« La guerre c’est la pire des choses qui puisse exister… »

Un témoignage de Simonne FONTAINE,
né(e) le 13 mars 1922
Mémoire recueillie à


Il l'a fait toute entière cette guerre mon mari. Il a été prisonnier 5 ans quand même pendant la guerre 39. Tous les Français ont été arrêtés et emmenés en Allemagne. Ils ont travaillé à la mine.


-Comment faisiez-vous pendant ce temps-là?


-J'étais seule avec mes 3 enfants, j'ai élevé mes enfants, j'ai travaillé.


-Et comment ça se passait pendant la guerre, ce n’était pas trop difficile de trouver de quoi manger?


-Ah si c'était difficile d'en trouver mais on avait quand même des terrains donc on pouvait cultiver.


Sinon on serait mort de faim. On cultivait des pommes de terre surtout, c'était notre nourriture principale. Fallait pas être difficile pendant la guerre et puis fallait pas se stresser tout le temps, fallait penser aux enfants. Mon mari est revenu au bout de 5 ans. 5ans c'était long !


J'habitais Massy, j'ai toujours habité Massy, c'est ma ville, d'ailleurs ce n’était pas comme c'est maintenant, c'était que des champs!


On arrivait à voir des bombes qui allaient passer sur nous mais elles tombaient à côté. Ça tombait rarement sur nous, on pouvait se garer. Parce que vous savez, une bombe qui tombe c'est terrible. Vous la voyez partir vous croyez que c'est petit mais quand ça arrive sur vous c'est immense. Il ne faut surtout pas avoir peur. Il fallait se sauver le plus vite possible pour les éviter. Vous savez quand on a 20ans on n’est pas trouillard.


-Et vous avez cru du début à la fin que vous pourriez retrouver votre mari?


-On n’était pas sûr. On s'écrivait mais c'était tout. On n’avait pas le droit de marquer grand-chose: « les enfants vont bien, je vais bien », c'est tout. On n’avait pas le droit de marquer quoi que ce soit sinon on était arrêté.


On essayait de donner à manger aux gens qui n’en avait pas. Parce qu’on avait les juifs. Et les Allemands, ils ne les aimaient pas et ces gens-là, ils étaient dans des caves avec des enfants. Fallait leur porter à manger mais fallait jamais passer par la même route. J'allais apporter à manger avec mon vélo. Les Allemands nous suivaient, ils nous demandaient où on allait! Ils nous disaient « halte! » Si on ne s'arrêtait pas, ils nous tiraient dessus. Moi, je disais que j'allais me promener. Toute la guerre j'ai fait le trajet avec mon vélo. Si on causait fallait faire attention à ce que l'on disait si on ne voulait pas être arrêté.


On était des femmes, on avait plus de chance que les hommes. Parce que les hommes, ils les arrêtaient...Nous les femmes on essayait de s'arranger pour ne pas qu’ils nous manquent de respect. La vie était dure, fallait avoir du cran. Quand la guerre a été déclarée, j'étais jeune, j'avais 20 ans, je vivais chez mes parents avec mes enfants.


Moi, malgré tout, j'ai eu de la chance, un Allemand m’a sauvé, un Allemand!!! Parce qu’eux faisaient des trous tous les 15 mètres et ils se cachaient dans les trous. Et, j'arrivais au moment où les bombes tombaient et un Allemand m’a attrapé les jambes. S’il ne m’avait pas mise dans le trou, j'aurais été tuée, ça c'est sûr parce que la bombe est tombée à côté. Il y a eu un Allemand prévoyant, il a vu que je risquais ma vie, il m'a sauvé. Ce n’est pas pour ça que je les aimais. Pas plus avant qu'après.


On ne leur en voulait pas, pourquoi ils voulaient tous nous tués? Parce qu'on avait soutenu les juifs? On ne se débarrasse pas d'un peuple comme ça!


Il y a eu beaucoup de morts en 14, mais en 39 ça a été vraiment un désastre.


Les parents nous disaient « faut pas sortir, faut pas aller là, faut pas être dehors à cette heure-ci ». Tous les jours, il y avait l'ordre du couvre-feu, si vous étiez sorti, vous étiez arrêté. Moi j'ai été arrêtée une fois. On m’a emmenée à la kommandantur à Palaiseau et mes parents ne savaient pas où j'étais. J’ai dit à un Allemand qu'il fallait que je rentre, parce que j'étais malade! Ils ont fini par céder. En effet, je ne tenais pas debout. Ils m'ont ramenée, mais ça a été avec difficultés. Quand mes parents m'ont vue arriver, ils ont fait un « ouf » de soulagement, ils ne pensaient pas me revoir, parce qu'ils tuaient facilement.


-Et comment ça a été la fin de la guerre?


-Tout le monde s'est groupé sur Paris avec des défilés, ça c'était super, ça a été la libération, la délivrance. A Paris c'était beau, il y avait des drapeaux partout, c'était vraiment merveilleux. La haine était passée, les Allemands et les Français ne s'entendaient pas du tout, mais là on s'est plutôt donné la main. La guerre c'est la pire des choses qui puissent exister...



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