J’aurais voulu être couturière

Un témoignage de Suzanne Rodet,
né(e) le 2 novembre 1915
Mémoire recueillie à

Parlez nous d’une partie de votre enfance, où habitiez-vous ?
A Nantes sur le Quai Baco, l’école était juste à côté.


Y avait-il une mixité dans l’école ?
Euh non pas du tout.


Vous trouvez ça bien ?
Euh, nous, on était habitué.


Vous aviez une tenue réglementaire pour l’école ?
C’était juste une blouse et une tenue normale. On a eu la blouse un petit moment


Votre père travaillait où ?
Mon père travaillait au chantier de Bretagne.


Votre mère ?
Dans une conserverie.


Vous avez toujours été sur Nantes ?
Oui, depuis toute petite avec mon frère. Je suis née près de l’église Sainte Anne et j’ai commencé à travailler. Mon frère est mort à 60 ans, on s’entendait bien…


A partir de quel âge ?
Moi j’ai commencé à 13 ans à la raffinerie de Chantenay. Je mettais le sucre en boîte, j’ai fait un peu de tout, J’ai mis du sucre en poudre dans les pochons.


Vous êtes partie de chez vos parents à quel moment ?
Quand je me suis mariée.


Comment avez-vous vécu la guerre ?
Très mal. Quand on a entendu la bombe, ça sifflait ! Il y avait tellement de poussière dans la rue que c’était étouffant, ça prenait à la gorge. Les portes de la maison se sont ouvertes. Heureusement, les enfants étaient sortis, parce qu’une pierre énorme est tombée au pied du lit, dans la chambre d’une de mes filles ! Heureusement, car autrement elle serait morte. On a eu peur plus d’une fois. C’est tombé partout, dans les chantiers, dans le centre de Nantes, plus de rue du Calvaire….


Tout a été reconstruit après la guerre ?
Oh oui tout, et heureusement ! Mais pas comme avant…


Et vous alliez faire la fête de temps en temps, au bal par exemple ?
Euh non, si j’allais au bal, c’était un bal de noce. On me donnait des sous pour acheter un petit livre mais c’est tout. Mon frère par contre, il pouvait sortir, il faisait du sport.


Quoi comme sport ?
Du basket


Vous en avez fait vous, du sport ?
Euh…non !!


Et vous aviez des passions ?
Moi j’aurais voulu être couturière mais malheureusement je n’ai pas pu. C’était trop cher et je n’avais pas assez d’argent.


Vous êtes toujours restée à Nantes après la guerre ?
Non, j’avais les trois enfants à cette époque là. Le plus jeune, il avait 13 mois. J’en ai eu finalement 6. On est parti à Châteaubriant pour plus de sécurité avec quelques affaires, presque rien et sommes restés environ 1 an. Ça bombardait après qu’on soit arrivé. Nous étions dans un logement pour les « gens sociaux ». Il n’y avait pas beaucoup de place ; 2 chambres et une cuisine - salle à manger. Nous avons été obligés de mettre un lit dans la cuisine ! Pendant la guerre on n’était pas riche, mais pas malheureux. Mais on ne pouvait pas s’acheter de la viande.


Y avait-il de l’entraide pendant la guerre ?
Peut être mais je ne l’ai jamais vue. Mon frère a fait de la résistance, il a été prisonnier de guerre, en France chez des gens allemands mais gentils. Il a eu beaucoup de chance.


Et vos enfants maintenant ?
J’ai un enfant notamment qui est en Australie, je ne le vois pas souvent. Et j’ai 30 petits enfants et arrière petits enfants ! Je suis contente de les voir venir mais aussi de les voir partir car ils sont trop nombreux !! (rires)

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