J’étais infirmière à la SNCF

Un témoignage de Edith MONTCHAUD,
né(e) le 30 août 1922
Mémoire recueillie à

« J’avais 18 ans pendant la Guerre, on habitait Saint Mandès. J’allais au lycée de Vincennes à vélo en traversant le bois.

Au moment de la déclaration de la guerre nous étions en vacances à Montélimar car nous sommes tous nés là bas, et c’est comme cela qu’on l’a appris, on a été surpris. Mon père travaillait à la SNCF, il faisait les électrifications Paris/Lyon/Marseille. Après l’annonce on est alors reparti à Paris. Nous y sommes restés jusqu’en 1941 puis nous sommes allés à Lyon.

J’avais mon projet pour l’après bac, l’envie de faire les beaux arts, enfin c’était plutôt pour mon plaisir à ce moment là, mais avec la Guerre il n’en était pas question... On était jeunes et on ne se rendait pas vraiment compte de la Guerre. Je me souviens de la première rafle en 1941, avec les juifs à Lyon, c’était difficile… J’étais en école d’infirmière à ce moment là et j’ai fait de la résistance, je portais des trucs dans mon sac, des messages, mais je n’avais pas peur. Je ne réalisais pas vraiment le danger que représentaient les allemands. C’était un cheminot qui me donnait ce que je devais transporter sur les vélos. J’ai eu peur une fois, quand j’ai dû récupérer deux enfants juifs au Mont d’Or pour les emmener en lieu sûr, on a entendu les voitures allemandes qui approchaient, on s’est alors caché. Une fois aussi on était monté à la Croix Rousse pour porter des messages et arrivé là bas, il y avait des voitures allemandes, on a alors dû faire demi-tour. C’était le jour de l’arrestation de Jean Moulin.

Pour manger pendant la Guerre on avait des rations et des tickets, on a été privé mais on était jeune, ce n’était pas un problème. On faisait la queue à 5h du matin pour s’approvisionner.

Le jour de la libération, j’allais prendre mes cours d’infirmière et j’ai été place Bellecour pour voir tout le monde. Un soldat m’a attrapé sur un char Américain pour faire le tour de la place. Ils nous donnaient des bas de soie, des chewing-gums… C’était les premiers que l’on mangeait. Nous étions jeunes.

Je suis allée à l’école à 5 ans, j’ai tout le temps déménagé durant ma jeunesse, Langogne, Orange, Valence à cause du travail de mon père…
J’étais paresseuse à l’école, quand on m’interrogeait la première j’avais zéro, mais si on m’interrogeait en deuxième je savais tout! On était une vingtaine par classe dans une école non mixte. Après j’étais au Collège à Valence pour entrer en seconde et j’ai passé mon brevet.

A l’école j’étais polissonne, je n’avais pas de matière préférée. En primaire, on me punissait toujours sur l’estrade, derrière les maitresses, car je bavardais beaucoup. On ne portait pas d’uniforme, ce n’était pas une école religieuse. Pendant la récréation je m’amusais à la marelle, aux billes.

J’ai passé mon certificat d’études et mon brevet à Valence, le bac (philo et maths) à Paris. J’ai fait une école supérieure à Valence à l’âge de 12 ans.
On n’a même pas passé le bac car le jour du bac c’est l’entrée des allemands à Paris, le jour de l’occupation en 1940. Du coup j’ai passé le bac en septembre et je l’ai obtenu.

Au lycée, je me souviens d’une copine que j’avais, Georgette Tores et Lucie Obraque il y avait aussi Anne Franck qui nous avait expliqué que ses parents avaient été emmenés et la semaine suivante on ne l’a plus vu. Je ne sortais pas, je n’allais pas dansé mais j’allais surtout vers Saint Germain pour voir Sartre, Arletiz …

Etant fille unique mon souhait était de me marier pour avoir des enfants. Je me suis donc mariée en 1945, j’ai eu 4 enfants et en 1956 mon mari m’a quitté.

Mon mari était en deuxième année d’étude de médecine lorsque l’on s’est marié. Il a terminé ses études en 1949 et on s’est installé en 1950.

Dans mon métier d’infirmière, ce qui m’a plu c’est les soins, le contact avec les gens, c’est ce qui m’a sauvé parce que lorsque mon mari est parti j’avais 4 enfants à élever. J’ai trouvé un poste sur Grenoble en 1957. Je travaillais à la SNCF, le service médical était important car les cheminots n’avaient pas le droit de libre choix, il n’y avait que deux médecins, et ils étaient obligés d’aller voir ces médecins là. Pour la plupart c’était des soins, des petites chirurgies, et on faisait venir des spécialistes deux fois par semaine. En 1960, j’ai rencontré un homme qui est devenu mon second mari. J’ai travaillé jusqu’en 1975. Ca n’a pas été dur d’arrêter de travailler car j’avais pris ma retraite en même temps que mon compagnon. Quelques temps après, nous nous étions installé à la campagne et il a eu un accident terrible.
Six mois plus tard, étant seule j’ai repris la profession et je me suis installée comme infirmière libérale… »


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