« Je n’allais pas au cinéma, j’allais à l’école d’abord »

Un témoignage de Laurette Dutriaux,
né(e) le 1 janvier 1936
Mémoire recueillie à

Alors, je suis né à Grand Fort Philippe en 1936, dans la rue de la paix, enfin, j’ai été élevée dans la rue de la paix. Reste à savoir si j’étais venue au monde avant, j’étais trop petite pour savoir ! Mais enfin, j’ai été élevée dans la rue de la paix, à Grand Fort Philippe, juste derrière la poste ! N° 8 rue Saint pierre, euh rue de la paix ! Et quand je suis venue aux Huttes, c’est 8 rue Saint Pierre ! C’est bizarre hein !

Elle n’a pas toujours été gaie ma vie ! Ma jeunesse elle a été gaie, c’est plutôt après que j’ai été triste. Tu sais, dans ces années là, on n’avait pas trop de liberté, donc si tu voulais t’amuser, hein, fallait vraiment avoir la permission ! Je ne vivais pas avec ma mère, mes parents étaient séparés. J’habitais avec ma grand-mère, alors c’était encore plus sérieux ! Bah oui les anciens hein! On ne sortait pas beaucoup…
Je n’allais pas au cinéma, j’allais à l’école d’abord ! Et le dimanche, quand on avait l’autorisation de la grand-mère, parce que j’habitais avec elle. Ma mère, elle, elle habitait au loin, en Belgique avec pépé, et alors après ils sont venus aux Huttes. Mais moi c’était plutôt Grand Fort, rue de la paix, et on était rue Saint Pierre tu vois ! Ca reste dans le catholique !
Ah Ah Ah !!

Bah qu’est ce que je peux te dire ?! Tu sais, j’ai eu beaucoup de choses dans ma vie, mais pas vraiment hum, des choses exceptionnelles quoi ! Non j’ai eu une petite jeunesse très très sérieuse, parce que j’habitais avec ma grand-mère… Donc on ne sortait pas beaucoup !

Donc quand j’étais petite, j’allais à l’école des religieuses. On appelait ça l’école des sœurs. C’était les filles d’un côté les garçons de l’autre ! Fin, si j’me rappelle bien !
Puis à ce moment là, y avait le patronage le dimanche, c'est-à-dire, il y a des endroits où on réunit la jeunesse maintenant, et bien ça s’appelait le patronage ! Mais c’était quand même religieux hein ! Ce qu’on aimait, le dimanche, quand on avait l’autorisation, avec les copines du catéchisme ou de l'école, on allait au patronage, on appelait ça l'école des religieuses. Pas l'école laïque hein ! Et puis on faisait une petite après-midi où on chantait, on dansait, mais sans instruments, sans orchestre ni rien ! On chantait nous même ! On faisait avec les moyens du bord ! On avait le droit de jouer ! Ah ah ah! On jouait à courir ! On n’avait pas tous les jeux d’aujourd’hui ! Les jeux vidéos tout ça, ça n’existait pas et on ne savait pas que ça allait exister un jour ! Mais c’était bien quand même ! C’étaient des bons souvenirs !
Donc quand on allait au patronage, à l’école des sœurs, y avait un endroit où on faisait du cinéma comme au début qu’on faisait les charlots là ! Ce n’était pas du cinéma comme maintenant !
On avait le droit de partir à telle heure de la maison, et de rentrer à telle heure hein ! Attention hein ! Ah ah ah ah ! C’était : « l’heure c’est l’heure ! » Mais bon on n’avait pas de montres! On savait à telle heure qu’on devait être rentré ! C'est-à-dire si on avait patronage, ben quand on sortait, c’était directement à la maison !

Les loisirs y’en avaient pas beaucoup… D’abord y’avait pas de télé ! Hein ! Avec les grands parents ! Ma grand-mère n’avait pas de télé ! On a eu une télé bien longtemps plus tard que ça !

Les petits copains ? C’était une chose dont on ne parlait presque pas. Les premières connaissances que j’ai eues, dans le sens qu’on peut dire, connaître un garçon, alors… J’avais quel âge ? 14 ans !
On avait un petit groupe, vu qu’on allait au catéchisme ensemble, les filles d’un côté, les garçons de l’autre, on connaissait quand même quelques garçons ! On n’était pas des Saintes du paradis tout droit ! Non mais j’ai eu un copain. Et c’était, enfin je disais que j’avais un cousin, qui s’appelait Joseph ! Et mon copain, que je me souviens bien, j’en avais plusieurs, c’était une équipe : André, Jean, Rolland, et mon préféré, c’était Rolland ! On appelait ça comme ça, un préféré ! On ne fréquentait pas, on n’avait pas d’heure de sortie, on n’avait le droit de rien ! On n’allait même pas au cinéma à l’époque ! Pour aller au cinéma, j’ai dû attendre que j’aie quinze ans! Avec ma grand-mère…
J’étais très heureuse avec ma grand-mère, j’ai été bien élevée !
On allait par exemple au patronage, y avaient des garçons, y avaient des filles, c’était pas du tout la même mentalité que maintenant ! Y a pas du tout de comparaisons ! Mais enfin, on n’était pas plus saint ni vicieux que maintenant ! La vie c’est la vie pour tout le monde ! A ce moment là on était trois copines, y avait Yvonne, y avait Pierrette, puis moi ! Et ni l’une ni l’autre on avait de frères, donc moi j’avais un cousin qui s’appelait Joseph, pas le Saint hein ! Et on a été élevés ensembles, depuis tout petits, jusqu’au moment où je me suis marié, et lui aussi !

Alors, j’ai été mariée avec Daniel Dutriaux, qui n’était pas du tout dans les autobus Dutriaux ! Ah ah ! C’était un Dutriaux d’Oye Plage ! C’étaient des gens qui travaillaient dans les fermes, tu sais ! Quand je me suis mariée, en 57, ça remonte hein ! Ça remonte trop loin pour toi ! Ma fille Nelly, elle est née en 1960. Danny, il était né, je dis il était parce qu’il est mort, mais il était né en 1959. Je me suis marié en 1957, donc tu vois, il fallait prendre les poids et les mesures ! Attention !
Donc 57 mariée, il a fallu attendre 59 pour avoir un garçon !

Donc Nelly, ma fille, a eu trois filles ! Alors la première c’était Amélie, la deuxième c’était Cécile, et alors la troisième, on avait bien un grand espoir, un immense espoir que ce soit un garçon ! Et quand il est venu je lui ai demandé :
« Ben alors Fieu ? »
Et il m’a répondu : « Bah c’est toujours le même refrain ! »
Alors J’dis : « Quoi le même refrain ? »
Ben il me dit : « C’est encore une fille ! »
Alors je lui dis : « Comment tu l’appelles ? »
Puis il m’a répondu : « Ben, comme c’est toujours le même refrain, on l’a appelé Melody !!! » Ah ah ah ah !
C’est la vie ! Eh oui !

On n’a pas eu une vie modèle, mais c’était une vie très très bien. Belle, oui! Je veux dire, on n’a pas eu de maladies ni de grands soucis ! On a vécu notre petite vie tranquille. Après y a les deuils mais rien ne dure hein…

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