« J’avais ça dans le ventre !! COMMERCE »

Un témoignage de Yvette Favier,
né(e) le 29 août 1925
Mémoire recueillie à

J’ai travaillé à la Cristallerie à Arques à l’âge de 16 ans jusque 24 ans puis j’ai rencontré mon mari. On s’est marié dans le Pas de Calais.
A la Cristallerie, les fours étaient là. Il y avait un tapis roulant et ils mettaient les verres dessus, les messieurs. Et puis, nous, on les attrapait, on les emballait et on faisait des paquets de 6. On emballait chaque verre dans un petit papier. Ça allait vite pour gagner sa journée. Et nous, on les mettait dans le chariot. Ces chariots, c’étaient les messieurs qui venaient les chercher pour les conduire, pour les transporter, pour vendre sûrement!!! Ça, on ne sait pas hein ! On se doute quoi ! Mais nous, on emballait. Parfois, c’était chaud et puis quelques fois trop vite et alors ça tombait et ça cassait et puis on recommençait. Ça arrivait !! Mais c’était curieux à voir. Ils faisaient des belles choses, hein ! Mais, maintenant, je ne sais pas si ça existe encore. Et puis, ils sont partis à l’étranger. Parce que moi, quand je travaillais là-bas, il y avait beaucoup d’monde !! Oh là là ! Et pis alors, quand on devait arriver, on devait pointer. On avait son carton, on pointait à l’heure où on arrivait parce que si on était 5 minutes en retard, on perdait une heure. Ah ça !!! Et pour partir, on perdait une heure si on partait avant. On commençait à 8h jusque 6h le soir. On avait 1h30 pour le repas du midi. On mangeait à la cantine derrière. On pouvait ramener sa gamelle mais moi j’allais à la cantine. Fallait bien !!

Nous, on arrêtait l’école à 16 ans, hein ! J’ai eu le certificat d’études après je n’ai pas continué. Je n’ai passé que ça. Disons que j’ai connu mon mari qui travaillait aussi à Arques. On a fait connaissance comme ça. On était des copains, des camarades quoi avec d’autres filles et d’autres garçons comme maintenant je suppose ! Hein ! Maintenant, vous faîtes encore ça ! Et puis on s’est rencontré comme ça et puis on s’est aimé disons… Je me suis mariée j’avais 24 ans et j’ai eu ma fille à 27 ans. J’en ai eu qu’une, Josiane. Elle en a eu deux : Dorothée et Colombe.

Après la Cristallerie d’Arc, j’ai continué à travailler. Quand j’étais petite, j’étais toujours à faire la marchande. J’avais une petite balance que grand-mère avait achetée. Je mettais des cailloux dedans ! Parce qu’on n’avait rien d’autre. Je n’avais pas de petits pois à ce moment là. J’ai eu le projet d’un commerce tout de suite après mon mariage. Tout de suite ! J’avais ça dans le ventre !! COMMERCE. Et je me suis installée dans le commerce tout de suite. J’ai fais du commerce toute ma vie : fruits et légumes, crèmerie et puis toute alimentation. À Aire sur la Lys sur la Place Notre Dame. J’avais un beau commerce, on travaillait bien !!! J’ai du acheter mon magasin. Ça s’est fait tout de suite parce que le monsieur voulait vendre. Après on a été chez le notaire et puis quand on remboursait le notaire, il était très content. Parce qu’il a dit : « Madame Favier, c’est très très bien parce que vous avez remboursé! » On travaillait très bien, c’est ça ! C’est la question : si on travaille ça va, si on travaille pas…
On a fait de la crémerie. On faisait déjà des yaourts et tout ça. On en avait déjà là. Pas ceux de maintenant !!!! Maintenant y’en a aux fruits !! On allait chercher nos produits chez un grossiste. Il vendait des fromages et tout. Il venait nous servir à peu près tous les 2 jours. Pour les yaourts, il fallait faire attention à la date. C’est important, parce que quelques fois il y avait deux jours, après c’était fichu ! On ne peut plus revendre hein ! Parce qu’il ne fallait pas une journée ! Parce qu’on avait des contrats à ce moment-là. Tandis que maintenant, c’est libre…

Je n’ai pas été commerçante jusqu’à ma retraite parce que mon mari était très handicapé, mon mari était invalide. Je travaillais encore quand mon mari était invalide mais à un moment c’était de trop. Mais parce que j’avais des ouvriers à gouverner. Suite à une longue maladie de mon mari, j’ai du subvenir. Et mon mari était quand même au magasin avec moi. Il ne faisait pas grand-chose. Il allait un petit peu chercher des cageots dans le frigidaire ou dans la cave. J’ai tenu le magasin jusqu’à l’age de 54 ans. Ma fille n’a pas repris, elle ne voulait pas.

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