Jacqueline

Un témoignage de Henri Laban,
né(e) le 24 septembre 1923
Mémoire recueillie à

Né à Auch, ancien banquier de la Banque de France. Cette histoire commença alors qu’il n’avait que trois - quatre ans, son père était médecin-militaire travaillait au Maroc.
M. Laban allait à la maternelle dans ce pays où il rencontra une camarade de classe qu’il n’oubliera jamais. Le climat était lourd, il était donc difficile de faire la sieste obligatoire durant la classe. Sa camarade de classe, Jacqueline qui était également fille d’un militaire de carrière, n’arrivait pas à dormir et se fut seulement quand elle était auprès de M. Laban qu’elle put se reposer. Ils devinrent inséparables. Hélas, le métier de militaire ne permet pas de rester tout le temps au même endroit et le père de Jacqueline fut muté dans son pays d’origine. C’est alors que les deux inséparables de classe se séparèrent par obligation. Onze années plus tard, M. Laban qui passa ses vacances à St. Féréol en bordure du canal du Midi, retrouva par coïncidence Jacqueline qui passait également ses vacances dans le même village. Cela faisait un petit moment qu’ils ne s’étaient pas revus. Ils se redécouvrirent, après évolution, partageant certains moments ensemble. Jacqueline était devenue sportive et réussit à convaincre M. Laban de faire une longue ballade le long du canal pour découvrir d’autres paysages. Malheureusement, lui n’était pas sportif et à mi-chemin il s’arrêta. Tout essoufflé et perlant de gouttes de transpiration sur sa peau rouge écrevisse, il supplia Jacqueline, car il n’endurait aucun ou si peu d’effort, de rentrer à bon port. Elle accepta, mais avec beaucoup de regrets. M. Laban ressentit une grande déception de la part de Jacqueline et en fut contrarié pendant le reste des vacances. Après ces vacances il alla au pensionnat à Castres où il passa ses années de lycée et quelques années plus tard il apprit que Jacqueline avait emménagé à Castres car son père avait reçu une nouvelle mutation. Il passa son bac et partit prendre ses vacances chez son père au Maroc. Celui-ci lui proposa de faire ses études à Rabat. C’était durant l’année 1942. Les Américains débarquèrent au Maroc pour attaquer l’Afrika Korps par l’ouest. Tous ceux qui pouvaient combattre étaient conscrits, ce fut le cas de M. Laban. Après une formation accélérée, ils étaient partis sur le front.

M. Laban faisait partie d’une unité d’artillerie de montagne et participa au débarquement en Italie. Sur la route, entre Naples et Florence alors qu’il était dans un convoi, son camion passa sur une mine. Il fut projeté par le choc et traversa la cabine par le haut. Ses frères d’armes le retrouvèrent le ventre à cheval sur la rambarde du camion qu’il croisait. Il fut alors hospitalisé durant le reste de la guerre. Il demanda son rapatriement à Toulouse. Car c’est là que vivait sa mère. C’est là que le hasard frappa à nouveau. Jacqueline était à ce moment en train de passer ses études dans la ville rose. M. Laban voulait déclarer sa flamme à Jacqueline, mais celle-ci lui apprit qu’elle optait pour un vœu de chasteté et ainsi devenir une nonne ! Cette fois-ci, ce fut au tour de M. Laban d’être déçu. Il partit dans une autre direction. Il eût la possibilité en tant qu’ancien combattant de rentrer dans la Banque de France en tant qu’employé à Privas. Là-bas il recommença sa vie. Il se maria et eu quatre enfants. 50 ans plus tard, un des fils de M. Laban qui passait à Toulouse retrouva la trace de Jacqueline. Il passa à son appartement pour prendre des nouvelles et ensemble ils discutèrent de l’ancien temps, des personnes qu’ils connaissaient en commun. Jacqueline parla de la famille de M. Laban et des autres amis, mais elle n’aborda pas une seule fois son passé avec M. Laban. Pire encore, le fils apprit que Jacqueline s’était marié et avait eu trois enfants.
Aujourd’hui, il affirme que l’invention qui l’a le plus marqué c’est l’ordinateur car ça le dépasse. Il trouve que la technologie évolue trop rapidement en comparaison à plusieurs années en arrière et pense que cela causera la perte de l’être humain.

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