J’y ai passé de bons moments sur mon piano et je ne voyais pas le temps passer.

Un témoignage de Jeanne Madeleine ARNOUX,
né(e) le 29 août 1923
Mémoire recueillie à

La vie de famille
J'ai rencontré mon mari en vacances car nous avions des cabanons voisins sur la même plage. Lui et ses parents, qui étaient dans la campagne, avaient d'abord une grande guitoune et puis ils ont acheté un bout de terrain. Ils se sont fait une petite maison et nous, nous avions un bout de terrain où les parents avaient fait construire une maison aussi. Tous les étés dès que les beaux jours arrivaient, quand on en avait l'occasion, on allait passer la journée à la maison et un mois au moins dans l'été pendant les congés de papa on allait toute la journée à la plage. Puis la guerre est arrivé on n’avait pas le droit à beaucoup d'essence alors on avait des vélos. On faisait la navette entre Rabat et Taza. Il y avait une dizaine de kilomètres qu'on faisait en vélo et on faisait les courses avec ma sœur. Le vélo c'est agréable!! Notre cabanon était un peu en retrait sur la colline et avec ses parents ils sont venus s'installer dans leur guitoune largement confortable. Ils venaient après les moissons et avant les vendanges. Nous avions souvent des visites vu qu'on était du coin, on connaissait du monde. Je parlais un petit peu marocain j'ai jamais appris comme il faut. Je me suis mariée avec M Arnoux et nous avons eu 5 enfants 4 garçons et une fille. La fille c'est celle que je vois le plus souvent, Philipe aussi vient souvent, Thierry c'est plus difficile parce que d'abord il est à Dax, maintenant il est à la retraite et Robert il est partit dans un accident de voiture. Lorsqu'ils ont repris les propriétés au Maroc nous avons aménagé en Ariège ou nous avions une propriété qui s'appelait Le Roubi.
La cuisine
J'ai exercé le métier de monitrice d'enseignement ménager dans une école qui se montait. Je donnais des cours de cuisine, mais il y avait des cours de couture aussi. Je me souviendrais toujours d'un truc marrant avec deux gamines, je ne me rappelle plus ce qu'elles devaient faire, mais une des deux appelle sa copine et lui dit « Tiens-moi la queue que je remue » elle parlait de la casserole. J'avais trouvé ça marrant mais c'était des gamines qui devaient avoir 8 ou 9 ans. L'école dans laquelle j'enseignais n'a pas tenu non plus mais je vous parle de cela il y a bien longtemps. A la maison ont était des bonnes cuisinières. Ma grand-mère cuisinait parfaitement bien et ma mère aussi. Et moi en plus j'avais fait l'école ménagère, j'avais appris des tours de cuisine. Question cuisine à la maison il n'y a pas de problèmes. Je ne me rappelle pas avoir appris à cuisiner à ma fille, si elle a appris c'est a coté de moi à me voir faire. J'aimais cuisiner tout les plats, la curiosité fait que j'aimais bien varié. Ce que j'aimais beaucoup cuisiner c'est la pâtisserie car on peu manger une grande grande variété et pour le bec c'est bien. Tous les ans c'était la bûche de noël que je faisais, un biscuit de Savoie pas trop épais et je le roulais dans un torchon et après je le garnissais de crème de marron ou de confiture et après on faisait des tranches. Grâce à mon métier j'ai pas mal de bonnes petites recettes enfin maintenant pour les manger c'est une autre histoire!!
Les bals et la musique
Quand j'étais jeune j'allais souvent au bal, là ou j'habitais c'était tous les samedis soirs et il y avait un petit orchestre et on dansait sur la place. Venait qui voulait. Il y avait des bals pour le jour de l'an, j'aimais bien danser et chaque fois que j'en avais l'occasion je ne la manquais pas. Puis je vous dirais que je jouais du piano et j'y passais quand même pas mal de temps. Une fois il y avait un petit cavalier qui dansait avec ma sœur et il y a une dame qui m'a dit : « Allez danser je vais tenir le piano » et ma sœur et son cavalier disaient quand c'est la jeune encore ça va mais quand c'est la vieille!!! J'y ai passé de bons moments sur mon piano et je ne voyais pas le temps passer. J'ai pris des cours au conservatoire à Casablanca et puis après je suis allée à Rabat parce que j'ai passée toute ma jeunesse au Maroc. A Rabat j'étais dans les classes supérieures et tous les trimestres on donnait un petit concert alors selon les classes il y avait du piano, du violon il y avait de la flûte de la clarinette. Les petits jouaient un dimanche et les grands le dimanche suivant. J'aimais jouer du piano pour faire danser les autres quand j'y repense quelques fois je me dis quand même tu as bien perdu... Et si je me remettais devant un piano j'y arriverais quand même mais... Et puis il y a tellement de nouvelles musiques!!! Je ne pense pas qu'il y ai de bal comme autrefois, quand j'allais danser il y avait des bals de, comment dire, de société c'est à dire que les gens venaient en fonction de leurs métiers. Il y avait le bal des médaillés militaires qu'ils faisaient tous les ans. Puis il y avait tous les samedis le bal sur la place publique tout le monde pouvaient venir et puis après il y avait les surprises party avec la famille et les amis. Toujours on trouve une occasion de danser! Maintenant je ne sais plus ce qui se danse mais la valse doit toujours se danser. Nous on dansait la valse le Tango et après il y a eu le Rock&Roll. Les jeunes ne dansent plus à deux mais puisque c'est la jeunesse et que ça lui plaît!! C'est désagréable, les jeunes ne savent plus s'amuser!! Moi j'aimais passer du temps sur mon piano j'aimais faire danser les gens.
Souvenirs d'École
Je suis née au Maroc le 29 août 1923 ou j'ai passé mon certificat d'étude chez les religieuses. J'aurais voulu travailler dans l'enseignement mais mes parents voulaient que je continue mes études. J'ai obtenu la première partie de mon bac mais pas la seconde parce que j'ai fait philosophie et ça n'a pas marché. A l'école j'étais très bonne en math et les sciences j'aimais bien, le français j'avais un peu de difficultés parce que disons, on ne faisait pas toujours très attention. Dans la cour de récréation on nous reprochait souvent de ne pas nous amuser. Cela durait qu'un quart d'heure et encore le quart d'heure était raccourci le temps de sortir et de se remettre en rang pour rentrer...oh le quart d'heure était vite passé! Souvent il y en avait qui jouaient à cache-cache, à la marelle, aux osselets, on ne jouait pas au cerceau parce qu'on était nombreux dans la cour et qu'il n'y avait pas de place. On n’est pas souvent partis avec l'école juste deux fois, une fois avec le patronage chaque fois c'était rudimentaire. J'ai pas de souvenirs vraiment marquants de ces voyages si ce n'est quelques fois les promenades alors là on voyait pas mal de choses qu’on ne voyait pas tout les jours. Vous savez que ça fait bien longtemps! J'ai toujours voulu travailler dans l'enseignement je ne sais pas si j'aurais réussi mais ce qui me plaît beaucoup dans l'enseignement c'est de voir des jeunes s'intéresser à ce que je leurs dit et le retenir. Il faut des enseignants passionnés parce que quand un enseignant est doué je vous assure qu'on fait plus de progrès! Une fois j'ai pris une taloche par la maîtresse c'était une dictée j'étais plutôt bonne. La maîtresse était resté à coté de moi elle répétait la même chose et moi j'avais une faute d'orthographe que je n'avais pas vu. Elle m'a donné une tape sur la tête et comme par hasard j'ai vu la faute! Vous voyez il y a combien d'année et je m'en souviens encore, je devais avoir 8 ou 9 ans ça veut dire que ça fait un moment! D'ailleurs c'est la seule qui m'ait donné une tape. Il fallait vraiment que la maîtresse soit nerveuse ou que l'élève soit bouché ou de mauvaise volonté parce que vous en aviez quelques unes qui étaient assises à leurs tables elles disaient « Ben je ne sais pas » elles ne bougeaient pas mais elles n’écoutaient pas, elles rêvassaient à Dieu sait quoi. Si je devais croiser une personne qui veux être enseignante je lui conseillerais de le faire parce qu'il y en a qui ont le don de communication. Alors si c'est des littéraires ça va tout seul et si c'est des matheux ça va tout seul dans leurs secteurs après plus ou moins c'est selon leurs caractères! Je me rappelle d'un professeur il faisait son cours mais vous sentiez qu'il était vraiment dans son cours. On aurait pu chahuter peut être qu'il n'aurait pas accepté mais ça ne le dérangeait pas si vous ne suiviez pas ou que vous étiez dans la lune. Il faisait quelque chose pour vous remettre les pieds sur terre mais autrement non et pourtant j'en ai vu des professeurs! Il y en avait qui avait une patience remarquable et tant que l'élève n'avait pas répondu et pensait qu'il avait compris il se débrouillait pour le sollicité tout le temps du cours. Alors s’il avait envie de regarder par la fenêtre. Une fois ça m'est arrivée nous avions les classes avec des grandes grandes fenêtres qui donnaient sur le jardin de l'école, c'était un grand jardin où il y avait beaucoup de sapins. Et un jour j'entends « vous les attraperez pas tous », j'étais toute surprise parce que je regardais il devait y avoir des papillons ça m'a remis les pieds sur terre. J'avais été attrapé, ce n’était vraiment pas voulu parce que quand même je n’étais pas une mauvaise élève. J'avais aimé la façon dont il m'avait repris.

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