Je suis née à Bilhères-en-Ossau dans la Vallée d’Ossau.

Un témoignage de Marie DUSSAU,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

Enfance
On était 8 enfants, je suis la huitième. Et les allocations ne tombaient pas à l'époque, peut être juste une aide de la mairie mais c'est tout! Mon père travaillait dans une carrière. Ma mère tenait un café et les gens venaient manger des fois chez nous car on y faisait restaurant aussi. Les gens ne faisait pas de ski à Bilhères-en-Ossau ça coûte cher, mais il y avait beaucoup de skieurs qui venaient. On était la première maison du village. On servait des choses simples, des fois on faisait une omelette, une petite salade.... Ils aimaient le jambon et le fromage du pays, ils étaient contents oui! Les gens venaient aussi pour jouer aux cartes. De temps en temps, il fallait faire attention parce qu'on avait l'autorisation d'ouvrir le café jusqu'à minuit, et les gendarmes passaient en douce parfois pour vérifier. Ils étaient à vélo, ils n'avaient pas de voitures à l'époque. Je me rappelle un soir il y avait du monde, je ne dormais pas et j'ai vu arriver les gendarmes, j'ai été avertir ma mère; alors elle a mis tout le monde dans la cave et ils n'ont rien vu, heureusement sinon ils nous auraient mis un PV! C'était un village où il y avait beaucoup d'enfants. Il y avait 4 écoles! Du cours préparatoire au collège. Je suis restée à l'école jusqu'au certificat d'études. On a eu des portes plumes puis après des stylos. A la récréation, on jouait à cache-cache, je me rappelle une fois je me suis cachée dans l'église dans l'escalier qui monte au clocher. La maîtresse était venue pour me chercher, mais elle ne m'y a pas vu heureusement! On allait voler des pommes aussi à une femme râleuse qui ne voulait jamais nous en donner. J'aimais bien ce village, tout le monde se connaissait, tout le monde s'aidait.
Premier travail
Quand j'ai perdu ma mère, je suis allée chez une sœur, elle était très gentille mais un peu carrée, il fallait ranger! Elle venait voir si j'avais bien fait mon lit, ouh ça m'énervait! Je suis restée 4 ans à travailler dans une famille. C'était une famille de 5 enfants et je m'occupais surtout de deux petites jumelles. Je dormais dans leur chambre, je les levais, je les baignais, je les ai eues à 2 mois et je les ai laissées quand elles avaient 2 ans et demi. Leur mère s'en allait tout le temps. Il y avait la cuisinière et moi la gouvernante. Les parents étaient riches et ils profitaient de la vie. Elles étaient attachées à moi, plus qu'à leur mère. Je les ai toujours regrettées. Les petites m'ont fait rester longtemps mais à la déclaration de guerre je suis partie. On avait dit la veille que les Allemands étaient en route pour la France. J'ai pris le train je me rappelle alors qu'ils étaient déjà rentrés dans le nord de la France, j'ai eu peur de ne pas pouvoir rentrer à Pau. La famille voulait que je revienne à Paris, mais je n'ai pas voulu.
La Guerre
Je suis donc revenue sur Pau à la déclaration de guerre. Pendant la guerre, quand on entendait les sirènes, on se mettait dans les abris, dans les caves, sous les maisons. Il y avait aussi un abri un peu plus loin, si on avait le temps on y allait, mais quand on ne l'avait pas on restait là. Quand j'entendais tomber les bombes j'avais très peur. C'était dur. Il y avait beaucoup de gens qui passaient en Espagne. Le couvre feu était à 20h, il fallait fermer les volets, les lumières, tout! Parce que si les avions venaient ils nous bombardaient. Il y avait des cartes pour le pain, pour tout... Nous à la campagne on pouvait se ravitailler un peu, mais ceux qui étaient à la ville, ils crevaient de faim. Les Allemands sont venus jusqu'à chez moi. J'espère qu'ils ne reviendront pas. Quand je suis allée en Allemagne plus tard pour voir ma fille, ils étaient charmants et très gentils avec les Français.
La vie de Famille
Au bal on allait chez Muriene autrefois, c'est au fond de la rue du XIV Juillet. On s'amusait bien. Il y avait l'accordéon, le violon, le violoncelle, c'était bien, il y avait une bonne ambiance. J'y allais le dimanche, dans l'après midi. Il y avait beaucoup de jeunes qui venaient, il y avait aussi des bagarres parfois mais le père Briene qui était grand et costaud se chargeait de mettre les bagarreurs dehors! J'avais une amie de ma sœur qui fréquentait un jeune homme, on sortait ensemble au bal. Mon mari était le frère de ce jeune homme, c'est comme ça que je l'ai rencontré.
On a habité à Billère à coté de Pau, pas Bilhères en Ossau! On était heureux on s'entendait bien, il avait un beau métier, il était comptable agricole. Moi, j'ai travaillé aux établissements Cousteres, on faisait des chaussures, des pantoufles. J'y étais ouvrière, c'était une grande usine. J'étais une piqueuse, je faisais surtout les semelles. Après j'ai travaillé pour une doctoresse, le matin je lui faisais le ménage, je prenais les rendez vous et l'après midi j'ouvrais la porte pour recevoir les clients. J'ai eu deux filles, l'une vit ici, l'autre est à Toulouse. Pour les vacances on avait acheté un logement à Seignosse dans les Landes, on allait là bas. La plage était un peu dangereuse, il fallait faire attention mais c'était bien là bas, c'était le bon temps!
C'était bien toutes ces époques, maintenant je suis ici vous voyez, je serai bien repartie à Bilhères en Ossau, je regrette ce village mais que voulez vous ! Si ça se trouve tout a changé là bas, je ne le saurai pas.

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