La jeunesse d’hier à aujourd’hui

Un témoignage de Joseph B,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

La jeunesse


Je l’ai bien vécu, avec des moments difficiles, on était 5 dans la famille et je suis resté seul. J’ai vécu deux décès de mes frères qui avaient entre 14 et 15 ans donc c’était une jeunesse triste pour moi. Autrement, je suis né en campagne et mes parents travaillaient dans un château, une propriété.


L'école notre époque.


L'école à notre époque, plus en détail. Bah c'était au séminaire, tenu par des prêtres pour les garçons et par des religieuses pour les filles. Les écoles n'étaient pas mixtes, les garçons d'un côté et les filles de l'autre. C'était interdit, vous vous imaginez une fille avec un garçon, c'était impossible. Nous étions en internat, ça ne fait pas de mal ça par contre. A l'époque je n’aimais pas beaucoup l'école, l'internat un peu plus, mais ça nous aidait à tenir, nous débrouiller un peu. A 11 ans, je suis rentré dans un collège et comme j’étais mauvais élève, on m’a fait redoubler ma 6°. En 5° ça ne marchait pas bien et ensuite en 4° on m’a dit : il faut partir. Alors, je suis parti et forcément je me suis fait disputer par mes parents, parce que j’étais un mauvais élève, j’avais des mauvaises notes. Je suis sorti de l’école à 13 ans.


Le premier travail.


Il a fallu travailler, j’avais 14/15 ans, mon père m’a dit : allez hop, dans la propriété, il y a deux ou trois cents peupliers à élaguer, donc t’attrapes une échelle et une scie et tu vas élaguer les peupliers et j’ai fait ça tout l’hiver. C’est la première fois que j’ai travaillé, et bon après j’avais une cousine qui était boulangère à saint Florent, je me suis dit « ah je vais faire boulanger, pourquoi pas ? » J’ai donc fait un apprentissage et me voilà parti boulanger.


Difficile d’être accepté quand on est jeune


Ma jeunesse était assez dure quand même, parce qu’étant jeune, j’allais dans le bourg étant donné que le château était à trois kilomètres du bourg, à pied toujours, par tous les temps, c’était dur pour des enfants, mais on n’avait pas le choix. Je me rappelle quand j’étais au collège, j’ai été puni pendant les vacances, et bien ils m’ont gardé une journée de plus à l’école. Il fallait rentrer à la maison à pied. Je n’aimais pas du tout l’école. J’ai eu à faire à des intellectuels après, qui m’ont blessé, énormément et ça m’a marqué, par contre ça m’a stimulé aussi. Quand vous avez un intellectuel qui vous dit, parce que je retournais au collège parfois : qu’est ce que tu fais maintenant ? Je réponds : « je suis boulanger ». Il m’a dit : « tu ne feras jamais rien de bien dans ta vie ». Ce n’est pas encourageant, c’est dur pour des jeunes d’entendre ce genre de phrases. Parce que j’étais mauvais élève, je n'irais pas plus loin, je n’étais pas intellectuel, je n’étais pas dans leur filière.


Une rencontre, un mariage


J’ai été jusqu’à saint Florent, c’est là que j’ai connu ma femme d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, elle habitait juste en face de la boulangerie. Elle m’a attiré, elle avait des beaux yeux. Ensuite, j’ai fait mon régiment, j’y suis entré et j’ai travaillé à Nantes dans différentes boulangeries. Après, je me suis installé à Nantes, j’avais 22 ans. Je m’y suis installé avant de me marier. On s’est marié en 50, on est resté à Nantes un an, un an et demi ou peut être deux ans et puis on est venu ici à Avrillé, en 1952.


La relation avec les parents et les loisirs


Avec mes parents, ça se passait très bien, en même temps ils avaient perdu déjà deux enfants donc vous voyez bien, ce n’était pas gai à la maison. C’était plutôt triste. Etant jeune, avant de travailler, je n’avais pas beaucoup de loisir, j’allais à la chasse avec mon père parce que c’était comme ca, il était garde chasse donc voilà. A part ça, non, c’était toujours travailler. Je coupe les branches, je coupe les feuilles, pendant les vacances, le week-end, tout le temps. De toute façon, moi ça ne m’a jamais dérangé, ni privé, parce que nous, on ne connaissait pas les vacances. Sinon, j’ai fait du sport pendant l’apprentissage, du football. Et puis, c’est tout. Je n’ai pas de passion particulière, j’aime bien la pêche. J’aime la nature surtout. Vous me donnez une canne ou n’importe quoi, je vais au bord de l’eau, je ne m’ennuie pas.


Petite anecdote


J’avais un béret sur la tête et quand je rentrais, je l’enlevais, je disais bonjour au boucher et le gardait dans les mains tout le temps resté à l’intérieur. Il ne fallait jamais entrer dans une maison, ou bien une pharmacie, une boucherie, une boulangerie avec un béret ou quelque chose comme ça sur la tête. Et on disait toujours, « Bonjour Mesdames, Messieurs ». Sinon, ils nous disaient de partir, ils nous rembarraient.


Passage à l'âge adulte


Je me suis senti adulte assez tôt parce qu’en somme j'étais l’aîné, et j’ai un peu supporté la mort de mes deux frères, enfin un peu tout ce qui s’est passé dans ma famille. Mais, je ne sais pas si je m’en suis vraiment rendu compte quand je suis passé à l’âge adulte. J’ai fait mon apprentissage puis mon régiment et je pense que c’est suite à cela que je me suis réveillé un peu.


Relation avec les enfants


Alors, nos enfants, bah c’est à dire, on était en activité, on avait beaucoup de travail donc pas beaucoup de temps pour s’en occuper. Ils sont allés à l’école à Angers, et ils ont été comme qui dirait, menés dur. Enfin, pas tellement, ils ont tous réussi à trouver leur profession. Ils ont tous été manuels, chez nous, l’école, il y avait toujours des manques sans doutes des choses qui ne les intéressaient pas. Ils ont fait beaucoup de sports quand même.


Et leurs activités ?


Au niveau des loisirs, ils en avaient plus que nous, vraiment. Ils ont tous fait du football, il y en a un qui a fait du scoutisme. Ils ont touché à pleins de choses, un peu à tout. Et puis, ils ont eu la vocation de rentrer dans l’entreprise. Ils travaillent tous dans l’entreprise ensemble, encore maintenant, sauf un qui est décédé. Ils sont cinq dans l’entreprise, il y a trois garçons dont un gendre, et deux filles : une belle fille et une fille. Ils ne vont pas commencer leur retraite maintenant, ils ont encore le temps, donc oui, tous dans la même entreprise de boulangerie. A la boulangerie du Loire à Avrillé.


Une éducation différente


Nous n’avons pas donné du tout la même éducation que la notre à nos enfants, je n’ai pas vraiment eu besoin, ils étaient moins rigides. Mais bon, il y a une différence entre les aînés et la dernière. La dernière est née 14 ans après notre dernier fils. Alors là, c’était la jeunesse, gâtée, plus émancipée. C’est elle qui se bouge le plus maintenant, elle est très proche de nous, elle nous bouscule aussi. Oh, les filles, c’est épouvantable.


Enfin, la rigidité, c’est vraiment la grande différence entre l’éducation que nous avons reçue de nos parents et celle que l’on a donné à nos enfants, nous étions et sommes moins strictes qu’à l’époque. Il y avait des interdits partout. Et il y avait beaucoup de morale, choses que maintenant on apprend plus ou en tous cas moins, la politesse, se découvrir.


Nous trouvons que nos enfants ont eu plus facilement accès aux études. Ils en ont tous fait, et s’ils avaient voulu et pu continuer, ils l’auraient fait. Mais ce n’était pas leur tasse de thé. S’ils sont heureux c’est le principal, qu’ils aient trouvé leur voix. Parce qu'autrement, ils ne mangeraient pas.


Les jeunes d'aujourd'hui.


Les jeunes d’aujourd’hui, nous les voyons très bien, ils sont très sympas. Oui, ils sont gentils. Je n’ai pas beaucoup de relations avec eux, mais j’en rencontre dans la rue quand je me promène, il y en a énormément qui me disent bonjour.


La femme de ménage qui vient faire le ménage toute la semaine, bah je la connais depuis toute petite. Je connais son papa et sa maman et maintenant elle vient faire le ménage chez nous. C’est sympa comme tout. Je ne sais pas trop quoi dire sur les relations entre les jeunes et les adultes, parce que moi je vous l’ai dit, lorsque j’en rencontre, ils sont toujours gentils avec moi.


Et puis, je pense qu’il faut leur faire confiance. Il y en a sûrement qui déborde, qui ne vont pas forcément sur le bon chemin, mais ce n’est pas la généralité quand même. Il ne faut pas les critiquer.


La jeunesse d’aujourd’hui est vraiment différente de la notre, ça c’est clair. C’est le jour et la nuit. C’est obligé. On avait d’avantage de religion, enfin comment dire ? Mais bon, ça dépend peut-être des régions, ça dépend peut-être d’autre chose aussi, je ne sais pas. Moi, j’étais dans les Vosges, c’était une région très chrétienne. C’était beaucoup plus religieux, je pense. Oui, et l’obéissance, il n’y avait pas à dire, je ne veux pas. Oh, c'était sévère à l'époque, ah oui, quand on les entend dire comment c'était tenu. C'est vrai qu'il y a des différences avec maintenant.


Des loisirs de plus en plus accessibles


Oui, les loisirs des jeunes sont plus accessibles, ils ont beaucoup plus de choix, d'avantages de possibilités. Moi, quand j'étais jeune, j'ai fait du basket-ball et du football, en campagne vous savez... En dehors de ça, ceux qui étaient en campagne ne faisaient rien du tout, il n'y avait rien. Et encore, le basket-ball était réservé aux gens des villes, les gens de la campagne étaient évincés. Oui, c'était une réalité, enfin je ne sais pas mais il y avait une séparation entre les gens de la ville et ceux de la campagne.


Différent des petits enfants


Par rapport à nos petits enfants, il y a une grande différence, ils font de la danse, du karaté, de la natation, du foot, de la gymnastique, de l’équitation, enfin ils font... de tout. Nous avons 15 petits enfants, donc oui, ca fait beaucoup de sports et de loisirs. Et 9 arrières petits enfants pour le moment. Mais, à leur âge, on ne sait pas qu'est ce qu'ils feront.


La confiance portée aux jeunes


On leur fait confiance, il ne faut pas critiquer, parce qu'on les critiques, comme quoi ils sont ceci, ils sont cela. Ils pensent d'avantage à s'amuser c'est sûr. Ils ont peut être été éduqués de façon différente aussi. Ils sont peut être pas aidés non plus. Il y en a qui se retrouvent dans les foyers... Il y a des éducations très différentes aujourd'hui. Ils n'ont pas tous le même vécu aussi.


La famille


C'est vrai que dans des familles, il y a des problèmes des fois, que les enfants sont obligés de subir. Vous voyez par exemple, nous on n’avait pas ça avant, dans les familles on était unis. Il n'y avait pas de débordement par exemple, il y avait une grande entente familiale dans l'ensemble. On sortait ensemble, d'abord, il n'y avait pas moyen de locomotion, alors c'était à pied ou en vélo. Je sais que moi les distractions, c'était d’aller au bord de la Loire, tous ensemble et emporter le panier pour manger.


Tout ça, c'était la partie de plaisir avec les cousins parce qu'on était assez proche. Il y a une nette différence, ça a beaucoup changé. Il y a quand même des familles qui sont séparées, d'autres qui sont reconstituées, des enfants des deux côtés. Ca ne doit pas toujours être facile ca. Je pense que ça doit être difficile pour les enfants, c'est un autre équilibre à trouver donc il faut être fort dans ces moments là. Il faut avoir des bons contacts aussi, quand on est jeune, parce qu'on peut tomber bien ou mal. Il faut quand même se poser la question de savoir dans ces familles là, le problème qu'il y a, l'alcool ou la drogue ou totalement autre chose aussi de plus personnel.


On ne peut pas juger ça parce qu'on ne l'a pas vécu et ca ne doit pas être rigolo. Il n’y a plus de violence, je trouve que la violence nous dépasse, la violence chez les enfants. Et quand on leur dit qu'on est marié avec ma femme depuis 60 ans, et qu'on a passé toute notre vie ensemble, les jeunes ils ont du mal à le comprendre. Je crois qu'aujourd'hui, ils ne savent pas faire de concessions, pour certains, pas tous évidemment.


Et ça, ça manque, parce que nous on en faisait naturellement, on était obligé quand même. Mais c'est la vie à deux, on n’a pas le même caractère, pas toujours la même réaction, il faut savoir se faire plaisir sans oublier l'autre mais pas l'inverse nous plus, ne pas s'oublier soi-même. On voit nos enfants souvent, ils viennent tous ici, ils viennent tous prendre le café. Nous, on n’est vraiment pas isolé. Très bonne relation avec nos enfants. Les petits enfants, ils viennent nous voir de temps en temps, ils n'ont pas trop le temps, ils sont très occupés, c'est ça la vie active, puis ils vivent plus loin aussi. Mais on a de très bonnes relations.


Je suis très content de la vie que j'ai vécu, jusqu'à maintenant, j'espère que ça va continuer encore quelques années. Aujourd'hui, on va souvent rendre visite à des gens en maison de retraite, qui sont isolés, qui ne sortent plus. On va chez nos enfants et nos petits enfants.

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