J’ai vécu en Algérie jusqu’à l’Indépendance

Un témoignage de Yolande (Evry) M.,
né(e) le 8 novembre 1923
Mémoire recueillie à


Moi je suis née en 1923. J'ai vécu en Algérie jusqu'à l'Indépendance. Après l'an 2000, je suis arrivée ici (en France). Je suis née en Algérie moi, je suis née dans un charmant village, un gros village, une petite ville, qui s'appelait (qui ne s'appelle plus) Lamoricière. Ça s'appelle plus, car maintenant le pays était redevenu algérien, les français sont partis.


Moi je suis fille d'un paysan, un monsieur qui avait une partie de dix hectares et puis j'ai participé chez mon père, car moi je n'avais plus de maman. Elle est décédée, elle était jeune maman, elle avait à peine trente-huit ans quand elle nous a quitté, elle est partie la pauvre et elle laissait quatre enfants. Ils en ont eu même six, mais ils en ont perdu deux, petits, nouveaux nés. Quand maman est morte, je n'avais même pas dix ans. Je me rappelle plus de ma maman. Avec papa, j'ai vécu plus longtemps. Je vouvoyais mon père, c'est un respect. Mon père est d'origine espagnole. Chez les espagnols, il n'y a pas beaucoup de tutoiement, c'est un vouvoiement. Tout le temps, j'ai vouvoyé mon père. Papa, quelques années plus tard, il a connu une personne, très gentille, qui est venue habiter chez lui, à la campagne. Elle s'appelait R**. La vie est drôlement faite, j'arrive plus à me rappeler d'elle, mais j'étais déjà mariée moi, pourquoi il y a ce voile?


J'étais à l'école primaire, mais pas secondaire. Nous étions dans un gros village, mais il n'y avait pas de secondaire. Enfin, on instruisait quand même, dans les écoles primaires, on apprenait un certain nombre de choses. Et puis, après, déjà j'allais à l'école et je connaissais déjà mon mari. On avait le même âge et nos parents habitaient tout à côté les uns des autres, comme dans les villages. Vous savez dans les villages, les maisons se succèdent, se suivent. Mon mari, il était très fort en dessin et moi j'étais très nulle, très nulle en dessin. Par contre, je suis assez forte, je peux dire sans m'enorgueillir, en français. Alors, je lui faisais ses petites rédactions et lui me faisait mes devoirs de sciences naturelles. A l'école, on était filles et garçons, parce qu'il n'y avait pas assez d'élèves pour faire une classe de filles et une classe de garçons. Donc on était mélangés. Et puis, à l'école je suis allée jusqu'au brevet, mais je n'ai pas présenté l'examen, parce que avec mon papa, on a eu un petit problème, du coup je n'ai pas continué, j'ai quitté l'école. Mes parents habitaient la campagne, j'avais, on appelle ça une ferme.


-Vous aviez des animaux?


-Oui, on avait des animaux domestiques.


-Votre père cultivait les terres, c'est ça?


-Oui, exactement.


-Vous cultiviez quoi exactement?


-On avait de la vigne, on faisait les vendanges. Une fois que j'avais fini ces vendanges, j'allais chez des gens pour vendanger et gagner un petit peu d'argent. Il y avait certains propriétaires qui étaient terribles, qui vous empêchaient même d'aller faire pipi.


-Qu'est ce qui vous a déplu dans votre vie?


-C'était la campagne.


-Vous n'aimiez pas la campagne?


- Oh non, pas du tout, mon père était propriétaire de cette campagne, de toute la campagne. Donc quand il y avait des vendanges, il fallait aller vendanger, quand il y avait autre chose à faire, il fallait y aller. On a eu des responsabilités et on avait surtout du travail. Alors quand vous étiez à la campagne, c'était bien, mais quand il se passait quelque chose en ville, vous ne sortiez pas, il y avait du travail qui attendait là! Alors je la maudissais, je maudissais cette campagne, cette ferme. Je me disais quand même, tout le monde est en train de danser, tout le monde est en train de s'amuser et moi je suis ici, comme une esclave! Ça n'a pas duré longtemps et puis, je suis rentrée à la Croix Rouge.



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