qui s’est passé à la mairie, quand j’ai voulu aller le déclarer :


« - Bonjour M. Hervy. Bah, qu’est-ce qu’il vous arrive ?


- Un accident...


- Ah bon? C’est grave?


- Ah oui …


- Dites-moi, dites-moi…


- Alors voilà, nous avons un 4ème, qui n’était pas prévu en route !


- Aaahhh bon ! Et bien, j’aime mieux ça !! »


Alors là aussi, on a eu de la chance car la famille a très bien pris ça ». A l’aise avec ce sujet, ils assument complètement et sont fiers de leur dernier tout autant que des premiers. De plus, cette aventure donna des idées dans la famille : « Notre aîné, avec sa femme, ont eu leur troisième longtemps après, car ils ont trouvé que c’était très bien » explique Noëlle. Comblés de bonheur, ils aiment nous parler des liens particulièrement forts qui unissent Bruno, le dernier, à sa sœur. Dernier arrivé dans la famille, il a su se faire aimer de toute la tribu. Noëlle, fière de son fils, avoue timidement : « On nous disait : « Ca aurait été dommage qu’il ne vienne pas ! ». Alors, tout le monde l’a gâté vous comprenez … ».


L’entretien touche à sa fin… Ce couple si heureux nous livre sa plus grande fierté. Si contents que leurs enfants aient toujours su faire le bon choix, qu’ils aient toujours été respectueux envers les autres. Michel insiste sur la réjouissance qu’il a de voir cette famille si soudée et unie, tous indépendants chacun de leur côté. Curieuses, nous voulons finir sur un instant de bonheur particulier qu’ils aimeraient nous raconter… Leur réponse reste dans la continuité de leurs dires… « Il y en a eu plusieurs… Ca a été pratiquement toute notre vie en fait !!! », se confie Michel. Notre princesse Noëlle, reste elle aussi sur son nuage et rajoute évidemment au palmarès de son bonheur la naissance de ses enfants, de ses petits-enfants et enfin arrière petits-enfants.


Que dire après ce compte de fée… Nous sommes dans tous les cas, toutes les deux, tombées sous le charme de ce couple. Depuis leur rencontre, ils n’ont eu de cesse de s’occuper l’un de l’autre sans jamais faillir à leur rôle. Toujours là pour s’épauler dans les moments difficiles, ils ont pu aussi profiter pleinement de leur amour à travers leurs quatre merveilleux enfants. Nous retiendrons de cette interview que le coup de foudre reste possible, M. et Mme Hervy fêtant leurs soixante-deux ans de mariage cette année…


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