« Je peux te dire mieux, ça résume toute ma carrière »

Un témoignage de Paul Imbert,
né(e) le 1 janvier 1915
Mémoire recueillie à

Prière du premier novembre,
(Poème écrit le 1er septembre 1980)



En ce jour du premier novembre
mise à table des souvenirs
Où on aime se recueillir
au cimetière ou dans la chambre,
Où le cœur réentend, ému,
Les voix aimées qui se sont tues,
Je te dis ma reconnaissance Seigneur,
Pour le jour d’autrefois,
Pour les grandes et douces joies
Avec ceux dont je sens l’absence.
Chers êtres avec qui j’ai vécu
Et dont le corps a disparu
De notre vision familière
Ceux dont la liste au cours des ans
S’allonge inexorablement
Liste où se trouve père et mère
Pour moi, parmi tous ces départs,
Occupant une place à part,
Un nom me voile tous les autres
C’est celle qui me fut ravie
C’est la compagne de ma vie
Ses trois enfants, ce sont les nôtres.






Amis, épouse ou bien parents,
Leur départ fut dépouillement
Pour nous qui demeurons sur terre
Quand la mort nous a séparés, nous te les avons confiés,
A toi leur Père et Notre Père
Et depuis eux, qu’on ne voit pas,
Ayant atteint cet au-delà,
Qui pour nous demeure un mystère,
A l’abri de tous mauvais jours
Sont consolés dans ton séjour
De joie de paix et de lumière
A nous qui restons ici bas,
Le temps Seigneur que tu voudras,
Donne force d’être fidèle
A ton évangile d’amour
En attendant à notre tour
Oh, grand départ qui nous appelle.
Ah, fais alors se retrouver
Ceux des tiens qui se sont aimés



L’école à son époque :
Bon, j’ai eu mon certificat d’étude à 12 ans, et notre instituteur, nous avait enseigné l’essentiel : l’orthographe dans les syllabaires, et puis quand on faisait les dictées, d’une dizaine de lignes, j’étais très vexé quand j’avais plus d’une faute. On avait l’amour propre, on travaillait. C’était une classe où souvent les élèves qui préparaient le certificat d’étude faisaient lire les petits, parce que l’instituteur devait s’occuper de tous, alors il ne pouvait pas faire tous les cours en même temps. Ca m’est donc arrivé bien des fois surtout quand je préparais le certificat d’étude, 11 ans ou 12 ans, d’aller faire lire les enfants.

Et alors, ce n’était pas toujours la discipline, il y en avait qui bavardaient, je ne sais pas si on était 30 ou 40, je ne me souviens plus. Et alors l’instit, chose impensable maintenant, avait un grand bambou, et quand quelqu’un bavardait : « pan ». (Rires)
Mais à moi il ne me l’a jamais fait, parce que j’étais craintif et j’étais un enfant sage. Alors il avait un archet de violon : une baguette, sans les fils, rien que la baguette. Et quand quelqu’un faisait une bêtise « allez, mets ta main là », et « pan ». (Rire)

Ah là là ! Monsieur Pons il s’appelait, Pons. Et c’était sa dernière d’année, il a pris sa retraite l’année où j’ai eu mon certificat d’étude. C’était donc en 1928.
C’était une petite école de campagne, l’instituteur était aussi le secrétaire de mairie. C’était après la guerre, c’était tout récent. Je me souviens au moins une année, quand il faisait son petit speech devant le monument aux morts, alors il y avait les enfants de l’école, il y a avait quelques personnes aussi. Je me souviens pas intégralement… : « voici exactement d’où aujourd’hui fut tiré le dernier coup de canon de la dernière des guerres ». Pauvre homme !! Il le croyait. Et quelques années après, on a vu que Hitler et Mussolini préparaient la seconde guerre mondiale. Pauvre homme.
Il avait deux fils qui avaient été mobilisés. Les deux sont revenus. Il y en a eu aucun de mort. Un était aviateur, et je ne me souviens pas bien, mais je pense qu’ils ont été mobilisés à la fin quoi. Et alors ils ont été bons pour l’occupation.
Pauvre Pons. Et moi qui étais craintif, je ne me suis jamais fait prendre. Et aussi il me connaissait, il n’a jamais pris de baguette pour moi.

Comme il y a des choses, des bêtises qui me reviennent ! On était deux par table, et alors, l’instituteur questionnait sur l’histoire, un peu avant la révolution quand ça commençait en 89 à s’agiter :
« La nuit du 4 août, qu’est-ce que c’est ? » Alors il y en avait un qui ne savait pas. Alors on lui souffle derrière : « l’abandon des privilèges ». Il répond donc: « ah oui monsieur, l’abandon du prix du linge !» (Rires)Tu parles, il y a 80 ans… Je ne me souviens pas s’il n’avait pas gagné un peu de bambou. Autrement, on avait du résultat. Il n’y avait pas d’illettrés comme maintenant, hein.

D’abord, moi, j’étais à 4 km de Clairac, à la première ferme de mes parents. Il fallait y aller à pied : il n’y avait pas de ramassage. Ma sœur Hélène, qui avait un vélo m’a porté pendant un moment, et on mangeait à l’école. Pauvre Hélène, c’est elle qui avait 4 ans de plus que moi.
Ah oui, ce que je voulais dire : comme l’école était loin, ma maman m’avait acheté l’alphabet d’autrefois avec les lettres, et à la fin du premier volume, il y a avait les syllabes. Le second livre s’appelait « la vache CHE ». Et ben, je suis allé à l’école, à 6 ans et demi, si ce n’est pas davantage, je savais lire. Je savais mieux lire en étant resté à la maison jusqu’à 6 ans, que ici lorsqu’on est au CP.J’ai l’impression, qu’il y a des carences maintenant. C’était quelque chose de solide ça, la méthode syllabique.

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