La jeunesse d’hier à aujourd’hui

Un témoignage de Pierre Riclet,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

Rapport avec les parents


« Avec les parents, j’avais de bonnes relations. Je suis allé à l’école et ensuite, en apprentissage. Après, j’ai presque plus vu personne. Avant, je les voyais toutes les semaines parce que je rentrais le samedi et je repartais le lundi. Il n’y avait pas de problème. Je suis parti en apprentissage, j’avais quinze ans. Je n’ai pas passé le certificat d’études parce que je suis parti trop tôt. J’en avais marre de l’école. Je suis parti avant. Ma mère m’a dit « tu ne veux pas aller à l’école ? Aller, au boulot ! ».


J’ai eu une éducation sévère. Mes parents étaient assez durs. Ils n’étaient pas méchants mais quand ils disaient quelque chose, ils aimaient bien que ça se fasse.


Le premier travail


Je voulais être boulanger. Ma mère m’a dit que je ne serai pas boulanger. Je serai comme mon grand-père. Je serai forgeron maréchal. A cette époque là, les parents c’était les parents. On ne pouvait rien dire. Je me suis retrouvé en apprentissage à Saint Laurent de la Plaine.


Mon premier travail, je l’ai obtenu parce que ma mère travaillait chez un grand marchand de bestiaux. Un jour, il dit à ma mère « votre fils, si vous voulez, je l’emmène. Il y a un gars qui cherche quelqu’un pour travailler ». Elle y a été. Ca a marché. Ils m’ont emmené à Saint Laurent et puis, on a discuté avec le bonhomme. Quand il m’a vu, il a voulu que je commence tout de suite. C’est un métier, il faut quand même être costaud. A l’époque, il y avait beaucoup de chevaux. J’aimais ça.


J’aimais être forgeron maréchal. Quand j’ai commencé à apprendre à forger des fers, j’aimais bien mon métier. Et puis, j’aimais beaucoup les bêtes. Les chevaux. On ne faisait pas que ça. On faisait de tout. On cerclait des barriques. J’ai tout fait à la main. J’ai un bon souvenir de ma jeunesse. Après, il y a eu la guerre.


Le service militaire


J’étais au Blanc pour mon service militaire. Je pensais que je serais fait prisonnier quand les allemands ont pris tout le reste de la France mais non. On s’est fait éjecter. Quand j’ai vu les allemands, j’ai eu peur quand même. On était des militaires. Ils m’ont pris juste une paire de chaussures neuves et un ceinturon neuf. Il y avait deux chars allemands de chaque coté de la caserne.Aujourd’hui, supprimer le service militaire, c’est pas tellement bien. Les jeunes, qu’est ce qu’ils vont faire ? On va les mettre où ? Ca permet de faire travailler un peu les jeunes. Ca me gêne. Dans le temps, on ne manquait pas de travail.


Le service de travail obligatoire


Un jour, j’ai été ramassé par la police française. J’ai été enfermé pendant une dizaine de jours et on a été en Allemagne. On était une dizaine. En 1944, le débarquement, il avait commencé. Pour le service du travail obligatoire. J’ai vu des choses que j’aurais peut être jamais vu de ma vie. J’y suis resté douze mois. On travaillait sur des ailes de V1. Des avions télécommandés. Il y avait personne dedans. Je travaillais avec le peintre. Je trempais dans un bac d’acétone. Le peintre les barbouillaient avec de la couleur argent. A la libération, on s’apprêtait à partir. Il m’a dit « ça m’embête. J’ai laissé des blancs de peintre tous neufs. » On est retourné les chercher. On arrive là bas. « Comment ça se fait que la machine est en haut ? ». Il était en bas. Il est monté sur l’estrade. Il a vu deux godasses qui dépassaient dans le bac d’acétone. Les russes qui avaient cravaté le directeur de l’usine, ils l’avaient mis dans le bac d’acétone. Quand on a vu ça, on s’est vite barré. Ca m’a fait drôle. On voit des choses des fois qui touchent comme ça.


Je suis rentré en France. C’est les américains qui nous rapatriaient par camion. J’ai repris le train en Belgique. On reprenait là où ça marchait. J’ai rencontré ma femme ensuite. Elle était en Bretagne. Elle allait à l’école. Les bombardements tombaient bien à Brest.


La famille


Mon fils a travaillé sept ans comme plombier, et un jour, ça l’a pris. Il s’est suicidé. Il avait été traumatisé par la mort de sa mère. Il a été pendant 24 ans, directeur à l’orphelinat de la police. Les filles, elles ne travaillent plus. Il y en a une qui est à Dreux. Elle ramassait de la camomille. L’accès aux études était plus facile avant. Mes enfants sont restés à l’école jusqu’à 16, 17 ans.


La jeunesse d’aujourd’hui


Mes enfants n’avaient pas trop de loisirs. Ils ne sortaient pas beaucoup, ils bricolaient… les jeunes qui font des études ne trouvent pas de travail après. La jeunesse de maintenant et de mon temps sont différentes. C’est plus dur maintenant. Il y en a beaucoup qui cherche du travail. Avant, on avait du travail, mais c’était plus manuel. Mon voisin qui est ébéniste ne se sert que de machines. C’est bien beau d’avoir des trucs comme ça, mais il y en a un petit peu de trop. Et ce n’est pas le tout d’avoir un travail. Il faut se loger aussi. Ce n’est pas évident !


Non, je n’avais pas d’à priori sur vous. Je trouve ça bien. Ça vous donne une idée sur ce qu’on vous dit. Moi, ce que je vous souhaite c’est de trouver un bon travail et de quoi vous loger.

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