« Je n’avais pas envie d’y aller ! »

Un témoignage de Monique Dubuisson,
né(e) le 24 juillet 1930
Mémoire recueillie à

Ma mère était flamande et mon père belge. Moi je suis française car ils sont venus habités dans les Flandres. Nous vivions près de St Omer, je me rappelle j’allais pécher avec mon père, j’adorais ça !
Puis la mine est arrivée, Ils offraient logement et sécurité sociale gratuitement pour faire venir les gens. J’avais 8 ans quand ma famille est venue s’installer à Lens. Je me souviens quand on était gosse, on allait en haut du terril ! sauf qu’il n’y avait pas de chemin tracé alors ça grimpait dure ! et alors on « grappillait » les grosses « gaillettes ». ça veut dire qu’on volait des gros morceaux de charbon, et il ne fallait pas se faire prendre sinon on avait des gros problèmes !
A 14 ans, il fallait que je travaille, soit à la mine soit à l’usine. Mais quand je voyais revenir ma sœur toute noire de charbon et de poussières, je n’avais pas envie d’y aller !
Alors j’ai choisi l’usine de lin à Lille. Je me levais à 2h30 du matin pour aller à pied prendre le train de 4h30 car il n’y avait pas de bus. C’était un train spécial qui s’arrêtait à chaque gare pour ramasser les ouvrières. Et puis il fallait tout le temps courir pour ne pas rater le train ou le tram, sinon on arrivait en retard et on était amendé. Ca me faisait des journées de 10 heures de travail et je rentrais chez mes parents qu’à 20h le soir.
J’y ai travaillé jusqu’à mes 46 ans, après j’ai été paralysée donc en invalidité. C’est grâce à ce travail qu’aujourd’hui j’ai ma pension de retraite.
Je vivais avec mes deux garçons et mon père dans les « baraquements » à coté du terril. Vous saviez ce que c’était avant les « baraquements » ? C’est là où on mettait les prisonniers russes et allemands et après les immigrés marocains.
Après ils ont construit l’autoroute alors j’ai vu démolir tout ça. J’ai été relogé rue st Pierre.
J’ai eu mon premier enfant à 18 ans. Pourtant vous savez à l’époque les jeunes n’avaient pas le droit de sortir avant leur 21 ans. Heureusement j’avais deux frères ainés qui m’accompagnaient au bal. Un soir, mon frère m’a oublié et du coup c’est l’homme avec qui j’ai dansé toute la soirée qui m’a raccompagné. Seulement on a eu un coup de folie et puis voilà je suis tombé enceinte ! Alors on dû se marier, c’était comme ça, qu’on aime ou qu’on n’aime pas !
J’ai divorcé au bout de 26 mois de mariage, après mon deuxième enfant. Ca n’a pas été facile d’élever toute seule deux garçons, surtout à cette époque là.

array(0) { }