Jules Ferry

Un témoignage de Denise Arnould,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à


- J’ai une petite histoire à vous raconter avec Jules Ferry. Un jour, la directrice m’a mis un zéro en écriture hors j’étais plutôt étonnée parce que j’écrivais bien. Une inspectrice est venue et m’a dit « Qu’est ce qui se passe avec ce zéro ? Vous voulez bien m’écrire ? ». Puis j’ai écrit et elle m’a dit que j’écrivais bien pourtant. Alors je lui ai répondu que « c’était de la faute à Jules Ferry ».


En effet, j'avais laissé tomber ma plume. C’était des plumes sergent major, elles étaient fendues au milieu pour donner plus de souplesse à l’écriture, c’était des plumes larges. Comme ma plume était tombée, ça faisait une séparation, et quand j’écrivais il y avait deux lettres au lieu d’une. J’ai été voir la directrice pour lui montrer et elle m’a répondu : « Je t’en ai donné une il n’y a pas longtemps, tu demanderas à ton père ! »


Mais mon père m’a dit « Non, non, non, Jules Ferry a dit que l'instruction était gratuite, alors je ne donnerais rien ! » et il ne m’a donc rien donné.


Je suis restée un bon moment avec cette écriture et c’est donc pour ça que j’étais la dernière de la classe.


J’étais une élève studieuse mais ça avait du mal à rentrer. Ma sœur par contre apprenait beaucoup plus vite.


Je me souviens aussi d’une chose : les 11 Novembre, on allait aux monuments aux morts. Les monuments aux morts, il y en avait dans tous les villages. On habitait dans un petit village à Clayes sous-bois, il y avait 500 habitants. »


Et par rapport aux monuments aux morts ?


-« Une fois par an, c’est le directeur qui nous prenait en charge. C’est le seul moment où on allait chez les garçons. On allait répéter un chant pour chanter aux monuments. On avait appris un chant et moi j’étais galvanisée parce que je trouvais les paroles belles. Le directeur battait la mesure au départ puis on partait, garçons et filles, et je le trouvais très pale j’avais peur qu’il tombe. Je pense qu’il avait fait la guerre.


Il était très ému. Ce chant, je le connais par cœur. »


Et ça commençait comment ?


-« Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie ». Il nous avait proposé de chanter autre chose, si on trouvait un chant plus beau que celui-là... Mais on n’en a pas trouvé. « Pieusement », ça ne lui plaisait pas, il était athée. Ça ne lui plaisait pas non plus que ça soit sur la place de l’Eglise. Il remplissait son devoir vis-à-vis de ceux qui étaient morts ; lui, il s’en était sorti. Je pense qu’il avait fait la guerre pour être aussi pale quand il chantait ça.


« Ce qui pieusement sont mort pour la patrie ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie. Leur nom est le plus beau. Toute gloire passe près d’eux et tombe éphémère. Et comme ferait une mère, la voix d’un peuple entier les berce en leur tombeau. »


Le refrain c’était : « Gloire à notre France éternelle, gloire à ceux qui sont morts pour elle, aux martyrs, aux vaillants, aux forts, à ceux qu’enflamment leur exemple, qui veulent place dans le temple, (il a essayé de changer le mot mais il n’en trouvait pas de mieux) et qui mourront comme ils sont morts. »


Ça, on le chantait tous les ans parce qu’on avait beaucoup de patriotisme. Ça voulait dire quelque chose pour nous. »


Quelle était votre matière préférée à l’école ?


-« Le français, la dictée, je n’étais pas mauvaise, la conjugaison, et puis trouver des mots nouveaux. »


L’école ça vous a permis d’apprendre plein de mots, plein de vocabulaire ?


-« Oui, c’est ça qui me plaisait. Sur l’école je ne me souviens pas d’autre chose. Si, il y en avait une elle s’appelait Madeleine, elle avait un an de moins et elle était toujours première. Sa maman était dans une ferme et elle était veuve, on ne rentrait jamais dans cette ferme-là. Un jour, je crois qu’on avait passé le certificat d’études et Madeleine on ne l’a pas revu.


C’est sa maman qui a dit « Madeleine elle a fauté, elle ne continuera pas ses études, elle va être dans la ferme. » Cette femme qui buvait et qui était toute seule avait appelé un neveu qui avait à peu près le même âge que Madeleine et ils ont fait un enfant. La directrice avait pleins d’idées pour elle, elle l’aurait aidée et guidée. C’était la meilleure de la classe, d’une intelligence rare, elle avait passé son certificat d’études avec mention. »



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