La débâcle

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

PRADEL Claude Anonyme 2 bordeaux – La débâcle
Je suis née en 1922 dans la banlieue de Lyon. Enfance heureuse dans une famille unie, respectée et très généreuse.
A mes 16 ans en 1938, on avait peur de la guerre, avec mes copains qui sont partis et qui ne sont pas revenus, et à 16 ans, quand on vous dit qu'il y a la guerre autour de vous, ce n’est pas très marrant. On n'avait pas la vie que vous avez maintenant, on n'était pas libres, nos parents nous surveillaient beaucoup.
En 1939, la déclaration de guerre, tous les hommes partent. Les gens qui voulaient chasser les Allemands s'engageaient, même les jeunes de mon âge; mes camarades ne revenaient pas, soit ils étaient tués, soit ils étaient dans les camps.
En 1940, là où j'habitais, on était bombardés par les Allemands, c'était la débâcle, des millions de personnes fuyaient.
A partir du 10 mai 1940, la ville était un peu détruite, les jeunes dans les mouvements, on venait en aide à ceux qui étaient sous les décombres, mais à 18 ans, on ne sait pas grand chose de la vie, et on n'était pas formés pour tout ça!
On a été sauvé certaines personnes, on a apporté de la soupe populaire aux gens qui n'avaient plus rien, on est partis en guerre sans rien, devant des allemands bien équipés.
A partir de 1942, pendant des années on était bombardés toutes les nuits, surtout par les Anglais. On partait avec une petite valise, les papiers et l'objet le plus précieux étaient dedans, des chaussures en bois avec des talons hauts, et on se réfugiait dans les tunnels. La journée, on était un peu livides.
Après 1940, la vie était difficile car il n'y avait plus rien, les gens ne travaillaient plus. Le 18 novembre 1942, on était occupés par les allemands, il y avait une ligne de démarcation, qui faisait à peu près le trajet de la Loire. Mon oncle vivait à la campagne et il nous aidait pour la nourriture. Je ne me rappelle pas à quel moment on a mis les tickets de rationnement (le J1, J2, J3 suivant l'âge). On avait droit à 60 ou 70 grammes de pain par jour, il fallait faire une queue énorme chez le boulanger; il y avait aussi du fromage blanc et du lait de la laitière; le yaourt, on ne connaissait pas. Certaines personnes gardaient, vendaient ces tickets, elles faisaient du "marché noir". On avait faim et on recevait de mauvaises nouvelles, les hommes étaient dans les flags et les « stalagues » en Allemagne, on n’avait pas de lettres, ni de nouvelles, les lettres étaient écrites d'avance, ils n'avaient plus qu'à rajouter les noms.
En 1943 - 1944, on avait tous des Allemands à sa porte, un peu moins dans les campagnes. Couvre feu le soir à 19h ou 20h, donc pas de sorties, les seules promenades se faisaient en fin de semaine, en vélo, à travers la campagne environnante pour rapporter quelques fois, des petits pots de beurre, des œufs et quelques légumes ou fruits. On faisait des virées de 80 à 100 kilomètres en respectant tous les interdits.
En mai 1944, on sent la fin. La résistance accueille de plus en plus de jeunes qui attendent le débarquement, qui à lieu le 6 juin 1944. Les Allemands commencent à se rapprocher de chez eux, mais sont de plus en plus féroces! Pour se replier ils prennent tout ce qui roule et ne supportent pas qu'on leur résiste (pour un allemand tué, on fusille 5 ou 10 innocents).

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