J’étais cordonnier

Un témoignage de René GIORLA,
né(e) le 14 mars 1918
Mémoire recueillie à

Au moment de la guerre j’étais en Italie à Buisseratte, pas loin de Grenoble. Près de nous, il y avait la gare de Triage, vers midi il y eut 5 avions qui venaient d’Afrique du Nord pour la bombarder car les allemands s’en servaient d’entrepôt pour leurs marchandises. La gare se situait à quelques mètres de notre village, qui a alors été touché.

Près de notre maison il y avait un petit abri avec une porte en fer, verrouillée par un cadenas, à ce moment là j’étais avec mon neveu, ma mère et mon père. Lorsque nous avons entendu l’alerte aux bombardements nous avons voulu entrer dans l’abri et par chance une pierre fut projetée par une bombe et coupa le cadenas, la porte s’ouvra et nous sommes vite entrés pour nous protéger. Les bombes tombaient … Au bout d’un quart d’heure on a pu enfin sortir, le plafond de notre maison avait été détruit, je me souviens qu’il y avait beaucoup de fumée. Derrière la maison, la rue où se trouvaient les petits commerces, comme la mercerie ou la boulangerie, fut beaucoup touchée par les bombes. C’est ici que l’on a dénombré le plus de victimes, 5 à 7 morts dont la boulangère et sa fille. Et ce chemin est désormais appelée le 26 mai 1944, en mémoire à ce qui s’y est passé.

J’avais 27 ans en 1945. Durant la Guerre, je suis resté avec ma famille car étant Italien nous avions le droit de rester en France, on était considéré comme neutre. Je travaillais avec mon père à la Cordonnerie. Un ami de mon père lui avait laissé son magasin. Mon père avait donc repris le magasin de cordonnerie, et il y avait une cliente que j’ai beaucoup aimée. Je me suis marié avec elle en 1945 et nous avons eu une fille en 1946 et un garçon en 1955.

Pour manger on avait des tickets de rationnement, on ne souffrait pas de faim, je connaissais l’épicière, elle nous donnait des tickets au marché noir donc nous avions un peu plus…

Le soir on avait des couvres feux à 20h en principe, car sinon on risquait d’avoir des bombes. Pour se protéger les gens allaient dans les caves ou encore dans le grand château du village, ils s’y réfugiaient le soir car le patron, le comte de Vilnoise, n’y vivait que l’été.
Il était interdit d’avoir des moyens de communications alors en douce on écoutait la radio. « Ici Londres, les français parlent aux français … »

A la fin de la Guerre, on n’a pas vu d’Américains, ils étaient à Voreppe à 10 kms d’où je vivais.

Je suis allé à l’école en Italie, à 6 ans. En classe élémentaire on m’a proposé de choisir une langue, soit allemand soit français ou espagnol. Pendant une année j’ai étudié le français et c’est comme cela que j’ai appris à le parler un peu. Il me restait 2 années à suivre mais mon père n’était pas assez riche pour me permettre de l’apprendre davantage.
Lorsque j’avais 14 ans on est venu en France, et mon père ne connaissait pas un mot, donc je lui apprenais un peu … Mais il n’arrivait pas à écrire.
Etant jeune, lorsque j’ai eu terminé l’école, j’étais apprenti cycliste, j’ai alors fait le tour de Grenoble et personne n’a voulu me prendre. Mon père m’a demandé de travailler avec lui et il m’a appris le métier de Cordonnier. Au bout de 3 ou 4 années j’ai obtenu le CAP de Cordonnier.
Après la Cordonnerie je suis entré à l’usine et j’y ai été plongeur pendant 19 ans. On faisait la vaisselle donc, au départ tout à la main, puis après on utilisait des machines à laver, ça prenait beaucoup moins de temps. Ca me plaisait. Je n’ai jamais pris de vacances de toute ma carrière alors que j’aurai pu. »


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